L’Assemblée nationale a adopté en première lecture la nationalisation d’ArcelorMittal France, pour 3 milliards d’euros, malgré l’opposition du gouvernement et un avenir incertain au Sénat.
Les députés ont adopté dans la nuit de jeudi à vendredi la proposition de loi portée par La France insoumise visant à nationaliser ArcelorMittal France. Le texte, chiffré autour de 3 milliards d’euros, a été approuvé en première lecture contre l’avis du gouvernement, qui juge la mesure dangereuse pour l’emploi et préfère agir au niveau européen.
Un texte LFI adopté grâce à l’unité de la gauche et à l’abstention du RN
La proposition de loi, déposée par la députée Aurélie Trouvé, prévoit le transfert intégral du capital d’ArcelorMittal France à l’État, au nom de la « souveraineté industrielle » et de la volonté de faire de la France un pays de pointe en acier bas carbone. Le texte a été adopté en première lecture par 127 voix contre 41, avec 42 abstentions, selon LCP et TF1info.
Les groupes de gauche ont voté pour, les groupes soutenant le gouvernement ont voté contre, tandis que le Rassemblement national a choisi l’abstention après avoir multiplié les amendements, ce que la gauche dénonce comme une stratégie d’obstruction.
Dans l’hémicycle comme à l’extérieur, où des salariés s’étaient rassemblés à l’appel des syndicats, les Insoumis parlent d’une « victoire historique » et d’une première étape obtenue « à l’arraché ».
Un sidérurgiste clé, fragilisé par les suppressions d’emplois et les projets gelés
ArcelorMittal France, c’est environ 15 400 salariés, plus de 800 chercheurs, 40 sites de production et 11 millions de tonnes de capacité annuelle d’acier liquide. Les deux principaux sites de production se trouvent à Dunkerque et Fos-sur-Mer, avec d’autres implantations à Florange, Basse-Indre, Montataire ou encore Saint-Chély-d’Apcher.
Depuis le printemps 2025, le groupe a annoncé un plan de réorganisation prévoyant la suppression d’environ 600 postes sur plusieurs sites français, principalement à Dunkerque, Florange et Basse-Indre, dans un contexte de concurrence accrue et de ralentissement de la demande en acier.
Parallèlement, ArcelorMittal a suspendu ou renégocié des projets de décarbonation majeurs, en France comme en Allemagne, malgré des aides publiques importantes, alimentant la colère syndicale et les appels politiques à un contrôle plus direct de l’État sur la filière.
Coût, Europe, emploi : les lignes rouges du gouvernement
Selon l’estimation présentée en commission et relayée par l’AFP, la nationalisation d’ArcelorMittal France serait évaluée à environ 3 milliards d’euros, via un mécanisme d’indemnisation des actionnaires fixé par la loi.
Le ministre de l’Industrie Sébastien Martin affirme que cette nationalisation « fragiliserait l’emploi au lieu de le protéger » en envoyant un signal négatif aux investisseurs et en exposant l’État aux risques industriels d’un groupe présent sur un marché mondial sous pression.
Pour l’exécutif, la « bataille » se joue d’abord à Bruxelles, via les règles de concurrence, les droits de douane et les dispositifs de protection contre l’acier subventionné en provenance d’Asie. Des options intermédiaires, comme une participation renforcée de l’État ou une action spécifique de type « golden share », sont évoquées par certains élus de la majorité comme des pistes moins radicales que la nationalisation pure et simple.
Un vote très politique dont l’issue juridique reste incertaine
Dans l’immédiat, le vote de l’Assemblée reste une étape politique plus que juridique. Le texte doit encore passer par le Sénat, dominé par la droite et le centre, où son adoption apparaît très improbable à ce stade, rappellent plusieurs observateurs.
Pour les oppositions de gauche, ce scrutin crée néanmoins un précédent: il inscrit noir sur blanc, dans une loi adoptée en première lecture, la possibilité de reprendre le contrôle d’un acteur industriel stratégique quand les engagements sociaux et environnementaux ne sont pas tenus. Pour le gouvernement, l’enjeu est désormais d’éviter que ce signal ne se transforme en promesse impossible à tenir pour les salariés d’ArcelorMittal, alors que le secteur sidérurgique européen reste pris en étau entre décarbonation, coûts énergétiques et concurrence mondiale.
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