La ville de Strasbourg fait évoluer sa politique d’éclairage nocturne pour répondre aux inquiétudes croissantes concernant l’insécurité ressentie par les usagers. Depuis le début de l’année 2026, la municipalité expérimente un dispositif de télégestion dans quatre quartiers tests : la Montagne Verte, l’Esplanade, le Neudorf et la Neustadt. Ce système permet de moduler l’intensité lumineuse des réverbères à distance, offrant une alternative à l’extinction totale pratiquée depuis 2023.
Afin de faire face à la hausse des coûts de l’énergie, la capitale alsacienne avait initialement décidé d’éteindre 8 500 lampadaires, soit 30 % de son parc, entre 1 heure et 5 heures du matin. Cette mesure a suscité de nombreuses plaintes d’habitants et d’associations, notamment « Osez le féminisme », pointant du doigt un sentiment d’insécurité accru pour les piétons circulant la nuit. Pour y remédier, un comité de suivi incluant des forces de l’ordre et des collectifs citoyens a identifié les zones prioritaires nécessitant un retour de la lumière.
« Ce nouveau système de télégestion nous permet une grande souplesse pour avoir le bon éclairage au bon endroit » souligne Bernard Schalk, adjoint au responsable du département.
Le nouveau dispositif repose sur l’installation de lampes LED connectées, pilotables via une tablette par les services municipaux. Entre 23 heures et 6 heures du matin, l’intensité peut être réglée sur quatre paliers (25, 50, 75 ou 100 %) selon les besoins spécifiques de chaque rue. Pierre Ozenne, adjoint à la maire en charge de l’éclairage public, souligne que cette technologie permet de concilier la confiance des habitants avec les impératifs budgétaires et environnementaux. La consommation électrique liée à l’éclairage est ainsi passée de 13,6 GWh en 2020 à 9 GWh en 2025.
L’approche strasbourgeoise intègre également l’expertise d’urbanistes spécialisées dans le rapport entre genre et espace public, à l’image de Marie-Dominique de Suremain. À travers des « marches exploratoires », ces analyses permettent de cibler les zones où l’obscurité entrave la mobilité des femmes. Forte de ces premiers résultats, la mairie prévoit de généraliser la télégestion à l’ensemble des 27 500 lampadaires de la ville d’ici 2030.
