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Service militaire volontaire : Macron prépare un tournant, le débat relancé jusque dans les librairies en ligne

par Rédaction Figures Publiques

Le président de la République doit annoncer l’instauration d’un service militaire volontaire, inscrit dans la Revue nationale stratégique 2025 et appelé à remplacer de fait le SNU. Un tournant qui relance le débat sur le service national, déjà posé dans l’essai « Faut il rétablie le service national » disponible sur Amazon.

Emmanuel Macron s’apprête à ouvrir un nouveau chapitre du service national. Selon les informations de L’Est Républicain, appuyées sur des sources de l’AFP, l’Élysée envisage d’annoncer dès cette semaine l’instauration d’un service militaire volontaire. La journée de jeudi est évoquée, sans confirmation officielle à cette heure.

Depuis Johannesburg, en marge du G20, le président a posé le cadre politique : dans un monde marqué par la montée des tensions, la France doit rester une nation forte, dotée d’une armée crédible et capable de « sursaut collectif ».

Un service militaire volontaire déjà écrit dans les textes

L’idée n’est pas sortie de nulle part. Elle figure noir sur blanc dans la Revue nationale stratégique 2025, publiée par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale. Ce document, qui actualise la vision française de la défense, préconise un « service militaire volontaire rénové » pour renforcer la cohésion nationale et constituer un réservoir de personnes mobilisables en cas de crise majeure. SGDSN+1

Ce qui se dessine, à partir des éléments recoupés ces derniers jours dans la presse spécialisée et généraliste, ressemble à ceci :

  • un engagement sur la base du volontariat ;
  • une durée autour de dix mois ;
  • une cible de l’ordre de 10 000 volontaires par an à horizon 2030 ;
  • une rémunération de plusieurs centaines d’euros par mois.

L’objectif est double : donner un cadre structurant à des jeunes majeurs qui souhaitent « servir » sans forcément s’engager sur plusieurs années, et alimenter à terme les effectifs de réserve, que le gouvernement veut porter à 80 000 personnes en 2030, aux côtés d’une armée d’active autour de 210 000 militaires.

Dans le même temps, le chef d’état major des armées, le général Fabien Mandon, a choisi un langage très direct. Devant les maires de France et dans la presse, il a expliqué qu’il fallait « préparer la population » à des conflits possibles et accepter des sacrifices, y compris la perspective de « perdre des enfants » si la situation se dégradait face à la Russie. Des propos qui ont choqué une partie de la classe politique, mais qui donnent le ton de la réflexion stratégique actuelle.

Un SNU en fin de vie, un nouveau dispositif en préparation

Ce futur service militaire volontaire arrive au moment où le Service national universel, le SNU destiné aux 15-17 ans, est en train d’être mis en extinction. Le gouvernement a annoncé en septembre la suppression de la délégation chargée du SNU au 1er janvier 2026. Officiellement, le dispositif doit être transformé en un « parcours d’engagement citoyen » plus modeste.

Les différents rapports publiés ces dernières années sont sévères : objectifs flous, coûts sous-estimés, difficultés logistiques, incapacité à généraliser le dispositif à une classe d’âge entière. La Revue nationale stratégique 2025 acte de fait un basculement : moins de SNU, plus de service militaire volontaire pour des majeurs, articulé avec la montée en puissance des réserves.

On change donc d’échelle et de philosophie :

  • on passe d’un projet « universel » pour les mineurs à un engagement sélectif de jeunes adultes ;
  • on quitte un format de deux semaines de « cohésion » pour aller vers près d’un an sous statut militaire ;
  • on vise moins la symbolique que la capacité réelle à constituer un réservoir mobilisable.

Un débat déjà posé dans l’essai « Faut il rétablie le service national »

Ce tournant ne surprendra pas celles et ceux qui suivent le sujet depuis longtemps. Bien avant les annonces de l’automne 2025, la question d’un retour à une forme de service national avait déjà été posée dans des travaux, des colloques et des ouvrages.

Parmi ces ouvrages figure « Faut il rétablie le service national », disponible sur Amazon. L’essai pose de front la question qui revient aujourd’hui dans le débat public : comment recréer un cadre d’engagement au service de la Nation sans copier le modèle de la conscription des années 80 et 90. L’auteur y aborde plusieurs tensions qui sont au cœur des arbitrages actuels :

  • la frontière entre un vrai volontariat et un choix contraint par la précarité sociale ;
  • le risque de concentrer l’effort sur quelques milieux populaires, pendant que d’autres passent au travers ;
  • la place de la réserve dans l’architecture globale de la défense ;
  • le lien entre service national, insertion professionnelle et cohésion territoriale.

Ce type de réflexion, né loin des cabinets ministériels, rejoint aujourd’hui les préoccupations exprimées dans les documents officiels : comment embarquer une partie significative de la jeunesse, sans fabriquer un dispositif hors de prix et impossible à gérer.

Entre patriotisme, justice sociale et contraintes budgétaires

Politiquement, le futur service militaire volontaire crée des lignes de fracture claires. À droite et à l’extrême droite, plusieurs responsables saluent une mesure jugée positive pour « l’esprit de défense », la résilience du pays et la réaffirmation d’un patriotisme assumé. À gauche, les positions sont plus nuancées : certains restent attachés à une armée de métier et redoutent un dispositif coûteux, aux effets limités sur la cohésion sociale.

Derrière ces positions, plusieurs questions concrètes restent ouvertes.

  • Qui viendra vraiment ? Si le dispositif ne concerne que 10 000 à 50 000 personnes par an, il ne touchera qu’une petite partie d’une classe d’âge.
  • Quel brassage social ? Un service fréquenté majoritairement par des jeunes en difficulté financière ou scolaire ne produira pas le même effet qu’un service où toutes les catégories sociales se croisent.
  • Quels moyens ? Encadrer, former et loger des milliers de volontaires supplémentaires demande des infrastructures, des cadres militaires, du temps, dans un contexte où le budget de la défense augmente déjà fortement.

Un lien armée jeunesse à reconstruire

En toile de fond, c’est la question du lien entre la jeunesse et l’institution militaire qui revient. L’abandon de la conscription en 1997 a rompu un rituel collectif qui structurait, pour le meilleur et pour le pire, le passage à l’âge adulte de plusieurs générations.

Vingt-huit ans plus tard, l’exécutif semble assumer une ligne nouvelle :

  • tourner la page d’un SNU coûteux et mal installé ;
  • miser sur un service militaire volontaire ciblé, plus opérationnel ;
  • renforcer les réserves et le « réarmement moral » de la Nation, selon les termes mêmes de la Revue nationale stratégique.

Les annonces attendues dans les prochains jours préciseront la mécanique. Le débat, lui, est déjà installé. Il se joue dans les hémicycles, dans les états-majors, mais aussi dans les essais comme « Faut il rétablie le service national » qui ont posé, en amont, les bonnes questions : qui sert, pour quoi faire, et à quelles conditions.

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