Le projet de loi visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans est examiné en première lecture ce lundi 26 janvier 2026 à l’Assemblée nationale. Défendu par la députée Laure Miller, ce texte fait l’objet d’une procédure accélérée demandée par l’Élysée afin de permettre une entrée en vigueur dès la rentrée scolaire prochaine. Cette mesure s’accompagne d’une généralisation de l’interdiction des téléphones portables dans les lycées.
Le président de la République, Emmanuel Macron, justifie cette urgence par la nécessité de protéger la santé mentale et le développement cognitif des adolescents face aux algorithmes des plateformes numériques. Cette initiative s’inspire du modèle australien, où l’interdiction aux moins de 16 ans, effective depuis décembre 2025, a entraîné la suppression de plus de quatre millions de comptes.
Les autorités s’appuient sur un rapport de l’Anses soulignant les risques pour les 12-17 ans. Selon cette enquête, 58 % des jeunes de cette tranche d’âge se connectent quotidiennement aux réseaux sociaux. L’agence pointe un effet spirale aggravant l’anxiété et les troubles du sommeil, particulièrement chez les jeunes filles, dont 46 % estiment que ces plateformes nuisent à leur estime de soi.
Toutefois, ce projet de loi suscite des réserves au sein de la société civile et des experts. Le collectif de jeunes européens Ctrl + alt + reclaim alerte, dans une tribune au Monde, sur une mesure jugée inefficace si elle ne s’attaque pas à la structure même des algorithmes. Pour ces porte-parole, l’interdiction pourrait fragiliser la protection des données personnelles et ne résoudrait pas les mécanismes addictifs qui touchent également les adultes.
L’efficacité technique de la mesure interroge également. Justine Atlan, directrice de l’association e-Enfance, souligne que le report de l’âge légal reste symbolique sans outils de vérification robustes et sans un renforcement de l’éducation aux médias. Le Conseil d’État a par ailleurs déjà écarté certaines dispositions, comme le couvre-feu numérique, pour non-conformité avec le droit européen. La réussite du dispositif dépendra désormais de la capacité du gouvernement à imposer des contrôles techniques stricts aux géants du numérique.
