Face à une campagne de vaccination très dynamique et aux alertes des pharmaciens, le gouvernement débloque des doses supplémentaires de vaccin contre la grippe depuis son stock de sécurité, alors que trois régions sont déjà classées en phase de pré épidémie.
La campagne de vaccination contre la grippe marche si bien que la question des stocks arrive déjà sur la table. Samedi 29 novembre, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a annoncé la mise à disposition de doses supplémentaires de vaccins pour éviter les ruptures en pharmacie à l’approche des fêtes. Sur le réseau X, la ministre a rappelé que ces volumes proviennent de réserves déjà constituées par l’Etat, avec un objectif affiché: ne pas laisser s’installer la crainte d’une pénurie au moment où le virus commence à circuler plus fortement. « Pour accompagner la période des fêtes et éviter toute tension, nous libérerons progressivement les doses supplémentaires déjà sécurisées », écrit-elle, citée par CNews et plusieurs titres de presse.
Les pharmaciens en première ligne
Cette annonce répond directement aux alertes des pharmaciens de terrain. Depuis plusieurs jours, l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine met en garde contre un niveau de stock jugé trop juste au regard du rythme de la campagne. Dans un communiqué publié le 27 novembre, l’Uspo souligne qu’au 25 novembre, près de 9,4 millions de doses avaient déjà été dispensées, soit 1,3 million de plus qu’à la même période l’an dernier, selon ses données. « Il ne resterait qu’environ 1,5 million de doses disponibles », insiste le syndicat, qui estime que ce volume ne permet de tenir qu’une courte période si la demande se maintient au même niveau, rapporte Le HuffPost.
Sur le terrain, certains pharmaciens expliquent déjà devoir jongler avec les commandes. Des reportages diffusés sur TF1 montrent des équipes qui disent avoir été « surprises » par la vitesse à laquelle les flacons ont été utilisés, avec des stocks parfois écoulés en quelques semaines. « On a été très surpris », reconnaît ainsi une pharmacienne interrogée par TF1info, qui explique avoir vacciné en trois semaines près de 70 % du volume de l’an dernier, signe d’un changement de comportement d’une partie du public.
Une campagne dopée par le souvenir d’une saison sévère de grippe
Si la demande est aussi forte, c’est en partie parce que la saison précédente a laissé des traces. L’hiver dernier, la grippe a été marquée par une épidémie sévère, avec un niveau de cas graves et de complications supérieur aux années précédentes, rappellent plusieurs médias à partir des bilans de Santé publique France. Les Français, notamment les personnes déjà touchées l’hiver passé, semblent davantage enclins à se faire vacciner cette année, y compris dans des tranches d’âge moins habituelles, relèvent les pharmaciens.
Pour l’Uspo, cette situation illustre une forme de « campagne victime de son succès »: la communication récurrente sur les risques de la grippe pour les personnes fragiles, combinée au souvenir d’un hiver compliqué, pousse davantage de patients vers la vaccination, mais met aussi sous pression la chaîne d’approvisionnement si les volumes prévus au départ sont trop proches de ceux d’une saison « classique ».
Trois régions déjà en phase de pré épidémie
Sur le plan sanitaire, les signaux se renforcent. Dans son bulletin du 26 novembre, Santé publique France constate une hausse des indicateurs liés à la grippe et aux syndromes grippaux et place trois régions métropolitaines en situation de pré épidémie: l’Île de France, la Normandie et la Nouvelle Aquitaine. L’agence souligne que Mayotte est déjà en phase épidémique pour la grippe saisonnière.
Ce passage en « pré épidémie » ne signifie pas que le pic est atteint, mais que la circulation du virus s’accélère et que les prochaines semaines seront décisives. Les autorités sanitaires rappellent que les personnes de plus de 65 ans, les patients souffrant de maladies chroniques, les femmes enceintes ou encore les personnes obèses font partie des publics pour lesquels la vaccination reste prioritaire. Dans plusieurs départements, les agences régionales de santé insistent sur la nécessité de se protéger avant l’arrivée du pic attendu autour du mois de janvier.
Un test pour la logistique publique
En ouvrant son stock stratégique, l’Etat assume un rôle d’ultime filet de sécurité. Ces doses de réserve sont précisément conçues pour être réinjectées sur le marché en cas de tension entre la demande et les capacités immédiates de production ou de distribution, rappelle une dépêche relayée par le site Mon Assurance Facile. Reste un point clé, sur lequel insistent les représentants des pharmaciens: la rapidité avec laquelle ces flacons vont réellement arriver en officine. Si les commandes mettent plusieurs jours à être honorées, le signal politique pourrait être jugé en décalage avec la réalité vécue dans les territoires.
Pour le gouvernement, l’enjeu est donc double: éviter que se répète une saison de grippe particulièrement lourde et ne pas laisser prospérer l’idée d’un système incapable d’assurer, en temps utile, l’accès à un vaccin largement recommandé. Les prochaines semaines diront si l’ouverture du stock stratégique suffit à passer l’hiver sans rupture visible pour les patients qui pousseront la porte de leur pharmacie.
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