Interrogée sur Sud Radio sur un éventuel accord avec le Rassemblement national au second tour des municipales à Marseille, Martine Vassal a répondu « On verra à ce moment-là », déclenchant une polémique. Tandis que le candidat RN Franck Allisio s’en félicite, Renaissance rappelle qu’aucune alliance avec l’extrême droite n’est possible et tente de recadrer sa candidate. Cette ambiguïté ravive les débats sur la stratégie de la droite et du centre face au RN à l’approche du scrutin de 2026.
À trois mois des municipales, une phrase de Martine Vassal sur Sud Radio a mis la majorité de droite et du centre en pleine turbulence à Marseille. Interrogée lundi matin sur la possibilité d’un accord avec le Rassemblement national au second tour, la présidente du département des Bouches-du-Rhône et de la métropole Aix-Marseille-Provence a répondu : « On verra à ce moment-là », refusant de fermer la porte à un rapprochement avec le RN. Cette séquence, rapportée notamment par Le Journal du Dimanche et Le Monde, a immédiatement suscité la colère d’une partie de ses alliés macronistes.
Franck Allisio, député RN et candidat de l’extrême droite à Marseille, s’est empressé de capitaliser sur cette ambiguïté. Il s’est félicité publiquement de pouvoir compter, selon lui, sur un ralliement de Martine Vassal au second tour, se présentant comme « le seul candidat du rassemblement » à droite de l’échiquier. Ce satisfecit contraste avec le malaise visible dans le camp présidentiel, qui avait récemment officialisé son soutien à la candidate divers droite.
Renaissance a dû clarifier en urgence sa ligne. Dans un communiqué rappelé par plusieurs médias, le parti de Gabriel Attal réaffirme qu’aucune discussion, aucun accord et aucune alliance ne peuvent avoir lieu avec le Rassemblement national, « ni avant, ni pendant, ni après les élections », et que cette condition vaut aussi pour la candidature de Martine Vassal à Marseille. Ce rappel intervient moins de trois semaines après que le parti macroniste a mis en avant un « accord programmatique global » avec elle pour 2026.
La polémique réactive un précédent. En février, dans un entretien accordé à La Provence, Martine Vassal expliquait qu’« avec le RN, quand on parle de sécurité ou d’immigration, il y a des valeurs sur lesquelles on se retrouve », tout en marquant ses désaccords sur l’économie, les retraites ou la dette, des sujets qu’elle renvoyait au niveau national. Elle y affirmait aussi que, pour les municipales, « la ligne rouge en 2026, c’est La France insoumise, bien plus dangereuse que le RN ». Ces propos avaient déjà été relevés par Marsactu, qui y voyait les signes d’une droite « RN-compatible » sur plusieurs thèmes régaliens.
À gauche, les réactions sont tout aussi tranchées. L’adjointe communiste marseillaise Audrey Garino a dénoncé sur X « une droite marseillaise totalement à la dérive » et interpellé directement Renaissance sur cette « ligne honteuse ». Des figures de la droite locale, comme l’ancien député et maire de secteur Lionel Royer-Perreaut, parlent d’« une fois de trop » et mettent en cause une droite prête à tout pour conserver des positions institutionnelles. Plusieurs listes concurrentes de droite et du centre reprochent à Martine Vassal de franchir une « ligne rouge » en acceptant l’idée d’un dialogue avec le RN dans l’entre-deux-tours.
Martine Vassal tente désormais de limiter les dégâts. Sur les réseaux sociaux, elle affirme qu’« en aucun cas il n’a été question d’une alliance avec les extrêmes » et revendique un positionnement « de droite et du centre ». Elle renvoie la responsabilité des « compromissions » à la majorité sortante de Benoît Payan, qu’elle accuse de gouverner déjà avec La France insoumise. Mais cette défense n’efface pas la séquence radiophonique, ni la satisfaction affichée par le RN, qui s’en sert pour fracturer le front républicain que Renaissance prétend maintenir.
Politiquement, l’enjeu dépasse Marseille. La candidate investie par Renaissance, soutenue aussi par Les Républicains et Horizons, se retrouve au cœur d’une équation nationale : comment composer des majorités municipales sans ouvrir la porte à des accords locaux avec l’extrême droite, dans un contexte où la pression du RN s’exerce déjà sur les scrutins législatifs et régionaux. La phrase « On verra à ce moment-là » devient ainsi un test grandeur nature de la capacité de la majorité présidentielle à maintenir une ligne claire dans les grandes villes où elle a choisi de s’adosser à des figures locales issues de la droite traditionnelle.
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