À l’occasion du 25 novembre, journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes, le gouvernement met en avant lois, plans et dispositifs de protection. Malgré cette mobilisation affichée, le nombre de féminicides et de violences sexistes reste élevé, et les associations réclament un changement d’échelle.
Chaque 25 novembre rappelle la même réalité brutale. En France comme ailleurs, les violences faites aux femmes ne reculent pas. L’ONU a fait de cette date une journée internationale en mémoire des soeurs Mirabal, militantes dominicaines assassinées en 1960. En 1999, l’organisation a officiellement consacré le 25 novembre comme journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes.
En 2025, l’État met en avant une mobilisation renforcée. Plans interministériels, lois en préparation, formations dans la fonction publique, financements accrus pour les associations: la communication gouvernementale insiste sur le volontarisme. Mais les chiffres des féminicides et des violences sexistes rappellent que le pays est encore loin d’avoir enrayé le phénomène.
Un 25 novembre sous le signe des lois et des plans
À la veille du 25 novembre, la ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, a présenté un projet de loi cadre comprenant 53 mesures pour mieux prévenir, protéger et sanctionner les violences faites aux femmes. Le texte vise à renforcer les ordonnances de protection, améliorer l’accompagnement des victimes, mieux former les professionnels et combler les angles morts de la chaîne pénale.
Ce projet s’inscrit dans la continuité du plan interministériel 2023-2027 pour l’égalité entre les femmes et les hommes, baptisé « Toutes et tous égaux », qui sert de feuille de route à l’action de l’État dans les territoires.
Côté communication, les services de l’État multiplient les initiatives. Plusieurs préfectures annoncent des actions spécifiques, des campagnes locales et des enveloppes supplémentaires pour les associations. En Gironde, un communiqué évoque un État « plus mobilisé que jamais », avec des financements fléchés pour les structures d’écoute, d’hébergement et d’accompagnement des victimes.
Dans la fonction publique, la direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP) met en avant deux priorités: la lutte contre les violences sexistes et sexuelles au travail et la prise en compte, par l’employeur public, des violences conjugales subies par les agentes. Entre le 1er janvier et le 31 décembre 2024, plus de 6 800 agents publics ont été formés à l’égalité professionnelle et à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, via un marché interministériel dédié aux « valeurs de la République et principes du service public ».
Des dispositifs concrets, encore insuffisants pour endiguer les violences
Sur le terrain, plusieurs outils existent déjà. Le site d’information du gouvernement rappelle les principaux points d’entrée: le 39 19 pour les victimes de violences conjugales, le 17 en cas d’urgence, le 114 pour les personnes ne pouvant pas parler, les plateformes de signalement en ligne et les permanences associatives. L’exécutif insiste sur un principe: aucune violence n’est tolérée, toutes sont sanctionnées par la loi, qu’il s’agisse de harcèlement, d’agressions, de viols, de violences conjugales ou de soumission chimique.

En 2024, 107 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint, contre 96 en 2023, selon la lettre annuelle de la mission interministérielle pour la protection des femmes. Le collectif NousToutes, qui recense les féminicides, dénombre déjà 142 femmes tuées entre le 1er janvier et le 17 novembre 2025. Dans ce contexte, la hausse des moyens annoncée par l’État se heurte à un constat simple: la réalité des violences reste massive.
Les associations féministes et plusieurs syndicats considèrent que la mobilisation reste en décalage avec l’ampleur du problème. La CGT, par exemple, réclame un plan global interministériel adossé à des moyens renforcés pour la justice, la santé, la police, l’éducation, avec un investissement évalué à plusieurs milliards d’euros par an.
Une mobilisation de la société civile qui ne faiblit pas
Face à ce bilan, la rue continue de jouer un rôle central. Le collectif NousToutes appelle à une « vague violette » le samedi 22 novembre 2025 dans toute la France, pour dénoncer les féminicides, les violences sexuelles et toutes les violences de genre, en accusant l’inaction ou l’insuffisance des pouvoirs publics.
D’autres organisations, comme SOS homophobie, les syndicats de l’éducation ou de la fonction publique, profitent de cette journée pour mettre en lumière des angles souvent moins visibles: violences au travail, violences subies par les femmes lesbiennes ou bi, violences dans les couples jeunes, difficultés d’accès au droit pour les femmes étrangères ou en situation de handicap.
Dans les territoires, les préfectures coordonnent avec les collectivités, les hôpitaux, les forces de l’ordre et le tissu associatif des campagnes d’affichage, des marches, des tables rondes, des ciné-débats, des temps de formation. Ces opérations sont autant d’occasions de rappeler les numéros à contacter, les lieux d’accueil, les dispositifs d’urgence, et d’orienter des femmes qui, parfois, franchissent pour la première fois la porte d’un service spécialisé.
Un État plus visible, une exigence de cohérence dans la durée
À l’occasion de cette journée internationale, l’État met clairement en scène sa mobilisation: lois en chantier, plans interministériels, renforcement de l’offre de formation, soutien aux maisons des femmes et aux associations de terrain. Ces annonces comptent, surtout lorsqu’elles se traduisent par des moyens et des postes sur le long terme.
Reste une question centrale, que partagent de nombreuses actrices et acteurs du terrain: cette mobilisation sera-t-elle constante, lisible et suffisamment financée pour produire un effet réel sur les violences? Le 25 novembre donne de la visibilité et oblige l’État à rendre des comptes. L’enjeu, désormais, est de faire en sorte que cette mobilisation ne soit pas seulement celle d’une journée, mais d’une politique continue, évaluée et ajustée, jusqu’à ce que la lutte contre les violences faites aux femmes cesse d’être un slogan et devienne, enfin, une réalité vécue.
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