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Pourquoi claque-t-on des dents quand il fait froid ?

par Rédaction Figures Publiques

Chair de poule, frissons, claquements de dents: quand il fait froid, l’hypothalamus déclenche une série de réflexes pour maintenir la température du corps. Explications simples des mécanismes de thermorégulation et du rôle des muscles dans la production de chaleur.

Dès que la température chute, le corps ne « subit » pas simplement le froid, il réagit. Sa priorité est claire: maintenir une température interne stable autour de 37 °C pour protéger le cerveau, le cœur et les organes vitaux. Comme le rappelle la chronique « C est ma santé » de Franceinfo, plusieurs mécanismes se déclenchent en cascade: chair de poule, frissons, puis claquements de dents.

La chair de poule vient de minuscules muscles situés à la base de chaque poil. En se contractant, ils redressent les poils afin de piéger une fine couche d air chaud au contact de la peau. Ce système était efficace quand nos ancêtres étaient beaucoup plus poilus; aujourd’hui, l’effet isolant est devenu marginal, mais le réflexe persiste.

En parallèle, la peau devient froide, parfois violacée. C’est la vasoconstriction: les vaisseaux sanguins se contractent en surface, diminuant le flux de sang dans les extrémités pour limiter les pertes de chaleur. Fingers, oreilles, nez se refroidissent, mais l’intérieur du corps est mieux protégé.

Ce serrage des vaisseaux explique aussi pourquoi certaines parties visibles du corps semblent « rétrécir » au froid: le volume sanguin local diminue, les tissus se contractent. Ce n’est pas qu’un inconfort, c’est un choix stratégique du corps qui sacrifie le confort périphérique pour sauver le noyau vital.

Quand ces défenses passives ne suffisent plus, l’organisme passe à la vitesse supérieure: il n’essaie plus seulement de conserver la chaleur, il commence à en produire. C’est là que les frissons et les claquements de dents entrent en jeu.

L’hypothalamus, thermostat interne et chef d’orchestre des frissons

Au centre de ce dispositif, on trouve l’hypothalamus, une petite région du cerveau située à la base du crâne. C’est lui qui joue le rôle de thermostat interne. Des neurones sensibles à la température reçoivent en continu des informations venues de la peau, du sang et de la moelle épinière.

Quand la température centrale commence à baisser, même de quelques dixièmes de degré, l’hypothalamus déclenche une réponse automatique: la thermogenèse. Concrètement, il décide d’utiliser ce qu’il a sous la main pour produire de la chaleur rapidement: les muscles. Des travaux de physiologie décrivent un véritable « centre moteur du frisson » dans la partie postérieure de l’hypothalamus, normalement freiné, mais qui s’active dès que le seuil de froid est franchi.

Cette activation se traduit d’abord par de petites contractions musculaires désynchronisées, réparties dans tout le corps: ce sont les frissons. Le métabolisme augmente, les muscles brûlent plus d’énergie et produisent de la chaleur comme sous-produit. C’est coûteux en calories, mais très rapide, ce qui en fait un réflexe de survie efficace en cas d’exposition brutale au froid.

Ce réflexe est involontaire: on ne décide pas de frissonner ni de claquer des dents, pas plus qu’on ne décide de faire de la fièvre. Le corps ajuste sa température sans demander l’avis de la personne, en fonction d’un point d’équilibre interne qu’il tente de préserver à tout prix.

Froid intense, fatigue, manque de vêtements adaptés ou exposition prolongée: plus la situation se détériore, plus l’hypothalamus va pousser les muscles à travailler, jusqu’à solliciter aussi la mâchoire. C’est à ce stade que les dents commencent à claquer.

Des frissons au claquement de dents: un tremblement musculaire très ciblé

Les claquements de dents ne sont qu’une forme localisée de frisson. Les muscles qui contrôlent la mâchoire inférieure se mettent eux aussi à trembler rapidement, comme les autres muscles du corps. Plusieurs sources de physiologie rappellent que le « chattering teeth » est une manifestation classique de ce tremblement musculaire induit par le froid.

Comme les deux mâchoires sont articulées l’une avec l’autre, ces contractions rapides se traduisent par une succession d’ouvertures et de fermetures de la bouche. Les dents se percutent, le bruit caractéristique apparaît. Sur le plan énergétique, cela reste le même principe: le muscle qui se contracte consomme de l’énergie et produit de la chaleur.

Ces mouvements peuvent être impressionnants, surtout chez les personnes très maigres ou très fatiguées, car la masse musculaire disponible est moindre et le corps pousse davantage sur ce qu’il lui reste. Chez l’enfant ou la personne âgée, les frissons et claquements de dents arrivent parfois plus vite car la régulation thermique est moins efficace.

On retrouve des mécanismes proches en cas de fièvre. Quand l’organisme décide de monter sa température interne pour lutter contre une infection, l’hypothalamus « remonte » son point de consigne. La personne se sent alors transitoirement gelée, frissonne et peut claquer des dents, alors même que sa température est élevée. Le corps n’a pas froid en absolu; il a froid par rapport à sa nouvelle consigne temporairement plus haute.

Cette mécanique a cependant des limites. Si l’exposition au froid se prolonge sans protection, le corps épuise ses réserves énergétiques, les frissons diminuent puis disparaissent, et c’est là que le risque d’hypothermie grave apparaît. Quand quelqu’un n’a plus froid, ne frissonne plus et devient somnolent dans un environnement glacial, ce n’est pas un signe d’amélioration, mais un signal d’alerte majeur.

Ce que disent ces claquements de dents sur notre état de santé

D’un point de vue médical, claquer des dents au froid est donc normal. C’est le signe que l’hypothalamus fait son travail et que les muscles sont encore capables de produire de la chaleur. Le réflexe ne suffit pas toujours à rendre confortable une promenade de nuit en plein vent, mais il contribue à retarder la chute de la température centrale.

En revanche, des claquements de dents qui surviennent sans exposition au froid doivent faire réfléchir. Ils peuvent accompagner une poussée de fièvre, un épisode de stress intense, certaines pathologies neurologiques ou des effets secondaires de médicaments, comme le signalent des analyses sur le bruxisme et les mouvements de la mâchoire.

Sur le plan pratique, éviter de pousser le corps à ce point reste la meilleure stratégie. Vêtements en couches, bonnet, gants, chaussures isolantes limitent la vasoconstriction extrême et les frissons massifs. Le message est simple: si une personne ne peut plus tenir un objet correctement, parle avec difficulté à cause de la mâchoire qui tremble, ou a du mal à coordonner ses gestes, il est temps de rentrer au chaud et de se réchauffer progressivement.

Au fond, ces claquements de dents rappellent une chose: notre organisme est prêt à dépenser beaucoup d’énergie pour préserver quelques dixièmes de degré au coeur du corps. C’est parfois désagréable, rarement élégant, mais c’est un des réflexes les plus fondamentaux de notre survie.

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