Accueil ActualitésShein : plus de 80 députés réclament son interdiction en France

Shein : plus de 80 députés réclament son interdiction en France

par Rédaction Figures Publiques

Dans une tribune publiée dans La Tribune Dimanche, 83 députés de plusieurs groupes politiques demandent l’interdiction de Shein en France. Après des amendes record de la DGCCRF et de la CNIL et une procédure de suspension devant le tribunal de Paris, le géant de la fast fashion devient un cas d’école pour la régulation des grandes plateformes.

Plus de 80 députés de différents groupes politiques demandent désormais noir sur blanc « l’interdiction de Shein sur le territoire français ». Leur tribune est parue dans La Tribune Dimanche et a été relayée par Le Figaro et l’AFP. Ils disent vouloir « protéger les travailleurs, la santé publique et la planète » face à un modèle de fast fashion qu’ils jugent destructeur.

Une coalition transpartisane, du centre à la droite

Selon Le Figaro, l’appel est emmené par la présidente de la commission du Développement durable de l’Assemblée nationale, Sandrine Le Feur, élue du groupe Ensemble pour la République. On y retrouve des députés de la majorité présidentielle, mais aussi la socialiste Marie Noëlle Battistel, la députée Horizons Anne Cécile Violland, la LR Josiane Corneloup ou encore le centriste Erwan Balanant (MoDem).

Le texte dénonce une plateforme qui, selon ses signataires, « détruit la planète, nos emplois et la santé des consommateurs ». Ils accusent Shein de pratiquer une concurrence déloyale vis à vis du commerce installé, d’inonder le marché de produits bon marché et de multiplier les articles non conformes ou toxiques.

L’installation début novembre d’un corner Shein au BHV, à Paris, a servi de déclencheur symbolique. Pour les députés, « ce n’est pas la mode qui se démocratise, c’est Shein qui se dédiabolise ». Autrement dit, la marque profite de l’image d’un grand magasin historique pour se donner une respectabilité qui, selon eux, n’est pas compatible avec ses pratiques réelles.

Une double pression, judiciaire et parlementaire

Sur le plan judiciaire, le gouvernement a déjà enclenché une procédure inédite. Le 5 novembre, Matignon a donné 48 heures à Shein pour retirer de son site des produits clairement illégaux, après la découverte de poupées sexuelles d’apparence enfantine et d’armes de catégorie A. La demande de suspension de la plateforme en France doit être examinée par le tribunal judiciaire de Paris à l’audience de référé du 26 novembre.

En parallèle, l’Assemblée nationale a engagé son propre bras de fer. Les dirigeants de Shein ont déjà refusé une audition le 18 novembre devant la mission d’information sur les contrôles des produits importés. Ils avaient également tenté de se soustraire à une convocation de la commission du Développement durable, prévue le 26 novembre, en invoquant cette même audience judiciaire. La présidente de la commission a finalement fixé une nouvelle date d’audition au 2 décembre à 16 h 30.

Le texte signé par les 83 députés rappelle cette séquence et assume une montée de ton. Là où le gouvernement s’est officiellement limité à une demande de suspension si les produits illégaux ne disparaissent pas, les parlementaires franchissent un pas supplémentaire en parlant d’interdiction pure et simple de Shein en France.

Des sanctions déjà massives: près de 190 millions d’euros

Cette offensive arrive après une série de sanctions lourdes. Le 3 juillet 2025, la DGCCRF a infligé 40 millions d’euros d’amende à la filiale Infinite Style E commerce LTD pour pratiques commerciales trompeuses, notamment sur de fausses promotions et des allégations environnementales impossibles à justifier.

Le 3 septembre, la CNIL a prononcé une sanction de 150 millions d’euros contre la filiale irlandaise de Shein pour utilisation illégale de cookies, en continuant à tracer les internautes malgré leur refus et en rendant le non consentement plus compliqué que l’acceptation.

En quelques mois, ce sont donc près de 190 millions d’euros d’amendes qui ont été décidés ou confirmés par les autorités françaises, sur le terrain de la consommation comme sur celui des données personnelles. Pour les députés signataires, ces sanctions ne suffisent plus à « corriger » un modèle qu’ils jugent structurellement problématique.

Un cas d’école pour les élus qui dénoncent la fast fashion

Dans leur texte, les 83 députés décrivent Shein comme « le visage le plus brutal de la fast fashion ». Derrière cette formule, plusieurs griefs:

  • une production textile surdimensionnée, alimentant les montagnes de vêtements usagés déjà visibles dans certains pays d’Amérique du Sud et d’Afrique
  • des prix de vente tirés vers le bas, que les enseignes physiques ne peuvent pas suivre, au risque de fragiliser encore les commerces de centre ville et de périphérie
  • des conditions de travail et de contrôle social dans les usines sous traitantes régulièrement mises en cause par des ONG et des enquêtes de presse.

Au passage, les élus rejoignent les critiques portées depuis plusieurs mois par la mission d’information sur les produits importés à l’Assemblée nationale, coprésidée et co rapportée par des députés de bords différents, dont Antoine Vermorel Marques, député LR de la Loire, qui réclame déjà la suspension de la plateforme pour récidive.

Un débat qui dépasse désormais Shein

Reste une question clé, plus juridique que politique: peut on réellement interdire en France une très grande plateforme installée dans le cadre du marché européen, alors même que le règlement sur les services numériques (DSA) réserve aux autorités européennes la conduite des procédures lourdes contre ces « très grandes plateformes en ligne » ? Plusieurs spécialistes du droit du numérique rappellent que toute interdiction unilatérale risque d’entrer en collision avec le DSA et de se faire censurer.

C’est tout l’enjeu des prochaines semaines. Entre l’audience au tribunal judiciaire de Paris, l’audition à l’Assemblée nationale et la proposition de résolution européenne déposée par des députés de plusieurs groupes pour durcir le cadre applicable à certaines plateformes, le cas Shein est en train de devenir un test grandeur nature.

Pour l’instant, la marque continue de vendre des millions d’articles chaque jour en France, tout en contestant la sévérité des sanctions et en assurant qu’elle renforce ses contrôles. Mais le signal politique envoyé par ces 83 députés est clair: le temps où Shein pouvait se contenter de communiquer sur la démocratisation de la mode est terminé. Le débat porte désormais sur une alternative binaire, posée noir sur blanc dans leur texte: Shein avec quelles règles, ou Shein plus du tout.

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