L’enquête ouverte en Suisse après l’incendie survenu dans la nuit du Nouvel An dans un bar de Crans-Montana s’intéresse notamment à un matériau présenté, à ce stade, comme une mousse d’isolation phonique installée au plafond. Plusieurs médias, citant les autorités et les premiers éléments d’enquête, indiquent que des « sparklers » de bouteilles de champagne auraient mis le feu à des panneaux ou à une mousse acoustique, accélérant la propagation des flammes.
Selon The Guardian, les procureurs suisses examinent l’hypothèse d’un départ de feu lié à des « fountain sparklers » utilisés pendant la soirée, qui auraient enflammé des panneaux de mousse insonorisante au plafond. The Washington Post évoque également des matériaux de plafond « flammables », dont une mousse acoustique, parmi les points analysés dans le cadre de l’enquête et des vérifications de conformité. En France, TF1 rapporte que les premières flammes seraient « très probablement » parties de bougies incandescentes au contact du plafond, avec une propagation extrêmement rapide décrite comme un embrasement généralisé éclair, un phénomène typique des incendies dans des volumes fermés lorsque des matériaux combustibles sont présents en partie haute.
Ce que l’on sait, à ce stade, du « matériau d’isolation phonique » évoqué dans les articles est limité : il est décrit comme une mousse acoustique, souvent utilisée pour réduire la réverbération et le bruit ambiant dans des lieux festifs. Cette famille de produits recouvre plusieurs réalités industrielles. Les plus courantes, dans les aménagements intérieurs, sont des mousses à base de polyuréthane ou de mélamine, vendues en panneaux (souvent alvéolés) ou en dalles. Le point commun est leur efficacité sonore, mais aussi, pour certaines références, une réaction au feu défavorable si elles ne sont pas spécifiquement formulées et classées pour un usage en établissement recevant du public.
Dans le cas de Crans-Montana, des éléments visuels circulant dans la presse suisse laissent entendre que l’insonorisation pouvait être étendue, et parfois recouverte, ce qui complique la lecture de la conformité au seul regard de photos. Le média suisse Bluewin affirme notamment que des images de travaux montrent un matériau d’insonorisation appliqué sur une grande surface, ensuite recouvert par un parement en bois, et avance que des isolants présents dans les parois auraient aussi pu contribuer à l’intensité du sinistre. Ces points relèvent toutefois d’éléments rapportés par la presse et restent à consolider par les conclusions de l’enquête technique.
Pourquoi ce type de mousse est-il scruté ? Parce que dans un incendie intérieur, la zone plafond est stratégique : une flamme ou une source chaude au-dessus des têtes peut embraser très vite une surface continue, générer des fumées épaisses et basculer en « flashover », c’est-à-dire un embrasement quasi simultané d’une grande partie des matériaux combustibles d’une pièce. TF1 insiste sur cette fulgurance, qui laisse peu de temps à l’évacuation lorsque les conditions sont réunies. TF1 INFO L’enjeu n’est pas seulement la vitesse de propagation : certaines mousses, lorsqu’elles brûlent, produisent des fumées toxiques et opaques, facteur majeur de mortalité dans les incendies en milieu clos.
La question que tu veux traiter, « est-ce réglementé dans les ERP ? », appelle une réponse nette : en France, oui, l’utilisation de matériaux d’aménagement intérieur dans les ERP est encadrée par le règlement de sécurité contre l’incendie et la panique, approuvé par l’arrêté du 25 juin 1980. Ce texte comporte un chapitre spécifique sur les aménagements intérieurs, qui fixe des exigences sur les revêtements, plafonds, décorations et mobiliers selon les locaux et les risques.
Dans la pratique, la conformité repose sur des classements de réaction au feu. En France, coexistent le classement « M » (M0 à M4) et le système européen des Euroclasses (norme EN 13501-1). Le Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE) rappelle que les Euroclasses sont la classification obligatoire pour les produits relevant de la réglementation des produits de construction, et que le classement « M » demeure une référence historique utilisée dans certains cadres. Autrement dit, pour un matériau acoustique destiné à être posé au plafond d’un ERP, l’attendu n’est pas une « impression » ou un « usage courant », mais un classement documenté (procès-verbal d’essais, certificat, documentation fabricant) permettant de vérifier qu’il est compatible avec les exigences applicables au local concerné.
En Suisse, le cadre n’est pas une copie conforme du système français, mais il s’en rapproche dans son objectif : limiter le risque de propagation et encadrer les matériaux. Les prescriptions de protection incendie de l’AEAI (Association des établissements cantonaux d’assurance incendie), en vigueur depuis 2015, structurent une norme et des directives. ecap-ne.ch+1 Les exigences de réaction au feu s’appuient largement sur des classifications harmonisées, et l’approche est comparable sur le principe : un matériau d’aménagement intérieur, surtout en plafond ou en zones à forte fréquentation, doit présenter des performances au feu vérifiées et documentées.
L’angle éditorial robuste, à ce stade, consiste donc à distinguer trois niveaux. D’abord, le fait rapporté par plusieurs sources : la présence d’un matériau de type mousse acoustique au plafond est citée parmi les éléments examinés, et l’hypothèse d’une ignition par « sparklers » est avancée par des médias en s’appuyant sur des déclarations d’autorités. Ensuite, l’explication technique : une mousse acoustique standard peut se révéler très défavorable en réaction au feu si elle n’est pas adaptée, surtout en plafond, car elle peut accélérer l’embrasement et la production de fumées. Enfin, le point réglementaire : en France comme en Suisse, l’enjeu n’est pas le « rôle mécanique » du produit, mais sa réaction au feu et sa conformité démontrée par des documents de classement, dans un cadre de sécurité incendie applicable aux établissements recevant du public.
Pour Figures Publiques, la prudence est indispensable sur un point : au 4 janvier 2026, les articles disponibles ne permettent pas d’affirmer avec certitude la nature exacte de la mousse (polyuréthane, mélamine, autre), ni son classement au feu, ni son statut de conformité. Ce sont précisément les éléments qui devront être établis par l’enquête et, le cas échéant, par l’examen des dossiers techniques, des factures de travaux et des procès-verbaux d’essais.
