Selon Le Figaro, le député LR de la Loire Antoine Vermorel-Marques hausse encore le ton contre la plateforme de vente en ligne Shein. Co-rapporteur de la mission d’information sur les contrôles des produits importés à l’Assemblée nationale, il dénonce un acteur « dangereux pour la France », accusé de vendre des produits illégaux, de fragiliser le commerce de proximité et d’alimenter la surconsommation textile.
Une audition imposée à l’Assemblée le 26 novembre
Toujours d’après Le Figaro, Shein devait être auditionnée le 18 novembre dans le cadre de la mission d’information transpartisane sur les contrôles des produits importés. L’entreprise a décliné à la dernière minute, en invoquant des procédures judiciaires en cours en France et en Europe.
Face à ce refus, la présidente de la commission du développement durable a décidé de jouer un rapport de force plus frontal: une convocation officielle devant la commission, le 26 novembre, au palais Bourbon. L’audition doit se tenir en présentiel et être retransmise en direct. En cas de nouveau refus, Shein s’expose à une amende et à un incident politique retentissant.
Poupées pédopornographiques, armes et vêtements toxiques
Au cœur du dossier, Antoine Vermorel-Marques pointe des produits qui n’ont, selon lui, rien à faire sur une plateforme grand public. Les travaux parlementaires et les contrôles déjà menés ont mis en lumière la mise en vente de poupées sexuelles à l’allure enfantine, au caractère clairement pédopornographique, mais aussi la commercialisation d’objets assimilables à des armes interdites: poings américains déguisés en bijoux, haches et couteaux de « camping », ou encore bombes aérosols.
Le député s’attaque aussi au volet sanitaire. Il alerte sur la présence de substances controversées dans certains vêtements bon marché, sur la faiblesse des contrôles au regard des normes européennes et sur le flux massif de petits colis qui échappent, dans les faits, à une vérification systématique aux frontières.
Un modèle qui écrase le commerce local
Pour le parlementaire ligérien, le problème est plus large que quelques références illégales. Il décrit un modèle économique qui casse le commerce de proximité: fermeture accélérée de boutiques en centre-ville, arrivée continue de vêtements à très bas prix, destruction de valeur ajoutée sur le territoire faute d’emplois locaux, et externalisation des déchets textiles vers des pays qui n’en peuvent plus d’absorber nos invendus.
Les colis Shein partent directement de Chine vers les consommateurs européens, sans ancrage réel dans les territoires. Pour Antoine Vermorel-Marques, cette chaîne logistique ultra-fragmentée déconnecte totalement les volumes d’achats des retombées économiques et sociales en France.
CNIL, DGCCRF, OCDE: un faisceau de sanctions et de critiques
Le combat politique du député s’appuie aussi sur des sanctions déjà prononcées. La DGCCRF a infligé une lourde amende à une filiale de la marque pour pratiques commerciales trompeuses, notamment sur certaines promotions et sur la présentation environnementale des produits. La CNIL a sanctionné la plateforme pour sa gestion des cookies et le non-respect du consentement des internautes.
Antoine Vermorel-Marques rappelle enfin que, selon les analyses relayées au niveau international, Shein se situe en décalage avec plusieurs principes directeurs de l’OCDE, en particulier sur les droits humains et l’environnement. À ses yeux, la répétition de ces dossiers dessine une forme de récidive qui devrait justifier une réponse plus ferme.
Ce que Vermorel-Marques demande à Paris et à Bruxelles
À Paris, le député plaide pour un durcissement des règles applicables aux grandes plateformes d’e-commerce qui laissent circuler des produits illégaux ou dangereux, avec une responsabilité renforcée des intermédiaires, comme pour un commerce physique. Il insiste aussi sur la nécessité de donner une portée concrète à la proposition de loi « anti fast fashion », adoptée à l’unanimité mais encore en phase de déploiement.
À Bruxelles, il appelle à une application rigoureuse du règlement sur les services numériques aux très grandes plateformes, à des contrôles coordonnés entre États membres et à des mécanismes de type bonus-malus environnemental, de façon à pénaliser les modèles les plus polluants tout en soutenant les acteurs plus vertueux.
Pour le député ligérien, l’affaire Shein sert de cas d’école. Elle concentre, dans un seul dossier, surconsommation textile, risques pour les mineurs, pratiques commerciales trompeuses et manquements répétés aux règles numériques et environnementales. Laisser faire reviendrait, estime-t-il, à entériner le passage d’une simple « fast fashion » à ce qu’il décrit comme un « fast crime » économique et social, avec des conséquences directes pour les consommateurs, les commerçants de terrain et l’économie française.
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