Le gouvernement a décidé de prolonger en 2026 la grande cause nationale consacrée à la santé mentale. Après une première année centrée sur la sensibilisation, Matignon promet des actions plus concrètes et une coordination renforcée, sur fond de critiques des soignants et d’insistance de Michel Barnier pour « ne pas lâcher » ce dossier.
La santé mentale ne sera pas reléguée au rang de parent pauvre des politiques publiques en 2026. Le gouvernement a confirmé jeudi que la grande cause nationale consacrée à la santé mentale serait prolongée l’an prochain, dans la continuité de l’année 2025. L’annonce a été faite à l’issue d’une réunion à Matignon autour du Premier ministre Sébastien Lecornu, de la ministre de la Santé Stéphanie Rist et de Michel Barnier, qui avait porté ce dossier lorsqu’il était à la tête du gouvernement.
Dans son communiqué, Matignon estime que la France a « commencé à changer son regard sur la santé mentale » et que cette prolongation doit désormais « amplifier ce mouvement » pour que ce sujet ne soit plus considéré comme une option, mais comme une évidence dans l’action publique.
Un enjeu déjà déclaré prioritaire en 2025
La santé mentale avait été érigée en grande cause nationale pour 2025 autour du slogan « Parlons santé mentale », avec quatre objectifs: lutter contre la stigmatisation, améliorer l’accès aux soins, réduire les inégalités territoriales et renforcer la prévention et l’inclusion.
Les chiffres justifient largement cette priorité. Les données relayées par le ministère de la Santé et plusieurs agences régionales rappellent que près d’une personne sur cinq est concernée chaque année par un trouble psychique, soit environ 13 millions de personnes, et qu’une personne se suicide en moyenne toutes les heures en France.
En 2025, l’exécutif a mis en avant des dispositifs comme « Mon soutien psy », qui permet jusqu’à 12 séances par an chez un psychologue conventionné, pris en charge par l’Assurance maladie, ainsi que « Mon bilan prévention », qui inclut la santé mentale dans des consultations préventives à différents âges de la vie. Le gouvernement a aussi choisi une figure très exposée, le judoka Teddy Riner, comme parrain de la grande cause, pour installer ce thème dans l’espace médiatique.
De la communication aux résultats concrets
Pour 2026, Matignon promet une « nouvelle phase » avec des actions « plus concrètes et plus visibles pour les Français », en renforçant la coordination interministérielle et le soutien aux familles, aux associations et aux collectivités.
Cette prolongation intervient alors que le gouvernement a été critiqué ces derniers mois par des professionnels de la psychiatrie et des associations, qui jugent les moyens engagés insuffisants. Le plan présenté en juin pour rendre la psychiatrie publique plus attractive et mieux repérer les troubles psychiques n’a pas totalement convaincu sur le terrain, de nombreux soignants dénonçant des annonces sans budget à la hauteur.
Dans le même temps, la ministre Stéphanie Rist a dû expliquer à plusieurs reprises le retard du comité interministériel dédié à la santé mentale, promis mais reporté à plusieurs reprises. Elle a assuré récemment qu’il serait enfin lancé, avec l’objectif de ne plus laisser ce sujet cantonné au seul ministère de la Santé.
Le rôle moteur de Michel Barnier
La décision de prolonger la grande cause doit beaucoup au lobbying assumé de Michel Barnier. Devant une commission d’enquête parlementaire sur les défaillances des politiques publiques en matière de santé mentale et de handicap, l’ancien Premier ministre avait plaidé pour un prolongement en 2026 et promis de « ne pas lâcher » ce thème dans ses échanges avec Sébastien Lecornu.
En acceptant cette demande, le nouveau chef du gouvernement sécurise un terrain de continuité avec son prédécesseur, tout en se donnant une année supplémentaire pour démontrer que la grande cause nationale ne se résume pas à une campagne de communication.
2026, année de vérité
Maintenir la santé mentale au rang de grande cause nationale deux années de suite peut être lu comme un signal fort: l’exécutif reconnaît que le chantier est loin d’être bouclé et qu’un simple changement de regard ne suffit pas. Mais cette répétition crée aussi une forme d’obligation de résultat.
En 2026, l’enjeu sera double. D’un côté, rendre lisibles pour le grand public les dispositifs existants, du soutien psychologique remboursé aux actions locales portées par les collectivités et le tissu associatif. De l’autre, montrer aux professionnels que les engagements se traduisent en effectifs, en temps disponible et en conditions de travail améliorées, dans une psychiatrie publique en tension chronique.
Si cette prolongation s’accompagne d’un vrai pilotage interministériel, d’objectifs chiffrés et de moyens identifiés, 2026 pourra être autre chose qu’un simple prolongement symbolique. Dans le cas contraire, la santé mentale risque de rester une grande cause nationale sur l’affiche, mais une cause secondaire dans le quotidien des patients, des familles et des soignants.
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