Profil d’Anaïs Belouassa-Cherifi, députée LFI du Rhône et candidate à la mairie de Lyon en 2026. Parcours, stratégie de campagne et enjeux dans un paysage dominé par Jean-Michel Aulas et Grégory Doucet.
Depuis plusieurs mois, la campagne lyonnaise semblait écrite d’avance : un face-à-face entre Jean-Michel Aulas, soutenu par la droite et la majorité présidentielle, et le maire écologiste sortant Grégory Doucet. Dans ce scénario, la gauche radicale devait rester en périphérie. L’entrée en lice d’Anaïs Belouassa-Cherifi change la donne : la députée LFI de la 1re circonscription du Rhône veut transformer le duel annoncé en match à trois, en misant sur les quartiers populaires et l’électorat de gauche déçu. Selon Le Monde, la trentenaire prépare sa candidature depuis l’été autour d’un triptyque logement-solidarité-services publics.
Une trajectoire rapide, de la Meuse à l’Assemblée
Née en 1995, Anaïs Belouassa-Cherifi a grandi dans la Meuse avant de rejoindre Lyon pour y poursuivre des études à Sciences Po, puis un cursus à l’université Paris-I. Elle se forme dans les milieux militants étudiants, notamment autour de l’UNEF et des combats contre la précarité étudiante, avant d’entrer dans la galaxie mélenchoniste lors d’un stage au Parlement européen. C’est là qu’elle est repérée par l’équipe de Jean-Luc Mélenchon, qui lui confie ensuite la coordination logistique d’une partie de la campagne présidentielle de 2022.
Propulsée candidate lors des législatives anticipées de 2024, elle remporte la 1re circonscription du Rhône avec plus de dix points d’avance sur la candidate de la majorité présidentielle, selon les résultats compilés par Le Monde. Ce succès dans une circonscription marquée par de fortes inégalités sociales sert de tremplin à ses ambitions municipales.
Une candidature pour occuper le terrain de la gauche sociale
Anaïs Belouassa-Cherifi se positionne comme la candidate de la gauche sociale et des services publics de proximité. D’après Le Monde, elle a bâti depuis l’été un discours centré sur la crise du logement, la précarité énergétique et l’accès aux droits, en ciblant directement la politique de la majorité écologiste sortante. Elle a notamment critiqué les hausses de tarifs estivaux dans certains équipements municipaux et les réponses jugées insuffisantes en matière d’hébergement d’urgence.
Sur le terrain, la députée met en avant son ancrage dans les quartiers populaires de la rive gauche et des pentes de la Croix-Rousse. Selon Le Monde, elle revendique un travail continu dans sa circonscription depuis 2024, combinant permanence parlementaire, réunions publiques et présence sur les réseaux sociaux pour documenter les situations de mal-logement ou de renoncement aux soins.
La stratégie est claire : rassembler un bloc de gauche radicale, d’électeurs abstentionnistes et de jeunes urbains précaires, là où Jean-Michel Aulas capte plutôt l’électorat modéré et une partie de la droite lyonnaise, tandis que Grégory Doucet défend le bilan écologiste sur la mobilité, la végétalisation et la transition climatique.
Une campagne sous contrainte dans une ville dominée par Aulas
Le contexte n’est pas neutre. Les derniers sondages testés à Lyon donnent Jean-Michel Aulas nettement en tête au premier tour, loin devant Grégory Doucet, avec une gauche dispersée entre plusieurs candidatures. D’après un sondage Elabe publié au printemps 2025, l’ancien président de l’OL serait crédité de 24 % des intentions de vote, juste devant le maire sortant à 22 %, dans un scénario où la gauche partirait divisée et où la candidate LFI reste encore peu connue.
Un autre sondage relayé par Lyon Capitale et Lyon People cet automne confirme cette dynamique : Jean-Michel Aulas apparaît comme le « candidat attrape-tout », capable de rassembler du centre à la droite, tandis que Grégory Doucet accuse un retard significatif à quelques mois du scrutin.
Dans ce paysage, l’insoumise sait qu’elle ne part pas favorite. Mais elle mise sur deux leviers : l’usure du pouvoir écologiste et la volonté d’une partie de l’électorat de gauche de disposer d’une offre plus offensive sur les questions sociales, en assumant une ligne clairement anti-libérale sur le logement, les services publics et la place du privé dans la gestion urbaine.
Entre image d’appareil et récit de mérite républicain
Ses adversaires la présentent volontiers comme une « apparatchik » mélenchoniste parachutée à Lyon. Elle, au contraire, met en avant un récit de mérite républicain : enfant d’ouvriers immigrés, première de sa famille à intégrer Sciences Po, élue dans une circonscription marquée par la précarité, puis candidate dans une grande métropole où la gauche a longtemps été portée par la figure de Gérard Collomb.
Selon Le Monde, elle n’hésite pas à convoquer des exemples internationaux pour nourrir sa campagne, citant la victoire surprise de Zohran Mamdani à New York comme un signal qu’un outsider de gauche peut encore renverser les pronostics dans une grande ville. Ce parallèle lui permet de répondre à ceux qui jugent sa candidature « hors sol » dans une ville où l’écologie institutionnelle et la figure d’Aulas dominent le débat public.
Ses proches la décrivent comme une travailleuse infatigable, capable d’enchaîner réunions de quartier, auditions à l’Assemblée et déplacements à pied ou en transports entre Guillotière, Part-Dieu et Vaise. Des témoignages recueillis par Mediacités insistent sur une personnalité jugée « redoutable » dans le travail de dossier, mais aussi très à l’aise dans le contact direct avec les militants et les habitants.
Quelle place pour elle dans le rapport de force à gauche ?
La question centrale, pour la campagne lyonnaise, reste la place qu’Anaïs Belouassa-Cherifi occupera au soir du premier tour. Officiellement, la députée assume une stratégie d’autonomie au premier tour et se dit ouverte à une discussion de rassemblement au second, à condition que les priorités sociales et les services publics soient au cœur de l’accord.
En face, les écologistes rappellent que le scénario le plus favorable pour la gauche, dans les simulations Elabe, reste une union dès le départ entre EELV, LFI, PS et PCF derrière le maire sortant, configuration dans laquelle Grégory Doucet repasserait devant Jean-Michel Aulas. Mais la méfiance reste forte entre une partie des Insoumis et les écologistes lyonnais, après les tensions du mandat et les désaccords sur la gestion municipale.
Dans cette équation, la candidature Belouassa-Cherifi peut à la fois offrir une expression politique à une partie de la gauche radicale et compliquer la tâche de la majorité sortante. Tout l’enjeu, pour elle, sera de transformer une image encore largement « parlementaire » en crédibilité municipale, en montrant qu’elle peut parler autant d’urbanisme, d’écoles, de propreté et de sécurité du quotidien que de débats nationaux.
Au fond, la question est simple : sera-t-elle une candidate de témoignage ou une véritable troisième force capable de bousculer le duel annoncé Aulas-Doucet ? La réponse dépendra moins des joutes sur les plateaux que de sa capacité à convaincre, sur le terrain, que la gauche lyonnaise peut encore proposer un projet de rupture sociale sans se condamner à l’impuissance.
