Le 17 décembre 2025, un satellite de la constellation Starlink (numéro 35956) a subi une anomalie en orbite basse, avec perte de communication, dégazage du réservoir de propulsion et baisse rapide d’altitude. Dans la foulée, des contenus en ligne ont présenté l’incident comme la conséquence d’une « arme secrète russe » visant Starlink. Les éléments publics disponibles décrivent bien une défaillance, mais ne permettent pas d’établir un lien avec une attaque.
Selon les informations reprises par Space.com et Les Numériques, SpaceX a indiqué que l’anomalie avait entraîné un dégazage (« venting ») du réservoir de propulsion, une décroissance rapide de l’orbite et la libération d’un faible nombre d’objets traçables. Le groupe dit s’attendre à une rentrée atmosphérique et à une destruction complète du satellite et des débris dans les semaines suivantes, sans menace annoncée pour les autres engins en orbite basse.
Un point est central pour qualifier l’événement : plusieurs sources de suivi orbital, citées par The Verge et Les Numériques, rapportent que l’épisode serait compatible avec une cause interne plutôt qu’une collision. The Verge mentionne ainsi l’analyse de LeoLabs selon laquelle l’anomalie proviendrait d’une « internal energetic source » et non d’un impact. Dit autrement, le scénario le plus documenté publiquement, à ce stade, est celui d’une défaillance interne ayant provoqué une forme de rupture ou de surpression, pas celui d’un choc attribué à un acteur extérieur.
La thèse d’une « arme secrète russe » renvoie, elle, à un autre sujet : un article de l’Associated Press rapporte que deux services de renseignement de pays membres de l’OTAN soupçonnent la Russie de travailler sur un concept d’arme antisatellite dit « zone-effect », consistant à disséminer dans certaines orbites des centaines de milliers de projectiles (des pellets) susceptibles d’endommager plusieurs satellites. L’AP précise que ces conclusions lui ont été montrées sous condition d’anonymat des services concernés et que le média n’a pas pu vérifier de manière indépendante les affirmations de ce document.
Dans ce même article, plusieurs voix mettent en doute l’intérêt opérationnel d’un tel système au regard du risque de dommages collatéraux. Victoria Samson (Secure World Foundation) y exprime un scepticisme frontal, résumable par une formule courte : « I don’t buy it. » L’AP indique aussi que le système pourrait n’être qu’expérimental ou instrumentalisé dans des débats budgétaires et stratégiques, ce qui renforce la prudence sur la portée immédiate de ces informations.
L’AP rapporte également l’absence de confirmations publiques : SpaceX n’a pas répondu à une sollicitation de l’agence, la U.S. Space Force n’a pas répondu non plus à des questions envoyées par e-mail, et le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov n’a pas répondu aux demandes de commentaire. En parallèle, l’article mentionne que la Russie a déjà averti que des satellites commerciaux contribuant à l’effort ukrainien pouvaient être considérés comme des cibles légitimes, et évoque des annonces russes sur des capacités de défense. Cela documente un climat et des intentions déclaratives, mais ne constitue pas une preuve sur l’incident du 17 décembre.
Le contexte général, lui, est solide : Moscou a déjà démontré une capacité antisatellite. Le 15 novembre 2021, la Russie a mené un tir direct-ascent (DA-ASAT) contre un de ses satellites (Cosmos 1408), générant un champ de débris important. Le U.S. Space Command indiquait alors plus de 1 500 débris traçables, avec un risque durable de fragments plus petits. Cet antécédent rappelle que l’arsenal et la doctrine « contre-espace » existent, et que la question des débris est immédiatement critique
