Stationner à l’hôpital peut représenter un coût non négligeable pour les patients, leurs proches et les soignants. Pour y remédier, le député socialiste Stéphane Hablot a déposé une proposition de loi visant à instaurer la gratuité des parkings dans les hôpitaux publics, avec un minimum de deux heures gratuites pour les visiteurs. Adopté en première lecture à l’Assemblée nationale, le texte doit encore être examiné par le Sénat et suscite des interrogations sur son financement et son application concrète.
Le député revient sur les objectifs de sa proposition.
Quel problème cette proposition de loi sur les parkings d’hôpitaux cherche-t-elle à corriger aujourd’hui ?
Cette proposition de loi s’inscrit dans un combat de longue date, né des remontées du terrain. Le député explique avoir été alerté par des collectifs d’usagers et des familles, à travers des pétitions et des mobilisations, face à des parkings hospitaliers devenus trop coûteux.
Selon lui, le problème dépasse largement la question financière. Le stationnement payant est vécu comme une charge injuste par des personnes déjà fragilisées par la maladie ou l’urgence. Aux urgences, les proches restent parfois plusieurs heures sans se soucier du parking. À la sortie, la facture s’ajoute à l’épreuve médicale. « Les gens ne pensent pas au parking, ils pensent au malade », insiste-t-il.
Il estime que, confrontés à des déficits, certains hôpitaux ont fait du stationnement une variable d’ajustement budgétaire. Ce choix aurait transféré une partie du poids financier sur les usagers. « On a assommé les gens sur des sommes importantes », déplore-t-il, évoquant une atteinte à la dignité des patients et de leurs proches.
La proposition de loi vise donc à corriger cette situation. Elle repose sur un compromis élaboré après des auditions et des échanges avec l’ensemble des acteurs concernés. Le texte prévoit notamment un minimum de deux heures gratuites pour les visiteurs, une mesure déjà appliquée dans plusieurs établissements. Adoptée de manière transpartisane à l’Assemblée nationale, la proposition doit désormais être examinée par le Sénat.
Comment l’hôpital peut-il identifier les véhicules concernés par la gratuité, sans demander d’informations médicales ?
Interrogé sur l’application concrète de la mesure, le député estime que les solutions techniques existent déjà.
Il estime que les technologies actuelles permettent d’identifier les véhicules concernés, notamment via la lecture des plaques ou des systèmes de validation comparables à ceux utilisés dans d’autres secteurs. « On est en 2026, on a les techniques », souligne-t-il. Pour lui, il ne revient pas au législateur de définir les outils techniques précis. « Ce sont des experts, ils connaissent la machine », affirme-t-il, appelant les établissements à paramétrer leurs systèmes en conséquence. Ceux qui ne relèveraient pas du dispositif de gratuité continueraient, selon lui, à payer le tarif normal.
Qui compense le manque à gagner lié aux recettes du stationnement ? Comment cette perte sera-t-elle compensée, et par qui ?
Pour le député, une chose est claire : ce ne sera pas aux usagers de payer. Il estime qu’une période de deux ans est nécessaire pour instaurer une transparence totale sur les coûts et les recettes liés aux parkings hospitaliers.
Selon lui, les hôpitaux devraient rendre publics les montants concernés afin d’établir un constat précis. À partir de ces données, des discussions devraient être engagées avec l’État et les agences régionales de santé pour accompagner les établissements confrontés à des difficultés financières.
Il souligne que la gratuité partielle, avec notamment deux heures gratuites, permettrait de conserver une partie des recettes.
Le député affirme enfin que l’État devrait soutenir les établissements qui appliquent la loi, afin d’éviter que cette mesure ne fragilise davantage l’hôpital public. Selon lui, le coût global de la réforme resterait limité.
Maintenant que le texte arrive au Sénat, qu’attendez-vous de cette étape ? Craignez-vous des modifications ?
Pour le député, cette proposition de loi dépasse les clivages politiques. Il souligne le soutien de parlementaires issus de différents groupes, y compris de droite, malgré son appartenance au Parti socialiste.
S’il se dit ouvert à des évolutions du texte, il exprime toutefois une vigilance particulière. Il redoute que des intérêts sectoriels prennent le pas sur l’intérêt général. « Il ne faut pas qu’il y ait du lobbying », insiste-t-il, évoquant aussi bien les entreprises privées que les logiques partisanes ou institutionnelles.
Selon lui, le débat doit rester centré sur l’intérêt de la population. « Il faut regarder l’intérêt général », affirme-t-il, estimant qu’à cette condition, un accord est possible. Le député se dit prêt à faire évoluer le texte si nécessaire.
Il rappelle enfin que l’adoption de la mesure dépendra de la volonté politique. Selon lui, le gouvernement pourrait également agir par décret, sans attendre l’examen du Sénat.
Reste désormais à savoir si cette volonté politique se traduira dans les faits. Entre examen au Sénat et arbitrages gouvernementaux, le devenir de la gratuité des parkings d’hôpitaux dépendra des choix à venir et de la capacité des pouvoirs publics à concilier contraintes budgétaires et intérêt général.
