Accueil FranceZemmour – Fourquet : la France peut-elle redevenir chrétienne ?

Zemmour – Fourquet : la France peut-elle redevenir chrétienne ?

par Muhammed Aksac

Le polémiste Éric Zemmour et le sociologue Jérôme Fourquet débattent dans Le Figaro Magazine du destin spirituel d’un pays longtemps présenté comme la « fille aînée de l’Église », mais devenu l’un des plus sécularisés d’Occident. Le magazine consacre un dossier à ce face-à-face paru le 31 octobre.

Pour Éric Zemmour, la France s’est structurée sur le socle chrétien et ne peut préserver son identité qu’en renouant avec cette matrice. Il relit l’histoire nationale de Clovis à aujourd’hui et accuse la modernité, puis certaines réformes de l’Église, d’avoir dévitalisé la foi populaire. Ce cadrage reprend les grandes lignes exposées dans le débat du Figaro Magazine.

Zemmour accuse l’Église d’avoir affadi le mystère et brisé le lien charnel entre foi et peuple

Son remède : une rechristianisation volontaire, seule capable selon lui de préserver l’identité française face au matérialisme et à l’islam.

« Sans le christianisme, la France n’est plus la France, et je veux continuer à vivre en France »

martèle-t-il.

Fourquet : « Le catholicisme n’est plus qu’un souvenir culturel »

Jérôme Fourquet oppose un diagnostic sociologique: recul durable des croyances et des pratiques, mutation des rites et des repères culturels. Les données récentes de l’Ifop confirment une France largement sécularisée, avec une pratique dominicale minoritaire et une fréquentation cultuelle en baisse sur longue période.

Indicateurs de sécularisation

Plusieurs tendances structurantes éclairent le débat:

  • Crémation en hausse continue: 42 % des obsèques en 2022 selon l’étude de référence du secteur funéraire, jusqu’à 46 % pour les obsèques récentes dans des enquêtes 2024.
  • Pratiques religieuses en repli: part de Français déclarant aller à la messe au moins quelques fois par an en baisse sur longue période.
  • Culture catholique moins prescriptive dans le quotidien: les séries statistiques publiques sur les prénoms montrent la chute de la part relative de prénoms fortement religieux comme « Marie », observable via les fichiers Insee.
  • Moins de 5 % des Français vont à la messe chaque semaine (contre 35 % avant Vatican II)
  • Seuls 30 % des enfants sont baptisés, contre 70 % au début des années 1980 ;
  • Et les prénoms religieux s’effacent : Marie, jadis porté par une fille sur cinq, ne l’est plus que par 0,2 %.

« En voulant desserrer le carcan, Vatican II a accéléré un mouvement déjà amorcé »

explique Fourquet, comparant la réforme de l’Église à la perestroïka de Gorbatchev.

Selon lui, ce n’est pas seulement la foi qui recule, mais le socle culturel judéo-chrétien lui-même :

« La citrouille d’Halloween n’a pas encore totalement remplacé le chrysanthème de la Toussaint, mais on s’en approche. »

Le rapport au corps, au mariage, à la mort, ou même à la hiérarchie entre l’homme et l’animal, s’éloigne des fondements chrétiens.

« Le catholicisme, comme les autres religions, était aussi une culture. Cette culture, aujourd’hui, s’efface. »

Signaux contraires à la marge

Cette sécularisation n’empêche pas des rebonds ponctuels: les baptêmes d’adultes augmentent fortement depuis 2023-2025, avec un record annoncé autour de Pâques 2025 et une dynamique marquée chez les jeunes catéchumènes. Ces flux restent minoritaires au regard des tendances de fond, mais témoignent d’une quête spirituelle dans certains segments.

Deux lectures, une même question

Zemmour postule qu’un volontarisme religieux pourrait réenraciner la nation. Fourquet voit une transition anthropologique que la volonté ne suffit pas à inverser. Le débat mesure l’écart entre un projet de rechristianisation culturelle et l’observation d’une société devenue majoritairement sécularisée.

Mais leurs conclusions divergent

L’un en appelle à un réveil spirituel et identitaire, l’autre constate une mutation irréversible d’une société devenue individualiste et sécularisée. Pour Zemmour, la foi peut renaître de la volonté. Pour Fourquet, elle s’est dissoute dans la modernité.

Une France en quête d’âme

Le débat entre le polémiste et le sociologue résume la fracture spirituelle d’un pays qui ne sait plus s’il croit encore à ce qu’il fut. Zemmour y voit un appel à la transcendance.

Fourquet, le constat lucide d’une sécularisation achevée

Entre nostalgie religieuse et réalisme sociologique, la question demeure ouverte :
la France peut-elle redevenir chrétienne, ou bien son salut se trouve-t-il désormais ailleurs ?

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