La Métropole de Lyon s’apprête à voter son budget 2026 dans un climat tendu. Avant le conseil métropolitain de lundi, Bruno Bernard défend sa trajectoire financière, que l’opposition juge “insincère”. Le président écologiste affirme que l’endettement est stabilisé et que la note financière reste solide, malgré un contexte national jugé défavorable pour les collectivités.
La polémique s’est cristallisée ce week-end. Réunis devant la presse, Jean-Michel Aulas et Véronique Sarselli ont demandé à la préfète “d’être vigilante” sur la sincérité du budget, estimant que l’équilibre repose sur des recettes “imprévisibles” comme les droits de mutation. Ils pointent un effondrement de l’épargne nette et des marges de manœuvre qui se réduisent, avec pour corollaire un recours accru à l’emprunt. Ces critiques interviennent à trois mois du scrutin métropolitain et à l’heure où la droite et le centre ont officialisé un bloc commun “Grand Cœur Lyonnais”. Selon leurs promoteurs, il regroupe 51 élus d’opposition et se veut la vitrine d’une alternative budgétaire et programmatique à l’exécutif en place.
En réponse, Bruno Bernard assume une ligne de défense ciblée sur trois éléments. D’abord, l’ordre de grandeur: le budget primitif 2026 s’élève à environ 3,97 milliards d’euros, pour une capacité d’autofinancement annoncée à 275,8 millions d’euros. La collectivité met aussi en avant une dette “100 % sécurisée” et un “solde courant positif” pour la quatrième année consécutive, tout en rappelant la confirmation d’une note A+ “perspective stable” par l’agence Fitch. “Dire que la dette a explosé est faux”, a résumé le président de la Métropole, qui attribue les tensions de cadrage à des arbitrages nationaux défavorables sur les finances locales.
Sur le périmètre des politiques publiques, l’exécutif annonce un maintien de l’effort d’investissement, avec des priorités réaffirmées en mobilité, logement et transition environnementale, tout en se targuant d’une trajectoire compatible avec les engagements climatiques métropolitains. Les documents préparatoires et la communication financière insistent sur une programmation d’investissements jugée “tenable” par l’exécutif, malgré la baisse des recettes dynamiques et un marché immobilier atone.
L’opposition, elle, conteste l’optimisme de l’exécutif et cible la structure des recettes. A ses yeux, la hausse attendue des droits de mutation fragilise l’équilibre, car elle dépend d’un volume de transactions incertain. Elle juge l’épargne trop basse pour absorber des chocs sociaux ou économiques et reproche à l’équipe Bernard de minimiser les effets de périmètre, notamment les engagements de mobilité. Ces griefs s’articulent avec la nouvelle bannière “Grand Cœur Lyonnais”, qui promet d’aligner ses votes et ses propositions au sein de l’hémicycle.
En toile de fond, la question des transports et de leur financement continue d’alimenter le procès en “dilution” de la dette. Au printemps, la chambre régionale des comptes a détaillé les risques pesant sur le plan de financement de projets majeurs du Sytral, rappelant que l’équation repose sur des hypothèses de recettes et d’endettement à suivre de près. Si la Métropole souligne la solidité de sa signature et la stabilité de sa note, ce point technique nourrit une part du débat politique sur la soutenabilité de long terme.
Reste l’arbitre institutionnel. Comme pour toutes les délibérations, le budget voté sera soumis au contrôle de légalité. La préfecture du Rhône l’a rappelé, et l’opposition a appelé à “la vigilance” sur cet examen. Sur le plan politique, l’exécutif a renvoyé ses adversaires à ce qu’il décrit comme des procès d’intention et des “fake news”, tout en assumant une communication offensive sur la note Fitch et l’absence “d’explosion” de la dette. Verdict attendu dans l’hémicycle, puis au Journal officiel des décisions préfectorales.
