Les chiffres étaient attendus. Ils confirment une nette dégradation de la situation sécuritaire dans le Rhône.
Le ministère de l’Intérieur a publié, jeudi 29 janvier 2026, le bilan statistique de la délinquance pour l’année 2025. Sur les seize principaux indicateurs suivis par la police et la gendarmerie nationales, seuls trois sont en baisse dans le département. Tous les autres enregistrent une hausse sur un an, parfois très marquée, plaçant le Rhône au-dessus des moyennes régionale et nationale sur de nombreux critères.
Dès décembre dernier, le préfet délégué à la sécurité, Antoine Guérin, avait anticipé des résultats défavorables, évoquant une « année très difficile », marquée notamment par l’effet de la généralisation de la plainte en ligne. Selon lui, 2025 devait constituer une « nouvelle année de référence ». Un constat que confirment aujourd’hui les données officielles.
Si l’impact de la plainte en ligne contribue à l’augmentation des faits constatés, il ne suffit toutefois pas à expliquer les écarts observés. Ce dispositif étant déployé sur l’ensemble du territoire, les niveaux atteints dans le Rhône traduisent une exposition plus forte que dans la majorité des départements.
Les vols violents connaissent une progression particulièrement préoccupante. Les vols avec violence sans arme augmentent de 66,1 % en un an, la plus forte hausse enregistrée en 2025 dans le département. Le taux atteint entre 2,5 et 3,5 infractions pour 1 000 habitants, contre 0,7 au niveau national. Les vols avec arme progressent également fortement, avec une hausse de 38,8 % sur l’année.
Les infractions liées aux véhicules restent à un niveau très élevé. Les vols dans les véhicules augmentent de 16,4 %, avec 20 649 faits recensés en 2025. Le Rhône se place largement en tête au niveau national, devant les Bouches-du-Rhône. Le taux atteint 10,8 faits pour 1 000 habitants, contre 3,4 en moyenne en France. Les vols d’accessoires sur véhicules reculent légèrement, mais demeurent presque deux fois supérieurs à la moyenne nationale.
Seul point d’amélioration notable, les cambriolages de logements reculent de 13,8 % sur un an, avec 7 154 faits enregistrés. Le département repasse ainsi sous les moyennes régionale et nationale, même s’il reste parmi les territoires les plus touchés à l’échelle du pays.
Les atteintes aux personnes progressent également. Le nombre d’homicides augmente de 32 %, avec 33 faits recensés en 2025. Les tentatives d’homicide bondissent de 47,1 %, atteignant 153 faits. Les violences physiques hors cadre familial progressent de 11,6 %, tandis que les violences intrafamiliales augmentent plus modérément, à +2,5 %. Sur ces indicateurs, le Rhône reste légèrement en dessous des moyennes nationale et régionale, mais suit une dynamique haussière similaire.
Les violences sexuelles poursuivent leur progression, avec 3 427 victimes recensées en 2025, soit une hausse de 11,3 %. Le taux départemental s’établit à 1,8 victime pour 1 000 habitants, légèrement inférieur à la moyenne nationale, mais en augmentation constante.
Enfin, les infractions liées aux stupéfiants confirment une tendance préoccupante. Les mises en cause pour usage augmentent de 10,6 %, tandis que le trafic progresse de 12,6 %. Des niveaux supérieurs aux moyennes régionale et nationale, sans atteindre toutefois ceux observés dans certains départements particulièrement exposés.
Pour les autorités, l’enjeu est désormais clair. Comme l’avait indiqué Antoine Guérin, l’objectif affiché pour 2026 est de démontrer une inflexion durable des indicateurs. Reste à savoir si 2025 constituera un pic statistique ou le point de départ d’une tendance plus structurelle dans le Rhône.
Dans ce contexte de tension sécuritaire persistante, ces statistiques alimentent aussi la mobilisation annoncée des forces de l’ordre. Ce samedi 31 janvier, le syndicat Alliance Police nationale organise, à Lyon comme dans 23 autres villes en France, une marche citoyenne pour alerter sur les conditions de travail des policiers et le manque d’effectifs. Une initiative présentée comme « républicaine et strictement légale », ouverte aux civils, visant à interpeller les pouvoirs publics sur l’écart croissant entre la charge opérationnelle constatée sur le terrain et les moyens alloués à la police nationale.
