Dans la cour de la préfecture de police de Paris, Laurent Nuñez a dévoilé une fresque de C215 inspirée de la photo de Benjamin Filarski montrant deux policiers enlacés après les attentats du 13 novembre 2015, mêlant hommage aux victimes et reconnaissance envers les forces de l’ordre.
Vendredi 14 novembre, la cour historique de la préfecture de police de Paris a accueilli une nouvelle oeuvre de l’artiste urbain C215. Selon Le Parisien, il s’agit d’une fresque réalisée à partir du cliché du photographe Benjamin Filarski montrant deux policiers enlacés, photographiés près d’une terrasse parisienne deux jours après les attentats du 13 novembre 2015.
Cette image avait immédiatement circulé en 2015, partagée des milliers de fois, présentée comme un condensé de fatigue, de choc et de solidarité entre collègues, comme le rappellent RTL et le HuffPost qui en avaient retracé l’histoire à l’époque.
Dix ans plus tard, la scène quitte les fils d’actualité pour prendre place sur un mur de pierre de la préfecture, en plein coeur du dispositif policier parisien. La fresque a été dévoilée en présence de nombreux fonctionnaires, de représentants syndicaux et de proches de victimes, selon les images diffusées par la préfecture de police et le ministère de l’Intérieur.
Pour C215, qui a déjà signé plusieurs oeuvres en hommage aux victimes du terrorisme, notamment rue Nicolas Appert près de Charlie Hebdo, cette nouvelle fresque prolonge un travail au long cours sur la mémoire des violences contemporaines et sur la place des forces de l’ordre dans ces événements.
Laurent Nuñez met en scène mémoire, police et reconnaissance
Dans un message publié sur X, Laurent Nuñez salue « une fresque pour le souvenir et la postérité » et parle d’une oeuvre « pour l’émotion et la force, pour l’engagement personnel et l’espérance collective ».
Le ministre de l’Intérieur, ancien préfet de police de Paris, insiste sur le double hommage: aux victimes des attentats du 13-Novembre et aux femmes et hommes qui luttent « au quotidien contre la barbarie terroriste ».
Selon les images diffusées par la préfecture de police, la cérémonie s’est déroulée dans la cour dite « séculaire », au milieu des uniformes, des drapeaux tricolores et des familles invitées pour l’occasion.
Laurent Nuñez en a profité pour remettre à C215 une médaille de la sécurité intérieure, « en tant qu’auteur témoin de l’indéfectible soutien des Français envers leur police », précise le ministre sur son compte X.
Ce geste place explicitement l’artiste dans le récit institutionnel porté par la place Beauvau: celui d’une police exposée en première ligne, qui doit être soutenue et reconnue au moment où les commémorations du 13-Novembre réveillent souvenirs, tensions et débats sur la menace terroriste.
Dix ans après, une stratégie de mémoire visuelle assumée
La fresque dévoilée à la préfecture de police s’inscrit dans une politique de mémoire plus large pilotée par l’État pour ce dixième anniversaire des attentats. Le ministère de l’Intérieur met en avant, sur ses supports officiels, le slogan « 2015–2025: n’oublions jamais » associé à des images de lieux de recueillement, de policiers et de gendarmes en hommage aux victimes.
Parallèlement, Paris vient d’inaugurer le « Jardin du 13 Novembre 2015 » place Saint-Gervais, présenté par la Ville et par plusieurs ministres comme un espace de recueillement pérenne dédié aux 130 morts et à leurs proches.
Dans ce paysage mémoriel très chargé, la fresque de la préfecture de police occupe une place particulière: elle ne représente ni les victimes civiles, ni les lieux des attaques, mais un moment de coulisses, ce que la presse avait décrit en 2015 comme « l’émotion de deux policiers aux larmes contenues rue de la Fontaine-au-Roi ».
Elle rappelle que les attentats ont aussi été un choc professionnel pour des milliers d’agents mobilisés sur les terrasses, au Bataclan, dans les commissariats et dans les salles de commandement. Pour la hiérarchie policière, l’enjeu est de dire aux équipes qu’elles ne sont pas seulement les exécutants d’un dispositif de sécurité, mais des acteurs à part entière d’un récit national, avec leurs blessures psychologiques et leur fierté de service.
C’est ce que plusieurs organisations de policiers mettent en avant, en relayant la fresque sur leurs réseaux: le syndicat SCSI-Police parle d’une « photographie devenue symbole du 13-Novembre, désormais gravée dans la pierre de la maison police ».
Entre art urbain et institution, un message adressé aux policiers
Le choix de C215 n’est pas neutre. L’artiste s’est imposé depuis une quinzaine d’années comme l’une des figures du street art français, habitué des façades parisiennes, mais aussi des commandes institutionnelles, des stations de métro jusqu’aux parcours mémoriels du Mémorial de la Shoah.
En acceptant de travailler à partir d’une photo très médiatisée, déjà utilisée dans des campagnes officielles d’hommage au 13-Novembre, il assume une forme de continuité entre l’imaginaire du street art, souvent contestataire, et un cadre policier très codifié. Le mur n’est plus celui d’un immeuble anonyme, mais celui d’une cour fermée, accessible principalement aux agents et aux invités.
La fresque fonctionne alors autant comme un signe envoyé vers l’extérieur que comme un miroir interne. Les policiers qui traverseront chaque jour cette cour verront désormais, à côté des plaques commémoratives et des drapeaux, cette étreinte entre collègues après une nuit de cauchemar. Ils pourront s’y reconnaître, ou au contraire la rejeter, mais l’image leur sera adressée.
Pour les responsables de la sécurité intérieure, l’oeuvre vient aussi renforcer un discours mis en avant ces dernières années: celui d’une police « humaine », capable de montrer ses émotions et de revendiquer sa part de vulnérabilité, tout en restant en première ligne face à la menace terroriste que Laurent Nuñez décrit encore comme « élevée » sur le territoire.
Reste à voir comment cette fresque vivra dans le temps: simple décor de cérémonies futures, point de passage obligé des visites officielles, ou repère discret pour les agents qui, dix ans après, travaillent sur les mêmes trottoirs, avec en mémoire les nuits de novembre 2015.
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