Alors que s’ouvre le Salon international de l’agriculture 2026, le paysage syndical agricole français connaît un bouleversement historique. Après la crise de 2024 et les manifestations massives de l’hiver dernier, la Coordination rurale – reconnaissable à ses bonnets jaunes – s’impose comme une force incontournable, bousculant l’hégémonie traditionnelle de la FNSEA. Un basculement que l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse, qui a frappé le cheptel bovin en 2025, a encore accentué, analyse Jean-Marie Séronie, agroéconomiste et membre de l’Académie d’agriculture de France.
Un syndicat contestataire en pleine ascension
Longtemps considérée comme minoritaire, la Coordination rurale a su capitaliser sur la colère des agriculteurs ces dernières années. « Les crises successives – prix des intrants, réglementations environnementales, épizooties – ont révélé les limites du dialogue avec la FNSEA, perçue comme trop proche du pouvoir », explique l’expert. « Aujourd’hui, les agriculteurs en détresse se tournent vers un syndicat qui porte leurs revendications avec radicalité. »
Contrairement à la FNSEA, habituée aux négociations institutionnelles, la Coordination rurale mise sur l’action directe et un discours sans concession contre les politiques agricoles européennes et nationales. « Elle incarne une forme de ras-le-bol face à des décisions perçues comme imposées sans concertation », souligne Jean-Marie Séronie.
La dermatose nodulaire, accélérateur de mécontentement
L’épizootie de 2025, qui a contraint à l’abattage de milliers de têtes de bétail et paralysé des filières entières, a joué un rôle clé dans cette recomposition syndicale. « Les éleveurs ont eu le sentiment d’être abandonnés par les pouvoirs publics et mal défendus par leur syndicat historique », poursuit-il. Résultat : les adhésions à la Coordination rurale ont bondit, tandis que la FNSEA peine à conserver son rôle de représentant unique du monde agricole.
Un dialogue social compliqué pour l’État
Pour les pouvoirs publics, cette montée en puissance complique la donne. « Jusqu’ici, l’État avait un interlocuteur privilégié avec la FNSEA. Désormais, il doit composer avec une organisation qui refuse le compromis et exige des mesures immédiates », observe l’agroéconomiste. Les blocages de routes, les opérations coup de poing et les appels au boycott – méthodes chères à la Coordination rurale – obligent le gouvernement à revoir sa stratégie.
Vers un nouveau rapport de force ?
Avec des positions plus radicales sur les prix, les normes environnementales ou encore la PAC (Politique agricole commune), la Coordination rurale pourrait bien redessiner les équilibres du syndicalisme agricole. « La FNSEA reste majoritaire, mais elle n’est plus hégémonique. Le gouvernement va devoir apprendre à gérer cette dualité », prédit Jean-Marie Séronie.
Un enjeu de taille alors que le Salon de l’agriculture 2026 s’annonce comme un thermomètre de cette nouvelle donne. « Si la Coordination rurale parvient à mobiliser massivement ici, ce sera le signe qu’elle est devenue un acteur central – et pas seulement un syndicat protestataire », conclut-il.
