Accueil FranceRenaissance : quand Charles Rodwell s’en prend aux VTC réservés aux femmes

Renaissance : quand Charles Rodwell s’en prend aux VTC réservés aux femmes

par Rédaction Figures Publiques

En pleine polémique sur les VTC réservés aux femmes, le député Charles Rodwell attaque la stratégie d’Uber, entre exigence de sécurité et accusations de discrimination.

Depuis quelques jours, la polémique enfle autour de la décision d’Uber de renforcer ses outils de sécurité en France, en combinant enregistrement audio chiffré des trajets et extension de son option « Uber by Women », qui permet aux clientes de choisir une conductrice. Cette évolution intervient dans un contexte de plaintes répétées pour agressions sexuelles dans les VTC. Selon un article spécialisé sur les nouvelles fonctionnalités de l’application, le groupe prévoit désormais de déployer l’option dédiée aux femmes dans huit grandes villes françaises, en plus de Paris, tout en activant l’enregistrement audio crypté sur les trajets pour rassurer passagers et conducteurs.

Invité de « La Grande Interview » sur CNEWS, le député des Yvelines Charles Rodwell, membre du groupe Ensemble pour la République et issu de la majorité présidentielle, a choisi de cibler frontalement cette stratégie. Il dénonce un « nouvel apartheid de genre », qu’il qualifie d’ »aveu de faiblesse et d’échec terrible pour notre pays », estimant que la réponse ne peut pas consister à séparer les femmes des hommes mais à garantir leur sécurité partout, tout le temps.

Derrière cette sortie très politique se joue un débat de fond: jusqu’où peut-on aller dans la création d’espaces réservés aux femmes, sans glisser vers une forme de discrimination assumée, mais aussi sans fermer les yeux sur une réalité statistique accablante de violences sexistes dans les transports et les mobilités du quotidien?

Uber renforce sa sécurité après une série d’agressions dans les VTC

Depuis plusieurs années, Uber est régulièrement mis en cause pour des faits d’agressions ou de violences sexuelles commises par certains chauffeurs, en France comme à l’international. Des rapports parlementaires et des questions écrites ont déjà pointé les limites des mécanismes de contrôle internes des plateformes, la difficulté à vérifier les antécédents des chauffeurs et l’insuffisance des sanctions en cas de signalement.

Pour tenter de restaurer la confiance, le groupe communique désormais sur une combinaison d’outils techniques. D’après un article de Clubic consacré à la nouvelle version de l’application, Uber met en avant une fonctionnalité d’enregistrement audio chiffré, déclenchable pendant les trajets, dont les fichiers ne peuvent être consultés qu’en cas de signalement et sont supprimés automatiquement au bout de quelques jours. Ce dispositif s’inscrit dans une tendance plus large: plusieurs textes réglementaires imposent déjà, à partir de 2025, la capacité d’enregistrer audio et vidéo dans les véhicules de VTC en cas d’incident, afin de sécuriser passagers et conducteurs.

Parallèlement, Uber capitalise sur « Uber by Women », une option d’abord lancée à Paris, qui permet aux clientes de choisir une conductrice. Des médias spécialisés indiquent que l’entreprise prévoit désormais d’étendre ce mode à huit villes françaises, en présentant cette évolution comme une réponse directe à la vague de témoignages de femmes agressées par des chauffeurs. Pour le groupe, l’objectif est double: rassurer les passagères les plus inquiètes et attirer davantage de femmes derrière le volant, dans un secteur où elles restent très minoritaires.

Ce mouvement intervient dans un contexte où la question des « zones protégées » pour les femmes gagne du terrain: salles de sport, transports, concerts, certaines municipalités ou entreprises testent des créneaux ou espaces non mixtes. Une enquête récente, citée par TF1 Info, rappelle que 88 % des 1 400 victimes d’outrage sexiste et sexuel enregistrées par la police en 2024 sont des femmes, et que 97 % des mis en cause sont des hommes, ce qui nourrit la demande sociale de dispositifs dédiés.

« Un apartheid de genre »: la charge de Charles Rodwell

Dans ce cadre, la sortie de Charles Rodwell n’a rien d’un simple commentaire. Sur CNEWS, le député de la 1re circonscription des Yvelines assume une ligne de rupture: « Je refuse ce nouvel apartheid de genre, c’est un aveu de faiblesse et d’échec terrible pour notre pays », déclare-t-il en visant les services de taxis ou de VTC réservés aux femmes en réaction aux agressions.

Sa thèse tient en deux idées fortes. Premièrement, accepter des services non mixtes reviendrait, selon lui, à entériner l’idée que l’espace public est structurellement dangereux pour les femmes, plutôt que de s’attaquer aux agresseurs et à l’impunité. Deuxièmement, il met en avant un principe d’universalité: les femmes ne devraient pas avoir besoin de se retrancher derrière des options spécifiques pour se sentir en sécurité, puisque la promesse de l’Etat de droit est précisément de leur garantir cette sécurité partout, y compris dans un VTC commandé à 2 heures du matin.

Politiquement, cette posture lui permet de se placer sur un terrain qu’il occupe déjà: celui de la « sécurité des Françaises et des Français » et de la lutte contre ce qu’il décrit régulièrement comme une « insécurité physique et culturelle » croissante. Elle vise aussi, très clairement, une partie de la gauche qu’il accuse de minimiser le profil des agresseurs ou d’esquiver certaines réalités sociologiques, notamment dans les grands centres urbains.

Dans le même temps, une partie du mouvement féministe se montre elle aussi réservée sur la multiplication des services réservés aux femmes, non pas au nom de l’égalité abstraite, mais parce qu’ils peuvent être perçus comme une manière de contourner le problème plutôt que de le résoudre: si les femmes doivent changer de wagon, de salle de sport ou d’application pour ne pas être agressées, que dit-on implicitement de la norme masculine dans l’espace public?

Une ligne sécuritaire assumée dans la majorité présidentielle

La séquence Uber n’arrive pas dans le vide. Charles Rodwell s’est déjà imposé, au sein de la majorité présidentielle, comme l’un des députés les plus offensifs sur les sujets d’ordre public et d’immigration. Il est notamment rapporteur d’un travail parlementaire sur l’accord franco-algérien de 1968 en matière migratoire, dans lequel il plaide pour remettre en cause certaines dérogations accordées aux ressortissants algériens au nom d’un principe « d’égalité » de traitement avec les autres nationalités.

En liant violences faites aux femmes, profils d’agresseurs et politique migratoire, il construit un récit cohérent pour son électorat: pour protéger efficacement les femmes, il faudrait, selon lui, parler sans tabou des origines des auteurs, des failles de la politique pénale et des limites de l’intégration. C’est cette grille de lecture qu’il applique également au dossier des VTC, en reprochant à la gauche de « se voiler la face » sur la question, là où lui revendique un diagnostic plus frontal.

Dans ce contexte, la critique des services de VTC réservés aux femmes sert aussi de levier pour pousser un agenda plus large: renforcement des contrôles de casier judiciaire des chauffeurs, sanctions accrues en cas d’agression, meilleure coopération avec les forces de l’ordre, et articulation avec la récente réforme de la définition pénale du viol et des agressions sexuelles, adoptée en novembre 2025 pour intégrer plus clairement la notion de consentement.

Pour la majorité présidentielle, cette parole n’est pas sans risque. D’un côté, elle parle à une opinion publique qui ne supporte plus les faits divers à répétition et réclame des mesures fortes. De l’autre, elle place le gouvernement face à ses propres hésitations: comment soutenir des innovations techniques visant à protéger les femmes, sans apparaître comme complice d’une forme de ségrégation de fait dans l’espace public?

Protection des femmes ou discrimination assumée: un équilibre introuvable?

Au fond, l’affaire Uber met en lumière un déséquilibre difficile à trancher. Les chiffres de l’Observatoire national des violences faites aux femmes rappellent que plus de 9 victimes de violences sexuelles dans les transports sur 10 sont des femmes, et que plus de la moitié ont moins de 25 ans. Ces données justifient, pour beaucoup de spécialistes, des dispositifs ciblés, y compris temporaires, afin de protéger en priorité les publics les plus vulnérables.

Des associations de prévention considèrent ainsi que des services comme Uber by Women peuvent jouer un rôle de « sas » rassurant, notamment pour les jeunes femmes qui rentrent seules la nuit ou pour celles qui ont déjà vécu une agression et n’osent plus monter dans un véhicule conduit par un homme. A l’inverse, des juristes interrogés dans la presse spécialisée rappellent que le droit français est construit autour d’un principe d’égalité d’accès aux biens et services, et que toute différenciation selon le sexe doit reposer sur un objectif légitime, strictement proportionné, sous peine de contestation devant le juge.

On touche ici à une tension durable. Si l’on refuse tout dispositif réservé aux femmes au nom de l’égalité abstraite, on laisse nombre d’entre elles renoncer à certains déplacements jugés trop risqués, ce qui revient à limiter en pratique leur liberté de se déplacer. Si l’on multiplie les services non mixtes, on finit par entériner une société où la norme implicite devient: « aux femmes, des bulles de sécurité; aux hommes, le reste de l’espace public ».

En attaquant frontalement ce qu’il appelle un « apartheid de genre », Charles Rodwell pousse ce débat à son point de rupture. Ses opposants lui reprocheront de minimiser le vécu concret des victimes et les chiffres de la violence sexiste. Ses soutiens estimeront au contraire qu’il dit tout haut ce que beaucoup pensent: la création de services séparés ne doit pas devenir un prétexte pour renoncer à une politique pénale et sécuritaire beaucoup plus exigeante contre les agresseurs.

Pour l’instant, Uber poursuit sa stratégie: outils techniques, communication sur la transparence et ciblage des usages féminins. Les pouvoirs publics, eux, devront trancher: laisser le marché réguler ces innovations, ou poser un cadre plus strict sur ce qui est acceptable en matière de différenciation entre les sexes dans les mobilités du quotidien.

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