La gauche stéphanoise et les écologistes s’unissent derrière Régis Juanico pour les municipales 2026, face à une droite rassemblée autour de Dino Cinieri. Sécurité, délinquance, épiceries de nuit, finances locales, services publics : décryptage d’un duel entre deux anciens députés dans une ville en quête de renouveau.
Une union inédite à gauche, un poids lourd de la droite en face, et une ville qui veut clairement tourner une page politique lourde. Les municipales de 2026 à Saint-Étienne ne seront pas un simple scrutin local, mais un rendez-vous de clarification pour les Stéphanois.
Union de la gauche : un attelage large, validé par les militants
Pour la première fois depuis le début des années 2000, les principales forces de gauche et écologistes stéphanoises partiront unies dès le premier tour derrière le socialiste Régis Juanico. Le Progrès parle d’une union « inédite depuis vingt-cinq ans » pour qualifier ce rassemblement officialisé fin novembre dans le local de campagne de la rue Charles-de-Gaulle.
Autour de Régis Juanico se retrouvent notamment le Parti socialiste, le Parti communiste français, les écologistes (EELV), Place publique, Génération.s, les Radicaux de gauche, Génération écologie, ainsi que le collectif Saint-Étienne Demain et des élus sans étiquette.
Cette union n’est pas sortie d’un chapeau confirme Minformer.com, elle a été validée par un vote interne dans plusieurs organisations. Selon Le Progrès, les militants communistes ont approuvé l’alliance à 76 %, ceux des écologistes à 75 %, confirmant une volonté de rassemblement qui dépasse les simples accords d’appareil.
Régis Juanico, ancien député de la première circonscription de la Loire, déjà très identifié localement pour son travail parlementaire sur le sport, le pouvoir d’achat et les politiques sociales, a été désigné « premier des socialistes » au printemps 2025, avant d’être confirmé comme chef de file de la coalition à la rentrée.
Un sondage IFOP commandé par le Parti socialiste de la Loire au début de l’année plaçait une liste conduite par Régis Juanico en tête des intentions de vote au premier tour, avec 31 %, devant une hypothèse de liste de droite menée par Dino Cinieri. Ce sondage date de février 2025, il ne tient donc pas compte de tous les candidats désormais déclarés, mais il a confirmé à gauche l’idée qu’une union pouvait redevenir compétitive à Saint-Étienne.
Deux anciens députés en tête d’affiche
Face à cette alliance de gauche, la droite et le centre ont choisi une autre figure nationale bien connue des Ligériens : Dino Cinieri. Selon If Saint-Étienne, il mènera la liste d’union de la droite et du centre aux municipales stéphanoises de 2026.
Dino Cinieri, élu de longue date dans la Loire, a été député de la 4e circonscription de 2002 à 2023 et maire de Firminy de 2001 à 2008, avant de devenir l’un des barons des Républicains dans le département.
Résultat : les Stéphanois se retrouvent avec, de part et d’autre, deux têtes d’affiche qui connaissent parfaitement le territoire, ses institutions, ses réseaux politiques et associatifs. Deux anciens parlementaires, l’un issu d’une gauche sociale et territoriale, l’autre d’une droite très ancrée dans la Loire, habitués aux campagnes longues et aux négociations internes.
Dans une ville marquée ces dernières années par un climat politique tendu et des affaires judiciaires qui ont abîmé son image, la confrontation entre ces deux profils expérimentés peut aussi être lue comme une tentative de remise à plat du jeu local. Le scrutin de 2026 ne se limitera pas à un pour ou contre l’équipe sortante : il va opposer deux projets portés par des responsables qui ont déjà démontré, chacun à leur manière, qu’ils savaient tenir un mandat dans la durée.
Sécurité, délinquance, épiceries de nuit : la gauche obligée d’entrer dans le dur
Sur le terrain, le premier sujet qui remonte dans les discussions, c’est la sécurité. Sentiment d’insécurité dans le centre, nuisances nocturnes, points de deal dans certains quartiers, agressions et faits divers très médiatisés : le thème ne peut plus être contourné.
En juillet 2025, la municipalité actuelle a pris un arrêté imposant la fermeture de plusieurs épiceries de nuit du centre-ville entre 22 heures et 6 heures du matin, afin de répondre aux nuisances récurrentes signalées par les riverains : rassemblements bruyants, alcool sur la voie publique, tensions à répétition. Cette décision a été saluée par des collectifs d’habitants, qui y ont vu une réponse concrète à des problèmes vécus au quotidien, même si elle ne règle évidemment pas l’ensemble de la question de la délinquance.
Dans le même temps, les opérations policières ciblant les trafics de stupéfiants se succèdent dans la métropole stéphanoise, avec régulièrement des saisies de drogue et d’armes relayées par les médias locaux. Là encore, les attentes des habitants sont claires : moins de discours, plus de résultats visibles.
Pour la gauche rassemblée autour de Régis Juanico, l’enjeu sera double. D’un côté, elle devra assumer un discours ferme sur la sécurité, l’éradication des points de deal, la lutte contre les nuisances et les incivilités, sans donner le sentiment de minimiser ce que vivent les commerçants et les habitants de certains secteurs. De l’autre, elle cherchera à relier cette question à son ADN : prévention, présence de services publics, travail social, politique de la ville, urbanisme, éclairage, transports, logement.

Autrement dit : convaincre qu’on peut, à la fois, être inflexible sur les trafics et les violences, tout en investissant dans l’éducation, la médiation et l’aménagement urbain pour éviter que les mêmes situations se reproduisent.
Une campagne qui se jouera aussi sur le quotidien et les finances locales
Ni la gauche ni la droite ne pourront se contenter d’une campagne uniquement centrée sur la sécurité. Les finances de la ville, la qualité des services publics, l’état de la voirie, le commerce de centre-ville, les mobilités ou la transition écologique seront autant de thèmes sur lesquels les deux camps seront attendus.
Côté gauche, le discours est déjà esquissé : « ville plus juste, plus verte, plus vivante », participation citoyenne, justice sociale, écologie, mobilité, logement, redistribution des moyens vers les quartiers populaires, relance de l’attractivité.

Côté droit et centre, Dino Cinieri arrive avec un profil de chef d’entreprise, d’ancien député et de proche de la majorité régionale, ce qui laisse présager une campagne orientée sur l’ordre, l’économie, l’investissement et la maîtrise des dépenses. Les dernières années ont montré que les Stéphanois sont attentifs à la trajectoire budgétaire de leur ville comme à la visibilité des projets concrets sur le terrain.
Reste une inconnue de taille : la capacité de chaque camp à mobiliser au-delà de son socle. Le sondage IFOP de février 2025 donne un avantage à une liste conduite par Régis Juanico, mais il ne préjuge pas de l’abstention réelle, ni de la façon dont se répartiront les voix en présence d’autres listes, notamment celles de La France insoumise ou du Rassemblement national, qui n’entrent pas dans les accords d’union actuels.
Pour les Stéphanois, l’enjeu est clair : obtenir un débat enfin recentré sur leurs priorités quotidiennes, avec deux têtes d’affiche qui connaissent les rouages de l’État, du Parlement et des collectivités, et qui n’auront plus l’excuse de la découverte du terrain. À eux, désormais, de montrer qu’ils sont capables de proposer une respiration politique, un climat apaisé et des réponses concrètes aux problèmes de la ville.
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