Les médecins libéraux ont manifesté samedi après-midi à Paris à l’appel de l’ensemble de leurs organisations syndicales. La mobilisation s’inscrit dans une grève entamée le lundi 5 janvier pour une durée annoncée de dix jours. Selon le syndicat Jeunes Médecins, le mouvement pourrait s’intensifier dans les prochains jours, avec des répercussions attendues dans le secteur privé.
Présidente de Jeunes Médecins, Anna Boctor a déclaré que « le mouvement va se durcir », estimant que la semaine écoulée ne constituait « qu’une prémisse ». Elle s’est exprimée samedi sur Franceinfo, dénonçant ce qu’elle qualifie de « dérive autoritaire » du système de santé et une « rupture historique du dialogue » entre les pouvoirs publics et les professionnels de terrain.
La mobilisation doit connaître un point de tension en début de semaine prochaine, avec des fermetures de blocs opératoires ou des réductions d’activité dans plusieurs cliniques privées. Les syndicats évoquent un impact progressif sur l’organisation des soins, en parallèle de la poursuite de la grève.
Anna Boctor affirme que les jeunes médecins ont appelé à une grève illimitée, estimant que les échanges avec les autorités sanitaires ne reposent pas sur des engagements concrets. Les syndicats ont ainsi décliné, vendredi, une invitation de la ministre de la Santé à une réunion de concertation. Selon la présidente de Jeunes Médecins, « des courriers ne suffisent pas » et certaines prises de position ministérielles ont été perçues comme « dénigrantes » à l’égard du mouvement.
La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a de son côté appelé à la reprise du dialogue, samedi sur France Inter. Elle a indiqué vouloir « avancer avec les professionnels », tout en rappelant la nécessité, selon elle, que « chacun prenne ses responsabilités ». La ministre estime que certaines dispositions du projet de loi de financement de la Sécurité sociale ont été mal interprétées dans le débat public.
Elle a notamment précisé qu’il n’existait pas de quotas sur les arrêts de travail, mais une limitation à un mois pour un premier arrêt, avec possibilité de dérogation motivée. Ces éléments figurent dans les discussions parlementaires en cours sur le budget de la Sécurité sociale.
Plusieurs représentants syndicaux, dont Jérôme Marty, président de l’UFML, ont demandé une rencontre avec le Premier ministre Sébastien Lecornu dans les prochains jours. La ministre de la Santé a parallèlement adressé deux courriers aux organisations syndicales, affirmant ne pas envisager le recours à une fixation unilatérale des tarifs médicaux.
Les médecins libéraux avaient déjà obtenu, lors de précédentes mobilisations à l’automne, le retrait de plusieurs mesures initialement prévues dans le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2026, notamment la surtaxation des suppléments d’honoraires et certaines obligations liées au dossier médical partagé. D’autres dispositions restent toutefois contestées, comme la possibilité pour l’Assurance maladie de fixer certains tarifs ou la réduction de la durée maximale d’un premier arrêt de travail.
Les syndicats s’opposent également à des mesures examinées par le Parlement visant à encadrer les prescriptions médicales jugées excessives, ainsi qu’à des propositions de loi portant sur une régulation de l’installation des médecins. Selon eux, ces dispositifs pourraient remettre en cause la liberté d’exercice.
Selon les derniers chiffres communiqués par l’Assurance maladie, l’activité des médecins libéraux, mesurée par les télétransmissions, était en baisse de 19 % chez les généralistes et de 12 % chez les spécialistes à la date de mardi. Cette diminution intervient dans un contexte de forte pression sur les services d’urgence hospitaliers, confrontés à une épidémie de grippe et aux conséquences des conditions météorologiques hivernales.
