Emmanuel Macron accueillera Volodymyr Zelensky lundi 1er décembre 2025 à l’Élysée, sur fond de plan de paix américain, de remaniement au sommet de l’État ukrainien et de nouvelles attaques russes près de Kiev. Enjeu central de cette rencontre : définir les contours d’une « paix juste et durable » et des garanties de sécurité pour l’Ukraine.
Emmanuel Macron et Volodymyr Zelensky vont se revoir à l’Élysée lundi 1er décembre 2025, à un moment où la guerre en Ukraine entre dans une phase diplomatique particulièrement incertaine. Selon un communiqué de la présidence française, les deux chefs d’État discuteront de « la situation et des conditions d’une paix juste et durable, dans la continuité des discussions de Genève et du plan américain », en lien étroit avec les partenaires européens. Ils feront aussi le point sur les garanties de sécurité envisagées pour Kiev au sein de la coalition des volontaires.
Ce nouveau tête-à-tête intervient moins de quinze jours après la précédente visite de Volodymyr Zelensky à Paris, le 17 novembre, déjà consacrée aux scénarios de sortie de guerre et au soutien militaire de long terme. Entre-temps, les discussions de Genève entre négociateurs ukrainiens et américains ont débouché sur un projet de plan de paix en 19 points, largement remanié par rapport à une première version très controversée. D’après le Financial Times, certaines clauses jugées inacceptables par Kiev – comme un plafonnement drastique des effectifs de l’armée ukrainienne ou une amnistie générale pour les crimes de guerre – ont été retirées ou réécrites. Les questions les plus sensibles, notamment les éventuelles concessions territoriales et le cadre des relations OTAN–Russie, ont été renvoyées à une décision des présidents américain et ukrainien.
Dans la foulée de ces échanges, une délégation ukrainienne a pris la direction des États-Unis ce week-end pour poursuivre les discussions autour de ce plan, présenté à Washington comme un cadre possible pour mettre fin au conflit. Volodymyr Zelensky a confirmé lui-même le départ de cette équipe, conduite par le secrétaire du Conseil de défense et de sécurité nationale Rustem Oumerov. Pour Paris, la rencontre de lundi doit donc permettre d’articuler la position française et européenne avec ce calendrier diplomatique désormais largement piloté par Washington.
Cette séquence est aussi marquée par un tremblement politique à Kiev. Vendredi, Volodymyr Zelensky a annoncé le départ de son très influent chef de cabinet, Andriy Iermak, plusieurs heures après une perquisition de ses bureaux par le Bureau national anticorruption. Selon Courrier international, citant The New York Times, l’affaire porte sur un possible détournement d’environ 100 millions de dollars dans le secteur énergétique, qui aurait déjà entraîné la chute de deux ministres et menacé la stabilité du gouvernement. Lermak, considéré depuis des années comme le principal architecte de la ligne diplomatique de Zelensky, était au cœur des discussions avec les États-Unis sur le plan de paix. Son limogeage, sur fond d’exemplarité anticorruption, rebat en partie les cartes au moment où se prennent des décisions majeures pour l’avenir du pays.
Sur le terrain, la pression russe ne faiblit pas. La région de Kiev a de nouveau été visée par des attaques de drones dans la nuit de vendredi à samedi. D’après les autorités locales citées par Le Monde et la radio-télévision suisse RTS, au moins une personne a été tuée et onze autres blessées dans la ville de Vychhorod, au nord de la capitale. Ces frappes rappellent que, malgré les discussions en cours, la Russie poursuit ses bombardements réguliers contre les infrastructures et les zones urbaines ukrainiennes.
Du point de vue français, la rencontre de lundi s’inscrit dans le prolongement direct des travaux de la coalition des volontaires, ce groupe d’une trentaine de pays mobilisés pour soutenir l’Ukraine et définir les conditions d’une paix qui ne soit pas seulement un cessez-le-feu précaire. À l’issue d’une récente visioconférence de cette coalition, Emmanuel Macron avait insisté sur le fait qu’une paix dite juste et durable devrait reposer sur des garanties de sécurité « solides et crédibles pour l’Ukraine, afin de dissuader toute agression future ». C’est ce socle – garanties de sécurité, soutien militaire de long terme, reconstruction et éventuel statut international de l’Ukraine – qui doit être affiné avec Volodymyr Zelensky à Paris.
Reste une équation à plusieurs inconnues. D’un côté, un plan américain en cours de négociation, dont une partie des paramètres n’est pas publique et qui suscite déjà des réserves, y compris chez certains alliés, sur le risque de consacrer des gains territoriaux russes. De l’autre, un pouvoir ukrainien qui tente de montrer qu’il reste ferme sur ses lignes rouges, tout en répondant aux attentes de ses principaux soutiens sur la lutte contre la corruption. Entre les deux, l’Union européenne, et la France en particulier, cherchent à rester au centre du jeu diplomatique en pesant sur la définition d’une paix acceptable pour Kiev comme pour les Européens.
Dans ce contexte, la visite de Volodymyr Zelensky à l’Élysée dépasse le simple échange bilatéral. Elle constitue une étape pour voir si la promesse de « paix juste et durable » défendue par Emmanuel Macron et ses partenaires peut s’arrimer à un plan porté par Washington, tout en tenant compte de la réalité militaire sur le terrain et des lignes rouges politiques fixées par Kiev.
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