Le groupe, en difficulté financière, va transférer sa production vers la Normandie. 167 emplois sont menacés à Crolles.
Après trois siècles d’histoire, la marque de sirop Teisseire annonce la fermeture de son site de Crolles, en Isère. Une réorganisation majeure, dictée par une chute des ventes et un marché des boissons sucrées en crise, menace 167 emplois. La production sera désormais assurée en Normandie.
Un symbole grenoblois frappé par la crise
C’est une page qui se tourne pour l’un des symboles du patrimoine industriel alpin. Le 16 octobre 2025, le fabricant de sirops Teisseire a confirmé la fermeture de son site de production de Crolles (Isère), où la marque est installée depuis 1971.
Le groupe, propriété du brasseur danois Carlsberg depuis 2024, évoque une « situation économique et financière extrêmement difficile » et la nécessité d’une « réorganisation globale » pour préserver l’avenir de la marque. En clair : la production des sirops Teisseire sera externalisée à la société Slaur-Sardet, implantée au Havre (Normandie), tandis que la force commerciale sera transférée hors site. Cette restructuration entraînerait 167 suppressions nettes de postes, sur plus de 200 emplois aujourd’hui. Un plan d’accompagnement social est en préparation, précise la direction.
Trois siècles d’histoire bousculés
Née à Grenoble en 1720, l’entreprise a été fondée par Mathieu Teisseire, liquoriste et vinaigrier. Son succès initial repose sur la création d’un ratafia de cerise, une liqueur sucrée devenue rapidement populaire. Dans l’entre-deux-guerres, la marque se diversifie : en 1927, elle lance ses premiers sirops, puis ses bidons métalliques emblématiques en 1959, avant de s’imposer comme un acteur majeur des boissons sucrées dans les années 1990. Mais depuis dix ans, le vent a tourné. Les ventes de sirop ont chuté de moitié en six ans, selon la direction. Le résultat d’exploitation, qui représentait encore 10 % du chiffre d’affaires en 2020, est tombé à -2 % en 2025.
Une délocalisation partielle, mais pas hors de France
La direction assure que la production restera française, grâce à un partenariat avec Slaur-Sardet, société havraise spécialisée dans les spiritueux et les sirops (100 millions de bouteilles produites par an). Cette externalisation doit permettre de maintenir les volumes tout en réduisant les coûts. « Nous avons exploré toutes les solutions possibles », explique le président Christophe Garcia, cité par 20 Minutes. « Ce scénario est aujourd’hui incontournable pour assurer la pérennité de l’entreprise. » Les activités industrielles de Crolles devraient cesser au printemps 2026, à l’issue de la période de consultation avec les représentants du personnel.
Les salariés face à une fermeture annoncée
Pour les employés du site isérois, la nouvelle a l’effet d’un choc.
Implantée depuis plus d’un demi-siècle dans la vallée du Grésivaudan, l’usine Teisseire faisait partie du paysage local, mêlant savoir-faire et attachement identitaire.
Les syndicats dénoncent une « décision brutale », redoutant des difficultés de reclassement sur un bassin d’emploi déjà fragilisé par la fermeture d’autres sites agroalimentaires ces dernières années. La direction promet un plan social “adapté” et évoque un accompagnement à la reconversion, sans encore en préciser le contenu.
Une marque historique à la recherche d’un second souffle
Rachetée successivement par Britvic (2010) puis Carlsberg (2024), Teisseire symbolise les transformations d’un secteur sous pression : concurrence internationale, évolution des goûts, contraintes environnementales et fiscalité accrue. La marque espère que cette réorganisation lui permettra de sauver ses activités en France, dans un contexte où même les géants du soda révisent leurs stratégies vers des produits à faible teneur en sucre. Reste que pour beaucoup, la fermeture de Crolles marque la fin d’une époque, celle d’un savoir-faire grenoblois qui aura su traverser trois siècles d’histoire… avant de céder à la mondialisation des goûts.
