La reprise partielle de Novasco sauve Leffrinckoucke mais condamne Saint-Étienne et Hagondange, avec plus de 500 licenciements et une aciérie électrique stratégique sacrifiée.
La décision est tombée à Strasbourg : Novasco ne gardera qu’une seule de ses quatre usines, celle de Leffrinckoucke, près de Dunkerque. Les sites de Saint-Étienne et d’Hagondange, eux, sont promis à la liquidation, avec Custines. Au total, 145 emplois seraient sauvés sur 696, plus de 500 salariés basculant dans l’inconnu.
Une seule usine sauvée, deux bassins industriels lourdement frappés
Selon une décision de la chambre commerciale du tribunal judiciaire de Strasbourg, seule l’offre du consortium emmené par Julien Baillon, patron de Métal Blanc, a été retenue. Elle prévoit la reprise du seul site des Dunes, à Leffrinckoucke, et l’arrêt des activités à Saint-Étienne, Custines et Hagondange.
Pour les syndicats, cette cession partielle ne change rien au choc social : plus de 500 emplois supprimés, dont une large part en Moselle et dans la Loire. A Saint-Étienne comme à Hagondange, ce n’est pas seulement une usine qui ferme, mais un morceau d’histoire industrielle locale qui s’effondre, au terme du quatrième redressement judiciaire de l’entreprise depuis 2014.
Une seule usine sauvée, deux bassins industriels lourdement frappés
Avec ses 434 salariés, l’aciérie d’Hagondange est le plus grand site du groupe. C’est là que se trouve le four électrique, capable de produire un acier bas carbone présenté comme stratégique pour une sidérurgie décarbonée. D’après plusieurs élus du personnel, fermer ce site revient à renoncer à un outil au cœur des discours sur la transition écologique et la réindustrialisation.
Sur place, la colère est à la hauteur de l’enjeu. « Les gens sont écœurés », résume Kader Kaoulai, ouvrier au laminoir, cité par l’AFP : « On avait un petit espoir, mais malheureusement, on est tous dégoûtés. Il n’y a plus rien, Hagondange est mort. » Le drapeau Novasco a été décroché puis brûlé devant les bureaux, geste symbolique d’un site qui se sent abandonné après des mois de mobilisation.
En Moselle, déjà meurtrie par la fermeture d’autres installations sidérurgiques, cette décision prend la forme d’un nouvel acte de désindustrialisation. D’autant que le gouvernement lui-même reconnaît aujourd’hui le « non-sens écologique et stratégique » de la disparition d’une aciérie électrique, dans un secteur où réduire les émissions de gaz à effet de serre reste complexe.
Saint-Étienne, fin de partie silencieuse pour le site du Marais
A Saint-Étienne, le site du Marais n’est pas une grande aciérie mais une unité de parachèvement de produits de petite section, tournée vers le marché automobile. Cela n’en fait pas moins un maillon important d’une filière déjà fragilisée dans la Loire, entre restructurations et pressions des donneurs d’ordre.
La presse locale rappelait ces derniers jours que « ça sent très, très mauvais » pour l’usine stéphanoise, après des années d’incertitude et de sous-investissement. Pour les salariés, l’annonce de la liquidation confirme ce qu’ils redoutaient : l’arrêt net d’une activité qui faisait vivre des dizaines de familles et participait encore à l’identité industrielle de l’agglomération.
Dans un territoire où l’on parle beaucoup de réindustrialisation, la fermeture de ce site renforce le sentiment de décalage entre les discours nationaux et la réalité des ateliers. La question des reclassements se pose avec acuité, alors que les opportunités comparables en sidérurgie ou métallurgie lourde se raréfient dans le bassin stéphanois.
Un fiasco Greybull qui laisse un goût amer
En toile de fond, le même acteur revient dans toutes les bouches : le fonds britannique Greybull Capital, qui avait repris Novasco en 2024 en promettant 90 millions d’euros d’investissements. Selon les syndicats et le gouvernement, seuls 1,5 million auraient été effectivement injectés, quand l’État, lui, affirme avoir engagé environ 85 millions d’euros.
Le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, parle désormais de « repreneur voyou » et annonce des actions civiles et pénales pour récupérer ce qu’il estime être « 88,5 millions d’euros » dus au territoire et aux salariés. Sur le terrain, les métallos d’Hagondange comme de Saint-Étienne y voient surtout une réaction tardive : cela ne sauvera pas leurs emplois, et les procédures s’annoncent longues.
Dans un contexte où l’acier européen est déjà sous pression, entre concurrence chinoise, coûts de l’énergie et difficultés du secteur automobile, l’épisode Novasco s’ajoute à la liste des dossiers symboles de l’échec des reprises « low cost ». Pour les salariés de Saint-Étienne et d’Hagondange, l’heure n’est plus aux plans industriels sur le papier, mais à un combat très concret pour obtenir des conditions de départ à la hauteur d’une vie passée au service de la sidérurgie.
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