jeudi 19 mars 2026
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Féminicide d’Inès Mecellem à Poitiers : un rapport accable les défaillances de l’État face à un « danger extrême »

par Rédaction Figures Publiques
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Inès Mecellem avait 25 ans lorsqu’elle a été poignardée à plusieurs reprises par son ex-conjoint, Habibou K., le 8 septembre 2025 à Poitiers. Malgré cinq plaintes déposées en deux mois pour viol, violences, harcèlement et menaces de mort, ainsi que l’activation d’un téléphone grave danger deux jours avant son assassinat, les services de l’État n’ont su ni protéger la jeune femme ni anticiper le drame. Un rapport accablant de l’Inspection générale de la justice (IGJ), rendu en décembre 2025 et révélé ce jeudi par Le Parisien, pointe une « accumulation de défaillances » systémique, qualifiant ce féminicide de « raisonnablement prévisible ».

Dès le 10 juillet 2025, Inès Mecellem s’était rendue au commissariat de Poitiers pour déposer une première plainte, décrivant un calvaire fait de viols, de strangulations et de menaces répétées. Les semaines suivantes, elle y était retournée à quatre reprises, les 17 juillet, 13 août, 19 août et 28 août, afin de compléter sa déposition et alerter sur la persistance des menaces. Pourtant, selon l’IGJ, sa plainte initiale, qui révélait pourtant une « situation d’une gravité exceptionnelle », a été traitée « dans une logique purement administrative », sans que la réalité du danger ne soit pleinement mesurée. Bien qu’un téléphone grave danger (TGD) lui ait été attribué le 23 juillet, ce dispositif, conçu pour permettre aux victimes de violences conjugales d’alerter rapidement les forces de l’ordre, s’est révélé insuffisant. « Centré sur la seule protection de la victime, il n’a pas été accompagné d’une réponse concomitante à l’égard du mis en cause », souligne le rapport. Aucune mesure restrictive – mandat de recherche, interpellation ou interdiction d’approcher – n’a été prise à l’encontre d’Habibou K., alors même que son profil présentait, aux yeux des enquêteurs, un « danger manifeste ».

Le 6 septembre, lorsque Inès Mecellem a déclenché son TGD, les policiers ont bien interpellé son ex-compagnon. Mais celui-ci a été remis en liberté immédiate, sans garde à vue ni suite judiciaire. Une décision qualifiée par l’IGJ de « traitement essentiellement formel et administratif », alors que la situation « basculait dans une phase pré-homicidaire ». Deux jours plus tard, la jeune femme était assassinée.

Pour l’Inspection générale de la justice, ce cas illustre un « paradoxe » récurrent : malgré l’existence d’« outils nombreux » et d’un « cadre clair » pour lutter contre les violences conjugales, « le danger extrême pesant sur la victime n’a été ni correctement évalué, ni suffisamment anticipé ». Le rapport souligne en particulier des « fragilités significatives dans l’évaluation du risque, le traitement des plaintes et la coordination judiciaire ». Les alertes répétées de son avocate auprès du parquet n’ont pas non plus conduit à une réévaluation immédiate de la situation, comme l’aurait exigé l’urgence.
Face à ces constats, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a annoncé jeudi un « changement de méthode » pour remédier aux « failles persistantes » du système judiciaire. Parmi les mesures phares figurent la création prochaine d’un guichet national dédié aux téléphones grave danger, une harmonisation des stages de responsabilisation pour les auteurs de violences sexuelles et sexistes, ainsi que l’expérimentation d’audiences communes, civiles et pénales, afin d’accélérer la protection des victimes. Ces annonces interviennent dans un contexte alarmant : en 2025, les associations féministes ont recensé 167 féminicides en France, contre 107 l’année précédente, marquant une aggravation de la situation.
Pour l’IGJ, la tragédie d’Inès Mecellem révèle avant tout un défaut criant de coordination entre les différents acteurs judiciaires et policiers. « Les outils existent, mais leur efficacité repose sur une coordination qui, en l’espèce, n’a pas fonctionné », conclut le rapport, appelant à un « pilotage renforcé » des dossiers de violences intrafamiliales par les parquets. Une exigence d’autant plus pressante que Habibou K., toujours en fuite, rappelle l’urgence d’agir pour éviter que de tels drames ne se reproduisent.

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