Un exercice militaire d’ampleur exceptionnelle débute ce dimanche 8 février en France. Baptisé Orion 26, il vise à préparer les armées françaises à un engagement de haute intensité sur le territoire national et en Europe, dans un contexte de dégradation durable de l’environnement stratégique.
De son nom complet « Opération de grande envergure pour les armées résilientes, interopérables, orientées vers le combat de haute intensité et novatrices », Orion 26 s’étendra sur trois mois. Il mobilisera environ 12 000 militaires français et alliés, ainsi que plusieurs centaines de moyens terrestres, aériens et navals, répartis sur différents théâtres d’entraînement en France.
Selon le ministère des Armées, il s’agit d’un « événement majeur de la préparation opérationnelle française à la haute intensité ». L’objectif est de confronter les forces à des scénarios complexes, mêlant affrontements conventionnels, menaces hybrides, pressions informationnelles et contraintes logistiques, dans des environnements dits « contestés ».
L’exercice doit notamment permettre de tester la robustesse des chaînes de commandement, la fluidité des transmissions, la capacité de projection et de soutien logistique, ainsi que l’interopérabilité avec les forces alliées, en particulier celles de l’OTAN. Il s’agit également d’évaluer la résilience des forces sur la durée, dans un cadre simulant un engagement prolongé.
Orion 26 intervient alors que la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine se poursuit depuis près de quatre ans et que les opérations de guerre hybride se multiplient sur le continent européen. Dans ce contexte, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a récemment estimé que l’Alliance pourrait être confrontée à une tentative d’agression russe dans les prochaines années, appelant les États membres à renforcer leur préparation militaire.
Si la Russie n’est pas explicitement désignée comme adversaire dans le scénario de l’exercice, Orion 26 s’inscrit dans une réflexion engagée de longue date. Le ministère des Armées rappelle que la conception de l’opération remonte à 2021, soit avant l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, et répond à une évolution structurelle des menaces plutôt qu’à une situation conjoncturelle.
Pour Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, tout exercice de cette ampleur revêt nécessairement une dimension politique. Il souligne que ces manœuvres constituent à la fois un outil de préparation militaire et un signal stratégique adressé aux partenaires comme aux adversaires potentiels, dans un contexte marqué par le réarmement russe et les incertitudes sur l’engagement futur des États-Unis en Europe.
