Entre 4 000 et 7 000 viticulteurs ont manifesté à Béziers pour dénoncer l’effondrement des prix, les normes jugées étouffantes et la concurrence étrangère, alors que le gouvernement doit recevoir une délégation avant le salon Sitevi.
Samedi 15 novembre, Béziers a vu défiler plusieurs milliers de viticulteurs venus de tout le Midi viticole pour dire qu’ils avaient « atteint la limite ». Selon la préfecture, environ 4 000 manifestants étaient présents, les organisateurs avançant le chiffre de 7 000 participants.
À l’appel des syndicats viticoles du sud, la mobilisation s’est voulue interrégionale, avec des délégations du Gard, de l’Hérault, de l’Aude et d’autres bassins touchés par la chute des prix et la baisse de la consommation.
Derrière les banderoles, le mot d’ordre est clair: sans décisions rapides de l’État, une partie du vignoble méditerranéen risque de décrocher durablement.
Une démonstration de force au coeur du Midi viticole
Dans les rues de Béziers, les tracteurs étaient restés au dépôt, mais les vignerons étaient venus en nombre, souvent en famille, parfois avec leurs salariés. D’après La Dépêche du Midi, la manifestation s’est déroulée dans un calme relatif, seulement ponctué par des pétards, des fumigènes et des prises de parole très offensives contre la politique actuelle.
La FDSEA et les Jeunes Agriculteurs, soutenus par d’autres organisations comme les Vignerons indépendants et la coopération, revendiquaient environ 6 000 participants attendus dès la veille, signe d’une colère préparée de longue date.
Sur les pancartes, les messages résument le sentiment du terrain: « On produit à perte », « On ne vit plus de notre travail », « La vigne saigne, la colère monte ».
Plusieurs témoignages rapportés par la presse spécialisée décrivent des exploitations familiales qui, malgré des années d’investissements, n’arrivent plus à couvrir leurs charges, au point de différer des paiements ou de renoncer à transmettre le domaine aux enfants.
Dans la foule, beaucoup rappellent que le vignoble d’Occitanie n’est pas un décor de carte postale, mais un pilier de l’économie locale, de l’emploi saisonnier et de l’identité des villages.
Normes, taxes et libre-échange dans le collimateur
En tête de cortège, les discours ont ciblé trois responsables: les normes jugées trop lourdes, la pression fiscale et la concurrence internationale. Selon La Dépêche du Midi, le président des Jeunes Agriculteurs du Gard a résumé la lassitude des vignerons en expliquant qu’ils se sentent « étouffés par les normes, noyés sous les taxes et trompés sur les prix payés pour leurs bouteilles ».
Derrière ce constat, c’est toute l’architecture des échanges qui est mise en cause: accords commerciaux, importations à bas prix, pratiques de francisation ou marges jugées excessives de certains circuits de distribution.
Les organisateurs dénoncent un paradoxe: on parle de souveraineté alimentaire, mais les prix d’achat du vin ne permettent plus, selon eux, de rémunérer correctement le travail paysan.
Dans plusieurs interventions relayées par la presse agricole, l’idée revient que le vignoble méditerranéen est pris en tenaille entre des contraintes environnementales renforcées, une demande intérieure en baisse et une concurrence étrangère qui ne joue pas toujours avec les mêmes règles.
Pour les syndicats majoritaires, la réponse doit passer par des prix minimums plus clairs, un contrôle des importations et un allègement réel des contraintes administratives et fiscales qui s’accumulent sur les exploitations.
Un secteur divisé sur les remèdes à apporter
Si la mobilisation apparaît impressionnante, elle ne rassemble pas toute la profession. La Confédération paysanne a explicitement choisi de ne pas participer à la manifestation, tout en reconnaissant l’ampleur de la crise viticole.
Dans un communiqué, ce syndicat met en cause ce qu’il considère comme des « vieilles recettes »: aides à l’arrachage sans stratégie, distillations de crise répétées, et logique de volumes qui alimente la surproduction plutôt qu’elle ne la corrige.
Pour la Confédération paysanne, la priorité doit être une véritable régulation des volumes, une réflexion de long terme sur le modèle viticole et des prix minimums garantissant une rémunération décente, couplés à des conditions strictes sur les importations.
Ce désaccord stratégique illustre une fracture au sein du monde viticole: d’un côté ceux qui demandent surtout des aides rapides, de l’autre ceux qui craignent que des plans d’arrachage mal ciblés accélèrent la disparition des petites fermes au profit d’un modèle plus industriel.
Sur le terrain, beaucoup de vignerons oscillent entre ces deux lignes: ils réclament à la fois un soutien immédiat pour passer l’hiver et une clarification du cap à dix ou quinze ans, notamment sur l’irrigation, les cépages résistants et la place du vin dans la politique agricole française.
Le gouvernement sous pression avant le Sitevi
La manifestation de Béziers vise aussi clairement le calendrier politique. Selon La Dépêche du Midi, le préfet de l’Hérault a indiqué qu’une délégation de viticulteurs serait reçue le 24 novembre au ministère de l’Agriculture, à la veille du salon professionnel Sitevi à Montpellier, où la ministre Annie Genevard est attendue.
Lors d’échanges précédents avec la filière, trois leviers ont été évoqués: un soutien de trésorerie via des prêts de consolidation, un nouveau plan d’arrachage estimé à 35 000 hectares et des mesures renforcées sur le commerce international pour limiter la concurrence jugée déloyale.
Reste à savoir dans quelle mesure ces pistes seront effectivement financées et sous quelles conditions, notamment sur la taille des exploitations concernées, l’accès à l’eau ou la diversification des cultures dans les zones les plus fragilisées.
Dans leurs discours, plusieurs responsables syndicaux préviennent déjà que si le rendez-vous du 24 novembre se limite à des annonces symboliques, d’autres actions pourraient suivre dans tout le sud viticole, avec des formes de mobilisation plus dures que la marche calme organisée à Béziers.
Pour le gouvernement, le dossier viticole se superpose à d’autres fronts sociaux dans l’agriculture. Les réponses qui seront données dans les jours à venir seront scrutées bien au-delà de Béziers, jusque dans les autres bassins viticoles français qui connaissent la même spirale: charges élevées, volumes en baisse, prix sous pression et inquiétude croissante sur l’avenir des exploitations familiales.
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