Une étude d’envergure, baptisée MASAI et publiée dans la revue médicale The Lancet, révèle que l’intelligence artificielle (IA) pourrait transformer le dépistage du cancer du sein. Menée en Suède entre avril 2021 et décembre 2022 sur un échantillon de 105 000 femmes, cette recherche démontre une efficacité accrue dans le diagnostic tout en optimisant le temps médical.
Une réduction significative des diagnostics manqués
Le principal apport de l’IA réside dans sa capacité à réduire les « cancers d’intervalle », ces tumeurs qui apparaissent ou sont découvertes entre deux examens de routine. Selon les résultats de l’étude :
- Le taux de cancers non détectés a chuté de 12 % dans le groupe assisté par l’IA.
- La sensibilité du dépistage (capacité à détecter un cancer présent) est passée de 73,8 % à 80,5 %.
- Le nombre de formes agressives détectées tardivement a diminué, offrant de meilleures perspectives de guérison.
Un renfort pour les radiologues surchargés
L’expérimentation a comparé deux méthodes : la double lecture humaine classique et une lecture par un seul radiologue assisté par l’IA. Le logiciel analyse les clichés en amont, identifiant les cas à faible risque et signalant les zones suspectes aux médecins.
Cette approche permet d’alléger considérablement la charge de travail des spécialistes sans augmenter le taux de « faux positifs » (les cas où une anomalie est signalée à tort). Kristina Lång, chercheuse à l’université de Lund, souligne que l’outil aide à détecter davantage de cancers à un stade précoce tout en préservant les ressources médicales.
Vers une médecine personnalisée et sécurisée
L’intégration de l’IA ne se limite pas au dépistage. Des algorithmes, comme celui développé par la start-up française Spotlight Medical, permettent désormais de prédire les risques de récidive après un diagnostic. Cette personnalisation des soins pourrait éviter à 50 000 femmes par an des traitements lourds et inutiles, comme la chimiothérapie, lorsque le risque de retour de la maladie est jugé très faible.
Un cadre réglementaire et éthique strict
Malgré ces avancées, la communauté médicale appelle à la prudence. Jean-Philippe Masson, président de la Fédération nationale des médecins radiologues, rappelle que l’expertise humaine reste indispensable pour « redresser » les diagnostics de l’IA et éviter les sur-diagnostics.
Sur le plan législatif, l’Europe encadre désormais ces technologies :
- AI Act : Le règlement européen classe ces dispositifs médicaux « à haut risque ».
- Calendrier : Entré en vigueur en août 2024, il impose des exigences de sécurité renforcées applicables dès août 2026.
- Contrôle : Dans 100 % des cas, un médecin valide systématiquement les résultats produits par la machine.
