Prudence budgétaire affichée et bataille politique relancée à l’approche de 2026
Les mots choisis par l’exécutif de Saint-Étienne Métropole résument bien l’ambiance du conseil métropolitain du 26 novembre: « Le choix d’être prudents » et l’idée qu’en 2026, la collectivité va devoir « se serrer la ceinture », selon Le Progrès. Les orientations budgétaires présentées ce soir-là sont pessimistes: la Métropole anticipe une baisse d’environ 12 millions d’euros de ses recettes, sous l’effet conjugué du gel de la TVA, des ponctions sur les finances locales et d’une croissance en berne, a détaillé le vice-président aux finances Christian Julien, toujours d’après Le Progrès.
Pour 2026, les recettes de fonctionnement sont évaluées autour de 385 millions d’euros, avec une nouvelle hausse de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, qui passerait de 8,3 à 8,5 %, indique le même quotidien. Dans ce contexte, la présidente de la Métropole, Sylvie Fayolle, a acté une ligne de conduite: contenir les dépenses, revoir les priorités et abaisser le niveau d’investissement.
Cette séquence intervient un an après un premier renoncement symbolique: l’abandon du projet de patinoire métropolitaine pour boucler le budget précédent. Officiellement, la collectivité rappelle qu’elle reste engagée sur près de 500 millions d’euros de budget global pour 2025, dont plus de 250 millions d’euros d’investissements, avec des priorités fortes sur les transports (40 millions d’euros pour les réseaux de transport en commun), le plan vélo, la collecte et le traitement des déchets ou encore les projets d’aménagement urbain, selon le rapport budgétaire publié sur le site officiel de Saint-Étienne Métropole.
Autrement dit, l’exécutif met en avant un effet ciseau: des charges qui restent élevées, des projets structurants lancés depuis plusieurs années et des recettes qui se contractent. L’objectif affiché est de préserver la capacité d’investissement tout en évitant une dérive de l’endettement.
Dans ce décor chiffré, la dimension politique n’a pas tardé à s’inviter.
Maurice Vincent charge frontalement la majorité métropolitaine
Sur les réseaux sociaux, l’ancien maire socialiste de Saint-Étienne et ex-président de Saint-Étienne Métropole, Maurice Vincent, a réagi vivement à ces annonces. Pour lui, « la droite stéphanoise et métropolitaine est incorrigible ». Il rappelle qu’à son arrivée à l’hôtel de ville en 2008, la situation financière était déjà, selon lui, « calamiteuse », et qu’il revendique l’avoir redressée en six ans avant l’alternance de 2014.
Dans son message, l’ex-édile pointe un paradoxe: malgré les recettes supplémentaires liées au passage en Métropole, la collectivité se retrouverait à nouveau au pied du mur budgétaire. Il estime que les prochains élus devront probablement découvrir, après les municipales de 2026, des engagements pluriannuels et des dossiers coûteux encore masqués: traitement des déchets, innovation à soutenir, rénovation urbaine à poursuivre, transition écologique. Autant de charges lourdes qui pèseront sur les marges de manœuvre futures.
Maurice Vincent critique aussi ce qu’il considère comme une politique de communication plus flatteuse que la réalité des comptes, avec une logique qu’il résume par une formule: « Après moi, le déluge, les suivants se débrouilleront. » Enfin, il lie la situation budgétaire à une dégradation de l’image du territoire, évoquant directement « l’affaire Perdriau ».
Depuis 2022, le maire de Saint-Étienne, Gaël Perdriau, est en effet au cœur d’un retentissant dossier de chantage présumé à la « sextape », révélé par Mediapart puis instruit par la justice. Son procès pour chantage, association de malfaiteurs et détournement de fonds publics s’est ouvert à Lyon en septembre 2025, et le jugement doit être rendu prochainement. L’issue de cette affaire pèsera sur la campagne municipale et, par ricochet, sur la gouvernance métropolitaine.
Deux lectures d’une même réalité
D’un côté, la majorité de centre droit insiste sur un environnement national et international défavorable qui frappe l’ensemble des collectivités, y compris les métropoles réputées les plus solides. Elle met en avant les efforts pour maintenir des investissements jugés indispensables: transports, plan vélo, gestion de l’eau, déchets, transition écologique, soutien aux entreprises.
De l’autre, un ancien président de la Métropole rappelle que cette structure dispose de ressources conséquentes et que la question est moins celle de la pénurie que celle de l’arbitrage politique: quels projets prioriser, quelles dépenses différer, quelle trajectoire de dette accepter. En filigrane, il renvoie la majorité actuelle à sa responsabilité sur dix ans de gouvernance et à l’impact des scandales politico-judiciaires sur l’attractivité du territoire.
Ce débat n’en est qu’à ses débuts. Les orientations budgétaires 2026 ne sont qu’un premier cadrage avant le vote du budget au printemps et surtout avant les municipales et métropolitaines de 2026, où les électeurs auront à trancher entre plusieurs récits: celui d’une Métropole contrainte par l’État et la conjoncture, ou celui d’une collectivité qui aurait mal anticipé ses choix et ses priorités.
En savoir plus sur Figures Publiques
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
