L’encadrement des loyers en vigueur à Lyon et Villeurbanne depuis 2021 continue de diviser. D’un côté, les organisations de propriétaires et l’observatoire privé Clameur dénoncent une mesure inefficace et contre-productive. De l’autre, le président écologiste de la Métropole, Bruno Bernard, met en avant des chiffres qui, selon lui, montrent que la situation reste plus contenue qu’ailleurs, au point d’affirmer que « les loyers explosent ailleurs mais pas à Lyon ».
Pour comprendre ce bras de fer politique et technique, il faut regarder de près les données disponibles et la manière dont chaque camp les exploite.
À Lyon et Villeurbanne, des loyers encadrés depuis 2021
L’encadrement des loyers est entré en vigueur à Lyon et Villeurbanne le 1er novembre 2021, dans le cadre du dispositif expérimental prévu par la loi ELAN. Un arrêté préfectoral fixe chaque année un loyer de référence, un loyer de référence majoré (+20 %) et un loyer de référence minoré (–30 %), en fonction du secteur, de la surface, de l’année de construction et du caractère meublé ou non du logement, rappelle la mairie du 7e arrondissement de Lyon.
Sur le papier, un propriétaire ne peut donc pas dépasser le loyer de référence majoré lors d’une nouvelle mise en location ou d’un renouvellement de bail. La Métropole met d’ailleurs à disposition un simulateur pour vérifier la conformité des loyers.
En octobre 2025, le tribunal administratif de Lyon a toutefois annulé l’arrêté préfectoral de 2023 pour un motif de forme, lié à la cartographie retenue. La Fédération nationale de l’immobilier (FNAIM) a salué une mesure « inefficace, punitive et contre-productive », en estimant que cet encadrement découragerait une partie des bailleurs.
La préfecture et la Métropole ont immédiatement réagi pour marteler que l’encadrement restait applicable, l’annulation ne visant que l’arrêté 2023 et non le principe même du dispositif. La Métropole indique ainsi qu’il s’agit d’un « défaut de forme » et que la mesure « n’a jamais cessé de s’appliquer » à Lyon et Villeurbanne, en attendant de nouveaux arrêtés.
Des loyers qui continuent d’augmenter, mais moins vite
L’Observatoire local des loyers de l’agglomération lyonnaise apporte un premier élément de comparaison. Dans sa publication 2024, il indique que le loyer médian dans le parc locatif privé atteint 12,70 euros/m² à l’échelle de l’agglomération. À Lyon et Villeurbanne, ce loyer médian monte à 13,60 euros/m², avec une hausse de 2,2 % entre le 1er janvier 2023 et le 1er janvier 2024 sur le périmètre soumis à l’encadrement.
Le même observatoire relève un loyer de marché (nouvelles locations et relocations) à 14,50 euros/m² pour Lyon et Villeurbanne, soit un niveau élevé mais dont la progression reste plus contenue que dans d’autres métropoles très tendues.
À l’échelle nationale, plusieurs études montrent en parallèle un envol des loyers dans un contexte de crise du logement. Une analyse publiée par l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR), en partenariat avec SeLoger et des laboratoires de recherche, estime que l’encadrement a « freiné » la hausse des loyers dans les villes qui l’appliquent, avec une baisse moyenne de 4,4 % par rapport à un scénario sans encadrement dans des métropoles comme Paris, Lille, Lyon, Bordeaux ou Montpellier.
Bruno Bernard s’appuie précisément sur ce type de données pour défendre le dispositif et affirmer que la trajectoire lyonnaise reste plus maîtrisée que celle d’autres grandes villes où les loyers ont bondi.
Clameur et les propriétaires contestent l’efficacité du dispositif
Face à ce discours, les critiques se structurent. L’observatoire privé Clameur, proche des professionnels de l’immobilier, a publié à l’automne 2025 une étude très commentée. Il y conclut que l’encadrement des loyers « ne parvient pas à faire baisser les loyers » à Lyon et Lille et qu’il pénaliserait même l’offre locative, en incitant certains propriétaires à vendre plutôt qu’à louer.
Clameur met en avant l’absence « d’inflexion nette » des loyers dans les villes encadrées, tout en soulignant un recul du nombre d’annonces dans ces marchés. Les organisations de propriétaires reprennent cet argumentaire pour dénoncer un dispositif « idéologique », qui rigidifierait le marché sans apporter de bénéfice tangible aux locataires.
À l’inverse, les partisans de l’encadrement répliquent que l’outil ne prétend pas faire baisser les loyers du jour au lendemain, mais ralentir leur progression dans les zones où la tension est la plus forte. Ils s’appuient sur les travaux de l’APUR, qui concluent à des économies significatives pour les locataires dans les villes encadrées, en particulier sur les petites surfaces.
Bruno Bernard veut « renforcer et étendre » l’encadrement
Dans une interview récente, Bruno Bernard défend non seulement le maintien de l’encadrement à Lyon et Villeurbanne, mais aussi son extension à d’autres communes de la Métropole. Il insiste sur le fait que la collectivité veut « renforcer » ce dispositif, en l’articulant avec une politique de production de logements plus abordables et des outils comme l’accession encadrée à la propriété.
Pour l’exécutif métropolitain, l’argument central est le suivant : alors que les loyers explosent dans de nombreuses métropoles françaises, la progression reste plus limitée sur le périmètre encadré lyonnais, avec une hausse de l’ordre de 2 % en 2023, en dessous de l’inflation et de la moyenne nationale constatée sur le parc privé.
Les oppositions locales contestent ce diagnostic. Elles reprochent à la majorité écologiste de ne pas « construire assez » et de renvoyer trop facilement la responsabilité de la crise du logement vers les propriétaires et les investisseurs, alors que la baisse de l’offre locative pèse mécaniquement sur les ménages qui cherchent à se loger.
Une bataille de chiffres à trois mois des municipales
À quelques mois des municipales et des métropolitaines de 2026, le débat sur l’encadrement des loyers prend une dimension politique assumée. Pour Bruno Bernard, présenter Lyon comme un territoire où « les loyers n’explosent pas » permet de défendre son bilan en matière de logement et de justifier la poursuite, voire le durcissement, de la régulation.
Face à lui, les acteurs du marché et une partie de la droite locale veulent transformer l’étude de Clameur et la décision du tribunal administratif en procès de la politique métropolitaine du logement, en expliquant que la protection des locataires passe aussi par une offre plus abondante, des délais de construction raccourcis et une fiscalité jugée plus attractive.
En filigrane, un point fait cependant consensus : la tension reste forte sur le parc privé lyonnais, avec des loyers qui demeurent élevés pour les ménages modestes malgré le frein revendiqué par la Métropole. Les arbitrages qui seront faits après 2026 sur la prolongation du dispositif national d’encadrement pèseront donc directement sur la capacité des grandes villes, Lyon incluse, à contenir la facture du logement.
