Dans le 9e arrondissement de Paris, La Scène Parisienne joue depuis l’automne une comédie qui attaque l’écologie et ses opposants avec le même appétit. « Ca va chauffer », signée Sylvie Audcoeur, Bruno Chapelle et Olivier Yéni et mise en scène par Jean-Luc Moreau, s’est installée jusqu’au 3 janvier 2026 comme l’un des succès du moment, portée par un bouche à oreille très solide et des critiques enthousiastes.
Une comédie survoltée dans un immeuble qui tombe en ruine
L’intrigue repose sur une idée simple et efficace. Géraldine, quadragénaire en reconversion, doit boucler un mémoire en développement durable. Elle décide de passer « du concept à l’action » en louant un appartement dans un immeuble délabré du 20e arrondissement, avec un objectif très concret: financer une rénovation énergétique en empilant subventions de l’État, aides de l’ADEME et dispositifs divers. La billetterie de La Scène Parisienne résume l’affaire en une formule: « la comédie où les esprits s’échauffent plus vite que le climat ».
Très vite, tout se grippe. Géraldine est mariée à Nicolas, patron de transport routier qui défend le diesel avec autant de conviction qu’il combat le ferroutage. Il milite contre une liaison ferroviaire Toulouse Madrid qui ferait mécaniquement baisser son activité, et monte une pseudo cause environnementale autour d’un animal inventé, le « rat trompette », pour bloquer le projet. Le couple devient le laboratoire vivant des contradictions françaises sur la transition écologique: convictions vertes d’un côté, dépendance économique au tout-camion de l’autre.
Autour d’eux gravitent un chasseur de subventions plus intéressé par le charme de sa cliente que par les dossiers d’aide publique, des propriétaires englués dans la fiscalité immobilière et un locataire geek qui a transformé la cave en salle de serveurs pour son activité de chatbot. Le tout dans un décor volontairement « à l’ancienne », inspiré d’un univers à la Zola, qui accentue le contraste avec les débats très contemporains sur le climat et les rénovations énergétiques.
Un théâtre de caractères qui se moque de tout le monde
Sur le plateau, Aude Lener, Juliette Poissonnier, Emmanuel Donzella, Olivier Yéni et Benjamin Bollen enchaînent les changements de registre. L’une des trouvailles les plus marquantes reste le duo de sœurs jumelles propriétaires de l’immeuble, toutes deux jouées par Juliette Poissonnier: l’une gère la copropriété, l’autre sabote involontairement chaque tentative de « geste vert ». Cette double performance revient régulièrement dans les avis de spectateurs qui saluent une interprétation « originale, dynamique et drôle ».
Le texte accumule les situations absurdes mais documentées. Le montage des aides publiques, la tentation de maquiller un projet écologique en opération fiscale, ou l’idée d’exploiter des « algues de cave » comme nouveau filon, renvoient à des dispositifs réels ou à peine exagérés. France-Soir souligne que la pièce a été préparée en s’appuyant sur une recension précise des subventions et appels à projets existants, ce qui explique cette impression de vraisemblance derrière la farce.
La pièce ne distribue pas les bons et les mauvais points. Elle ridiculise autant la bobo écolo sûre d’elle que le patron de camionnage qui ne jure que par le gasoil, les spéculateurs verts que les zadistes récupérés au service d’intérêts privés. Une critique culturelle parle d’une comédie qui « aborde l’écologie là où on ne l’attend pas forcément: au cœur d’un couple, d’un immeuble, et d’une série de contradictions humaines ».
Un succès installé à La Scène Parisienne
« Ca va chauffer » est programmé à La Scène Parisienne, rue Richer, du 26 septembre 2025 au 3 janvier 2026, avec des représentations principalement en soirée. Plusieurs plateformes de réservation, de Ticketac à L’Officiel des spectacles, relèvent une note moyenne supérieure à 4,5 sur 5, avec des commentaires qui insistent sur l’efficacité comique, l’écriture rythmée et l’absence de temps mort.
Dans une période où les controverses climatiques se traduisent souvent par des affrontements de slogans, la pièce choisit une autre voie: mettre tout le monde devant ses incohérences, sans moralisme, en utilisant le théâtre de boulevard comme miroir des dilemmes très concrets de la transition écologique.

