À Lille, plus de 500 verbalisations ont été dressées en huit mois pour des infractions liées à l’usage du protoxyde d’azote, malgré un arrêté municipal en vigueur depuis mai dernier. Cette situation relance le débat sur les limites de l’action locale et sur l’évolution du cadre juridique national concernant cette substance.
La municipalité lilloise a adopté au printemps 2025 un arrêté interdisant « la consommation, la détention, la vente et la distribution de protoxyde d’azote » dans plusieurs secteurs festifs de la ville. Depuis l’entrée en vigueur de ce texte, la police municipale a procédé à plus de 500 verbalisations, notamment pour usage, détention ou abandon de cartouches dans l’espace public, selon les chiffres communiqués par la Ville.
Malgré ce volume de sanctions, le protoxyde d’azote reste un produit licite au niveau national. Il est en effet utilisé à des fins médicales et dans l’industrie agroalimentaire, ce qui explique qu’il ne figure pas à ce stade sur la liste des stupéfiants établie par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. Une loi encadre toutefois son usage afin de lutter contre les pratiques détournées et les risques sanitaires associés.
Une demande de durcissement du cadre juridique
Lors d’un récent conseil municipal, la Ville de Lille a officiellement demandé à l’État de faire évoluer la réglementation afin que le protoxyde d’azote soit classé comme stupéfiant. Les élus estiment que ce classement permettrait de renforcer les moyens d’action des forces de l’ordre et de dépasser les limites d’un arrêté municipal.
Cette position rejoint celle exprimée par le ministre de la Justice Gérald Darmanin, qui a indiqué souhaiter une inscription du protoxyde d’azote sur la liste des stupéfiants. Selon des informations rapportées par l’AFP, le gouvernement travaille actuellement à un encadrement plus strict de cette substance.
Des obstacles techniques persistants
Au-delà de la qualification juridique, la question de la détection demeure centrale. Le protoxyde d’azote est rapidement éliminé par l’organisme, en quelques minutes à quelques heures selon les modes de consommation. À ce jour, il n’existe pas de test homologué permettant d’en prouver l’usage, contrairement à l’alcool ou à certains stupéfiants.
Cette difficulté technique limite les poursuites, notamment en cas d’accident ou de mise en danger d’autrui. Elle a été mise en lumière à Lille après le décès d’un jeune homme lors de la nuit d’Halloween, percuté par un automobiliste soupçonné d’avoir consommé du protoxyde d’azote. Ce drame a ravivé les interrogations sur l’efficacité des dispositifs actuels et sur la nécessité d’une réponse nationale coordonnée.
