En s’appuyant sur une étude de la Fondation Vinci Autoroutes sur le partage de la route, Louis Sarkozy propose de supprimer feux rouges, lignes blanches et panneaux de signalisation dans certaines zones pour responsabiliser les conducteurs. Inspirée des « routes nues » expérimentées aux Pays-Bas, cette idée fait réagir les associations comme 40 Millions d’automobilistes, qui alertent sur les risques pour les usagers les plus vulnérables.
Les déclarations de Louis Sarkozy sur RMC relancent le débat sur la signalisation routière. En s’appuyant sur une étude européenne de la Fondation Vinci Autoroutes, le candidat à la mairie de Menton propose de supprimer feux rouges, lignes blanches et panneaux dans certaines zones pour responsabiliser les conducteurs. Une idée inspirée des « routes nues » expérimentées aux Pays-Bas, mais qui inquiète les associations de sécurité routière.
Une proposition née d’un constat inquiétant sur le partage de la route
La Fondation Vinci Autoroutes vient de publier la 5e édition de son étude européenne sur le partage de la route, réalisée par Ipsos auprès de plus de 12 000 personnes, dont 2 403 Français. Selon cette enquête, 95 % des usagers de la route disent craindre le comportement à risque des autres, tout en reconnaissant pour beaucoup transgresser eux-mêmes le code de la route.
Les chiffres sont lourds pour la France. D’après la Fondation Vinci Autoroutes, 58 % des automobilistes reconnaissent ne pas utiliser leur clignotant pour doubler ou changer de direction. 67 % des automobilistes, 70 % des piétons et 40 % des cyclistes réguliers admettent franchir un feu rouge. 75 % des automobilistes et 57 % des piétons disent utiliser leur téléphone lors de leurs déplacements.
C’est dans ce contexte que Louis Sarkozy, candidat aux municipales de 2026 à Menton, a défendu sur RMC une « immense simplification » de la route. Il estime que la multiplication des règles et de la signalisation finit par déresponsabiliser les conducteurs. Selon lui, « ce qui tue les automobilistes, c’est l’assistanat » et il faut « rendre au citoyen la pleine responsabilité de sa conduite, au lieu qu’il la délègue intégralement au code de la route », comme l’a rapporté notamment La Dépêche du Midi et CNews.
Le modèle des « routes nues » expérimenté en Europe
Pour défendre sa proposition, Louis Sarkozy s’appuie sur le concept de « naked roads » ou « routes nues », développé dans les années 1970 par l’ingénieur néerlandais Hans Monderman. Ce principe, aussi connu sous le nom de « shared space », consiste à réduire au minimum la signalisation et à mettre piétons, cyclistes et automobilistes dans un même espace, avec très peu de règles explicites. L’objectif est que chacun adapte sa vitesse et son comportement en fonction des autres usagers, et non en fonction des panneaux.
Aux Pays-Bas, la ville de Drachten est devenue l’un des symboles de cette approche. Feux tricolores, panneaux et marquages au sol ont été supprimés sur plusieurs carrefours importants, ne laissant que la règle de priorité à droite. Les études citées par la presse néerlandaise et reprise par plusieurs médias français font état d’une baisse notable des accidents sur certains carrefours après la transformation, ainsi que d’une fluidification du trafic.
Louis Sarkozy reprend ces exemples pour justifier une expérimentation en France. Il affirme qu’à Drachten, le carrefour principal serait passé d’environ huit accidents graves par an à un seul, et cite aussi des cas à Londres, notamment Kensington High Street, où la simplification de la signalisation aurait coïncidé avec une baisse des accidents.
Selon lui, ces expériences montrent que « quand il n’y a ni trottoir, ni feu rouge, ni ligne blanche, tout le monde fait davantage attention » et qu’il s’installe une « négociation implicite » entre usagers, les rendant « deux, trois fois plus prudents ».
Les réserves des associations de sécurité routière
Si l’idée séduit par son côté radical, elle suscite déjà des critiques. L’association 40 Millions d’automobilistes, interrogée par Le Point, juge la proposition très problématique. Son délégué général estime que « remettre en cause la signalisation routière, c’est du populisme et de la démagogie » et rappelle que « la signalisation routière, le marquage au sol de qualité, les règles de sécurité, tout cela est capital ».
L’association pointe plusieurs angles morts. Sans signalisation claire, la responsabilité en cas d’accident devient plus complexe à établir. Les usagers vulnérables, en particulier les personnes malvoyantes ou très âgées, risquent d’être pénalisés, alors même que Louis Sarkozy reconnaît lui-même que les « routes nues » fonctionnent « moins bien » pour ces publics.
Les données de la Fondation Vinci Autoroutes rappellent aussi que la France est déjà en retard sur le partage de la route. Seuls 57 % des cyclistes réguliers français disent se sentir en sécurité, contre 81 % en moyenne en Europe et 93 % aux Pays-Bas. La Fondation souligne que « la France est le pays où l’on se sent le moins en sécurité à vélo » et pointe un manque de respect des règles de cohabitation, notamment l’utilisation abusive des trottoirs et le non-respect des sas vélos.
Dans ce contexte, plusieurs experts interrogés par les médias rappellent qu’un transfert massif de responsabilité vers les seuls usagers, sans cadre lisible, pourrait accentuer les inégalités entre ceux qui se sentent à l’aise dans la circulation et ceux qui sont déjà en situation de vulnérabilité.
Un débat qui dépasse Menton
En proposant de supprimer feux rouges, lignes blanches et panneaux sur certaines zones, Louis Sarkozy se place sur un terrain très politique, à la croisée de la sécurité routière et de la liberté individuelle. Il demande que le modèle des routes nues soit au moins testé en France, « dans des zones d’essai », avec l’idée de « commencer petit et voir ce que cela donne ».
Cette controverse intervient alors que la Fondation Vinci Autoroutes insiste, de son côté, sur la nécessité de renforcer la pédagogie, le respect du code de la route et la protection des usagers vulnérables, plutôt que de démanteler la signalisation existante. Le débat ouvre en tout cas une séquence où se mêlent urbanisme, sécurité routière, conception de l’espace public et responsabilité des conducteurs, à quelques mois des municipales de 2026.
