La hausse des pensées suicidaires chez les adolescents et jeunes adultes oblige à parler clair. Les services publics rappellent que repérer la détresse, écouter et orienter vers des professionnels sauve des vies. Le pédopsychiatre Charles-Édouard Notredame, coordinateur national adjoint du 3114, résume l’enjeu: « Les idées suicidaires relèvent du soin ». L’objectif est double: ouvrir le dialogue sans tabou et organiser un accompagnement effectif, au plus près des familles.
Les chiffres disponibles confirment l’ampleur du sujet. L’enquête EnCLASS 2022, menée auprès des collégiens et lycéens, fait apparaître chez les lycéens un quart d’élèves ayant déclaré des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois, et environ un sur dix ayant déjà fait une tentative de suicide au cours de la vie. Les filles sont plus concernées que les garçons. Ces constats s’ajoutent à d’autres indicateurs concordants sur la santé mentale des adolescents.
Il n’existe pas de « fausses » tentatives de suicide. Un jeune qui fait une tentative ne sait pas s’il mourra ou non, et il peut mourir. L’ambivalence est au cœur de ces gestes.
Charles-Édouard Notredame
Pédopsychiatre au CHU de Lille
Depuis la crise sanitaire, les services de santé observent une tension durable. Les analyses de Santé publique France signalent une hausse des passages aux urgences pour gestes suicidaires à partir de 2021 chez les 11-17 ans et les 18-24 ans. Ce niveau reste élevé. À l’échelle nationale, le dernier rapport public chiffré par la DREES et l’Observatoire national du suicide situe les décès par suicide autour de 9 200 en 2022, avec des dynamiques différentes selon l’âge et le sexe, et un signal particulièrement préoccupant pour les adolescentes et jeunes femmes en matière d’hospitalisations pour gestes auto-infligés.
Face à ces données, la consigne des équipes spécialisées est explicite. Interroger un jeune sur d’éventuelles idées suicidaires ne crée pas le risque; cela permet de l’objectiver et d’agir. C’est ce que rappelle le pédopsychiatre Charles-Édouard Notredame dans un entretien publié par le Service d’information du Gouvernement: poser la question et ne rien faire ensuite, voilà ce qui est problématique; l’enjeu, au contraire, est de parler, d’écouter, puis d’orienter vers des soignants. « Les parents ne doivent jamais rester seuls face à la détresse de leurs enfants ».
En France, un dispositif d’appel 24 h sur 24 et 7 jours sur 7 existe: le 3114. Ce numéro national de prévention du suicide met en relation immédiate avec des professionnels spécifiquement formés. Il est gratuit et accessible partout, en métropole comme en outre-mer. L’État détaille la finalité du 3114: offrir une aide en situation de crise, répondre aux proches, et organiser une orientation dans le système de soins. Dans les situations d’urgence vitale, l’appel au 15 reste indiqué. D’autres lignes associatives complètent le paysage de l’écoute, mais le 3114 constitue la porte d’entrée publique recommandée.
Le contenu de l’échange compte autant que le réflexe d’appel. Les recommandations destinées aux professionnels et aux médias, portées en France par le programme Papageno en lien avec l’OMS, insistent sur une approche qui réduit le risque de contagion tout en favorisant les issues d’aide: décrire les ressources disponibles, éviter les détails techniques sur les méthodes, bannir la dramatisation, et rappeler que des prises en charge efficaces existent. Ce cadre n’édulcore pas la gravité du sujet; il vise à rendre la prévention concrète et immédiatement mobilisable par les familles, les établissements scolaires et l’ensemble des acteurs de terrain.
Sur le fond, plusieurs facteurs de risque sont bien documentés: antécédents personnels ou familiaux de tentative, troubles psychiatriques, violences subies, isolement, harcèlement, consommation de substances. Aucun de ces facteurs ne suffit, à lui seul, à expliquer un passage à l’acte. L’essentiel est d’identifier précocement la souffrance et d’organiser la suite: un rendez-vous médical, un point d’accès à l’évaluation psychologique, un appui scolaire et social, et un filet de sécurité pour la période critique qui suit une révélation ou une crise. Les données publiques récentes invitent à renforcer ces chaînes d’orientation, notamment pour les jeunes filles et les 15-24 ans, où l’on observe une pression forte sur les recours aux soins et les hospitalisations.
Enfin, le message adressé aux parents comme aux adolescents doit rester simple et opérant. Parler d’idées suicidaires n’est pas un tabou. Demander frontalement s’il y a une envie de mourir permet d’ouvrir une porte et de prendre des décisions utiles: consulter, organiser un suivi, sécuriser l’environnement, prévenir un proche de confiance, solliciter le 3114 si la situation se tend ou si l’on hésite sur la marche à suivre. La démarche est pragmatique: mettre la souffrance en mots et activer rapidement les bons relais, avec l’appui de professionnels.
Sources citées. Données EnCLASS 2022 et communiqués de Santé publique France sur la santé mentale des adolescents; analyses du Bulletin épidémiologique hebdomadaire sur les urgences pour gestes suicidaires; rapports DREES et Observatoire national du suicide; entretien officiel avec Charles-Édouard Notredame publié par le Service d’information du Gouvernement; documents du programme Papageno et de l’OMS; présentation officielle du 3114.

