Dans un communiqué publié le 15 janvier 2026, le Syndicat de la magistrature critique vivement la communication du ministère de la Justice autour d’un « renforcement historique » des effectifs de magistrats et de greffiers. Le syndicat estime que cette présentation masque la réalité des besoins et relève davantage d’une opération d’affichage que d’un changement structurel.
Selon le Syndicat de la magistrature, les augmentations mises en avant par le ministère ne constituent pas une nouveauté. Elles s’inscrivent dans le cadre des lois de programmation adoptées en 2017 et en 2023, antérieures à l’actuel gouvernement. La loi de programmation 2023-2027 fixe notamment un objectif de recrutement de 1 500 magistrats, 1 100 attachés de justice et 1 800 greffiers supplémentaires sur la période.
Or, le syndicat souligne que le projet de loi de finances pour 2026 prévoit le recrutement de 286 magistrats, soit un nombre inférieur aux projections figurant dans l’étude d’impact de la loi organique du 20 novembre 2023. À ce rythme, il faudrait recruter 312 magistrats en 2027 pour atteindre l’objectif fixé, un scénario jugé incertain par l’organisation syndicale.
La même inquiétude est exprimée concernant les greffes. Même si les recrutements annoncés pour 2025 et 2026 étaient intégralement réalisés, ce qui n’a pas été le cas en 2023 et 2024, il faudrait recruter 770 greffiers supplémentaires sur la seule année 2027 pour respecter la trajectoire fixée par la loi.
Au-delà des volumes de recrutement, le Syndicat de la magistrature estime que les objectifs actuels sont insuffisants face à l’état du service public de la justice. Il rappelle les conclusions des travaux sur les référentiels de temps de travail menés entre 2021 et 2023 ainsi que les données de la Commission européenne pour l’efficacité de la justice (CEPEJ). En 2024, le budget médian consacré à la justice en Europe s’élevait à 85,4 euros par habitant, contre 77,2 euros en France. La moyenne européenne comptait 21,9 magistrats pour 100 000 habitants, contre 11,3 en France. Au parquet, l’écart est encore plus marqué, avec 12,2 magistrats pour 100 000 habitants en Europe, contre 3 en France.
Le syndicat estime que les recrutements en cours servent principalement à combler des vacances de postes existantes, sans répondre aux besoins structurels du système judiciaire. Il dénonce une situation de « déni des besoins réels » et un mépris du mal-être au travail des personnels des juridictions.
Selon le communiqué, les conditions d’exercice de la justice demeurent dégradées, malgré les injonctions à la productivité. Le Syndicat de la magistrature affirme que cette situation affecte directement la qualité du service rendu aux justiciables et considère que la justice française n’est plus seulement « au bord de la rupture », mais déjà confrontée à des ruptures quotidiennes dans son fonctionnement.
