Convoqué devant la commission d’enquête sur les liens entre partis politiques et réseaux islamistes, Jean-Luc Mélenchon se déclare « prêt à répondre à cette invitation » tout en refusant la date fixée au 2 décembre et en dénonçant une instance qui, selon lui, ne respecte pas le règlement de l’Assemblée. Tandis que Manuel Bompard juge que les Insoumis ne devraient pas répondre à ces convocations, Marine Tondelier choisit au contraire de se présenter, sur fond d’accusations nourries notamment par les livres « Les Complices du mal » et « Les Nouveaux antisémites », contestées par LFI.
Jean-Luc Mélenchon se dit prêt à être entendu par la commission d’enquête parlementaire sur « les liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des organisations et réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste ». Cette commission, créée à l’initiative du groupe Droite républicaine en juin 2025 dans le cadre du droit de tirage des groupes d’opposition, vise notamment La France insoumise, régulièrement citée dans ses travaux préparatoires.
Dans un communiqué relayé par son service de presse, le fondateur de LFI se déclare « prêt à répondre à cette invitation », alors même qu’il « n’est plus député, ni responsable du mouvement ou président du groupe parlementaire ». Il estime par ailleurs que la commission « ne respecte pas le règlement de l’Assemblée nationale », en raison de la configuration de son bureau et de l’absence d’élus de gauche à sa tête. L’entourage de Jean-Luc Mélenchon insiste sur le fait qu’il se présentera non comme chef de parti, mais « en tant que coprésident de l’Institut La Boétie », pour « éclairer la commission sur l’histoire de la pensée républicaine en matière de relations entre religion et politique ».
Reste le calendrier, au cœur de la polémique du jour. La convocation, déposée dans sa boîte aux lettres le week-end dernier, lui enjoint de comparaître dès mardi 2 décembre. Le triple candidat à la présidentielle conteste la manière dont elle lui a été remise, évoquant « des conditions étonnantes »: une personne se présentant comme commissaire se serait rendue à son domicile à 21 h 27 un samedi soir, en son absence, avant de laisser deux courriers pliés dans sa boîte, sans enveloppe. Jugeant le délai trop court et affirmant être déjà pris ce mardi, il propose une audition dès le week-end suivant, le samedi ou le dimanche.
Une ligne de fracture au sein même de LFI
Cette position marque un décalage avec la ligne affichée la veille par la direction de La France insoumise. Dimanche, sur France 3, le coordinateur Manuel Bompard avait estimé que les Insoumis ne devaient pas répondre aux invitations de la commission. Il juge cette dernière irrégulière dans sa composition et considérait qu’il ne s’agissait « pas d’une commission d’enquête » au sens du règlement. L’Express, qui relaie ses propos, rappelle que le bureau de la commission ne compte aucun député issu des groupes de gauche, ce que LFI présente comme un motif suffisant pour ne pas y participer.
En creux, l’enjeu est stratégique. Accepter l’audition revient à reconnaître, au moins dans le principe, la légitimité de l’instance. La boycotter, au contraire, expose le camp Mélenchon au procès en refus de transparence que la droite et l’extrême droite ne manqueront pas d’exploiter. Jean-Luc Mélenchon tente de se placer dans un entre-deux: il conteste la régularité de la commission, mais se dit disposé à venir s’expliquer, à condition de ne pas se plier au calendrier initial et de cadrer lui-même les termes de sa participation.
Marine Tondelier fera, elle, le déplacement
À l’inverse de la ligne défendue par Manuel Bompard, les Écologistes ont choisi d’assumer leur présence devant les députés. La secrétaire nationale d’EELV, Marine Tondelier, a confirmé qu’elle répondrait mardi après-midi à l’invitation de la commission. Son entourage explique qu’EELV n’est « pas dupe de l’instrumentalisation politique » dont cette instance peut faire l’objet, mais considère qu’il n’y a « aucune raison de refuser » une commission validée par le Parlement. Cette attitude vise à montrer que les Verts acceptent de s’expliquer sur leurs positions sans donner prise à l’accusation de refus de dialogue.
Une commission hautement politisée
La commission d’enquête a été obtenue par le groupe Droite républicaine, présidé par Laurent Wauquiez, via le mécanisme du droit de tirage prévu par le règlement de l’Assemblée nationale. LCP rappelle que ses travaux portent explicitement sur trois axes: le soutien public éventuel de responsables politiques à des individus ou organisations liés à des réseaux islamistes, leur participation à des événements en commun avec ces acteurs, et l’usage de pratiques clientélistes dans certains territoires.
Dans les faits, une large partie des auditions et de la couverture médiatique se concentre déjà sur La France insoumise. La droite et l’extrême droite entendent exploiter un corpus de textes et d’enquêtes qui accusent certains cadres de LFI de complaisance avec des réseaux islamistes ou des milieux se réclamant d’un antisionisme radical.
Deux livres cités, des accusations contestées par LFI
Le débat est alimenté par plusieurs publications récentes. Dans « Les Complices du mal », publié chez Plon à l’automne 2025, l’écrivain Omar Youssef Souleimane mêle enquête, récits et entretiens avec des cadres du parti pour dénoncer ce qu’il présente comme une alliance « trouble » entre certains responsables de LFI et des projets islamistes cherchant à imposer de nouvelles normes sociales inspirées de la charia.
Autre ouvrage souvent invoqué par les critiques de l’ultragauche: « Les Nouveaux antisémites » de la journaliste Nora Bussigny, paru chez Albin Michel en septembre 2025. L’autrice y raconte son infiltration de milieux pro palestiniens radicaux, de campus universitaires et de manifestations, et décrit un basculement d’une partie de l’ultragauche vers un antisionisme qui masque, selon elle, un antisémitisme renouvelé. Elle évoque notamment des scènes observées lors de meetings de La France insoumise.
LFI conteste fermement ces analyses, qu’elle accuse de participer à une campagne de diffamation. À ce stade, le mouvement mélenchoniste n’est visé par aucune condamnation pénale en lien avec des accusations de soutien à des réseaux islamistes. C’est ce décalage entre procès médiatique, offensive politique et absence de décision judiciaire que Jean-Luc Mélenchon entend mettre en avant s’il finit par se présenter devant les députés.
La confrontation qui s’annonce autour de sa future audition dira moins si la commission parvient à « prouver » quoi que ce soit que la manière dont chaque camp utilise cette séquence pour conforter ou déplacer ses lignes: la droite pour installer durablement l’idée d’une connivence entre LFI et certains réseaux islamistes, La France insoumise pour dénoncer ce qu’elle présente comme une opération de disqualification politique.
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