La députée LFI Ersilia Soudais affirme que les viols commis par des étrangers sont rares. Les données du ministère de l’Intérieur nuancent le débat tandis que le collectif Némésis lui répond vivement.
Une séquence filmée samedi à Paris, lors d’un rassemblement contre les violences faites aux femmes, agite depuis plusieurs heures les réseaux sociaux. On y voit la députée LFI Ersilia Soudais répondre aux militantes du collectif Némésis, organisation féministe conservatrice connue pour cibler notamment les hommes étrangers dans la dénonciation des violences sexuelles.
Face aux militantes, la députée affirme que « les viols commis par des gens venus d’ailleurs sont rares », accusant Némésis d’utiliser « la cause des femmes pour des buts de haine ». Le collectif, dirigé par Alice Cordier, a immédiatement réagi sur X, l’accusant de « minimiser la violence subie par les femmes » et de « nier une réalité vécue ».
Ce que disent réellement les chiffres
Pour justifier sa position, Ersilia Soudais s’appuie sur une pancarte brandie par le collectif Némésis indiquant : « neuf femmes sur dix victimes de viol connaissent leur agresseur ». Cette affirmation renvoie aux données récurrentes du ministère de l’Intérieur et de la justice : la majorité des violences sexuelles sont commises par une personne connue de la victime, dans un cadre familial, conjugal ou amical.
Selon la note annuelle 2023 du ministère de l’Intérieur, 87 % des mis en cause pour viol sont de nationalité française, un chiffre à interpréter avec prudence puisque la nationalité ne décrit pas l’origine. À l’inverse, les personnes étrangères représentent environ 8 % de la population résidente, ce qui conduit certains observateurs à reprocher un raisonnement trop simplifié lorsqu’un chiffre brut est présenté sans rapporter la proportion d’étrangers dans la population.
Les statistiques montrent par ailleurs que la catégorie des mis en cause — personnes suspectées dans une affaire — ne correspond pas aux personnes condamnées, et qu’une part importante des affaires n’aboutit pas à un jugement.
D’autres données existent mais ne décrivent pas la même réalité
Les opposants à la députée citent fréquemment une étude de 2020 portant sur les violences dans les transports franciliens, indiquant que 62 % des mis en cause pour violences dans les bus et métros d’Île-de-France étaient de nationalité étrangère, alors que ces personnes représentaient alors environ 14 % de la population résidant dans la région. Ces chiffres portent toutefois sur l’ensemble des violences, pas spécifiquement sur les viols, et concernent un milieu particulier : les transports publics.
Une polémique qui dépasse les chiffres
Au-delà des données statistiques, la séquence cristallise une confrontation politique connue :
- d’un côté, LFI défend une lecture socialiste et universaliste des violences faites aux femmes, refusant toute approche qu’elle juge « ethnicisée » du problème ;
- de l’autre, Némésis et plusieurs organisations de droite estiment au contraire que les violences sexuelles doivent être analysées en tenant compte de l’origine ou de la situation migratoire des auteurs.
Ersilia Soudais maintient que l’exploitation politique des violences faites aux femmes « sert à diviser », tandis que ses opposants l’accusent de « déni ».
La polémique devrait se poursuivre dans les prochains jours, alors que le débat sur les violences sexuelles et l’impact des politiques migratoires reste l’un des sujets les plus inflammables de l’espace public.
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