Accueil FranceMarseille : Matthieu Valet et Franck Allisio relancent la demande d’état d’urgence face au narcotrafic

Marseille : Matthieu Valet et Franck Allisio relancent la demande d’état d’urgence face au narcotrafic

par Rédaction Figures Publiques

Dans une publication en ligne, le policier Matthieu Valet soutient l’appel du député Franck Allisio à instaurer l’état d’urgence à Marseille pour lutter contre le narcotrafic. Pouvoirs exceptionnels, enjeux de sécurité et risques pour les libertés publiques: décryptage d’un débat explosif autour de la deuxième ville de France.

Marseille serait en « état d’urgence absolue ». C’est en ces termes que Matthieu Valet, policier et porte-parole d’un syndicat, décrit la situation sécuritaire de la deuxième ville de France dans une publication diffusée ce week-end sur les réseaux sociaux. Dans ce texte, il soutient la proposition du député Rassemblement national Franck Allisio, qui réclame l’instauration de l’état d’urgence pour lutter contre les réseaux de stupéfiants dans la cité phocéenne.

Dans son message, le policier estime que le pronostic vital de Marseille est engagé, en raison des règlements de comptes, des fusillades et des quartiers gagnés par les trafics. Il écrit que « les Marseillais vivent sous la loi des narcos » et qu’« sans autorité, sans fermeté, sans réarmement pénal, Marseille ne s’en sortira pas ». Il s’aligne ainsi sur la ligne défendue par Franck Allisio, député RN des Bouches-du-Rhône et candidat déclaré à la mairie, qui martèle depuis plusieurs mois que « l’état d’urgence est la seule solution » pour faire reculer le narcobanditisme.

Invité d’Europe 1 le 22 novembre, Franck Allisio a explicité ce qu’il attend de ce régime d’exception. Selon lui, l’état d’urgence donnerait à la police des « pouvoirs particuliers, des pouvoirs exceptionnels » pour agir « plus librement, plus rapidement et donc plus efficacement ». Il cite notamment les perquisitions administratives, décidées par la préfecture et conduites de jour comme de nuit sans autorisation préalable d’un juge, qui pourraient déboucher immédiatement sur des gardes à vue et des comparutions immédiates. « En gros, une police et une justice qui sont à armes égales face aux narcotrafiquants », résume-t-il.

Cette position intervient alors que la question de la lutte contre le narcotrafic à Marseille s’est imposée au cœur du débat public, notamment après l’assassinat de Mehdi Kessaci en novembre, drame qui a relancé les marches blanches et les prises de position politiques. Le ministre de l’Intérieur et de la Justice, Gérald Darmanin, a lui-même qualifié la menace du narcobanditisme de « au moins équivalente à celle du terrorisme », tout en défendant son bilan en matière de renforts policiers et de réforme pénale. Il n’a cependant pas repris à son compte, à ce stade, l’idée d’un basculement formel sous état d’urgence pour Marseille.

L’hypothèse d’un état d’urgence localisé suscite de fortes réserves dans une partie de la classe politique et du monde juridique. Plusieurs spécialistes du droit public rappellent que l’état d’urgence, utilisé notamment après les attentats du 13 novembre 2015, permet des restrictions importantes des libertés publiques: assignations à résidence, perquisitions administratives, limitation de la liberté de réunion ou de manifestation. Dans un article consacré à la loi dite « narcotrafic », le média Blast souligne que ces dispositifs d’exception, pensés pour la lutte antiterroriste, tendent déjà à s’étendre à d’autres domaines, avec le risque de « remplacer le juge par le préfet » dans un nombre croissant de situations. Blast Info+1

Au Parlement, le débat est vif sur la frontière entre fermeté et dérive sécuritaire. Dans les discussions récentes autour de la proposition de loi sur le narcotrafic, plusieurs députés de la majorité comme de l’opposition ont mis en garde contre la banalisation de mesures inspirées de l’état d’urgence dans le droit commun, en particulier lorsqu’elles réduisent le contrôle du juge sur les perquisitions ou les mesures de surveillance. Les partisans de ces outils avancent l’argument de l’efficacité et du gain de temps pour les forces de l’ordre; leurs opposants rappellent que la Constitution encadre l’état d’exception précisément pour éviter qu’il ne devienne permanent.

Dans ce paysage, l’initiative de Matthieu Valet et de Franck Allisio s’inscrit dans une ligne clairement assumée: considérer Marseille comme un territoire à placer sous un régime d’exception, au nom d’une « guerre » contre les cartels de la drogue. Reste à savoir si cette stratégie trouvera un écho au-delà de leur camp politique, alors que gouvernement et parlement discutent déjà de nouveaux textes pour renforcer l’arsenal pénal sans franchir le seuil formel de l’état d’urgence.

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