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Faut-il rétablir le service national ? Le service militaire volontaire de Macron relance le débat

par Rédaction Figures Publiques
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Emmanuel Macron dévoile ce jeudi en Isère un nouveau service militaire volontaire, plus long, plus militarisé et volontaire, qui remplace le SNU et vise 50 000 jeunes par an d’ici 2035. Une « nouvelle forme de service national » qui relance la question posée par le livre « Faut-il rétablir le service national ? » publié sur Amazon par Vincent Boca

Emmanuel Macron n’a pas encore prononcé son discours à Varces que le débat est déjà lancé. Ce jeudi 27 novembre, le chef de l’État doit détailler le futur service militaire volontaire, présenté comme une « nouvelle forme de service national » destinée aux jeunes majeurs, plus longue, plus militarisée et ciblant à terme 50 000 volontaires par an d’ici 2035.

En creux, ce projet acte la fin du Service national universel (SNU), lancé en 2019 et jamais vraiment assumé jusqu’au bout. La France tourne une page, en rouvre une autre, sur fond de menace russe, de discours martelés sur la « guerre de haute intensité » et de polémiques provoquées par le général Fabien Mandon, qui a estimé que le pays devait être prêt à « accepter de perdre ses enfants ».

Dans ce contexte, la question qui sert de titre à un essai publié sur Amazon, « Faut-il rétablir le service national ? », cesse d’être théorique. Elle devient un prisme pour lire ce que prépare l’exécutif: une conscription déguisée ou un outil d’appoint pour l’armée professionnelle.

Un SNU abandonné, un service militaire assumé

Officiellement, l’Élysée assume un changement de doctrine. Le SNU, promis en 2017 « au nom de la cohésion nationale », n’est plus adapté au contexte stratégique après l’invasion de l’Ukraine, reconnaissent les conseillers du président.

La Cour des comptes avait de toute façon chargé le dispositif: objectifs flous, pilotage confus, coût largement sous estimé, montée en charge irréaliste. Même lorsque les séjours de cohésion obtenaient un taux de satisfaction élevé chez les volontaires, les rapports soulignaient un malentendu profond sur le but réel du SNU et un manque de mixité sociale.

Le futur service militaire volontaire est d’une autre nature. D’après les éléments déjà sortis dans la presse, il sera réservé aux jeunes majeurs, sur la base du volontariat, pour une durée d’environ dix mois, avec une rémunération autour de 900 à 1 000 euros. Il doit croiser deux objectifs: répondre au « besoin d’engagement » d’une partie de la jeunesse et constituer un vivier mobilisable pour des armées qui se préparent explicitement à un conflit de haute intensité.

Ce n’est pas le retour du service militaire obligatoire, mais ce n’est plus un stage citoyen de douze jours. C’est un pas de côté: l’État renonce à imposer un passage universel, mais construit une filière volontaire beaucoup plus intégrée aux besoins opérationnels.

Entre sécurité nationale et anxiété collective

Le moment choisi n’a rien d’anodin. Depuis plusieurs mois, la Revue nationale stratégique actualisée martèle la nécessité de « tourner à nouveau la Nation tout entière vers sa défense et sa sécurité » et évoque noir sur blanc la création d’un « service militaire volontaire rénové » pour renforcer la cohésion et créer un réservoir de personnes mobilisables en cas de crise.

Dans le même temps, le chef d’état-major des armées répète que la France doit se préparer à un possible affrontement direct avec la Russie, jusqu’à parler de la nécessité d’accepter de « perdre nos enfants ». Ces mots, prononcés devant les maires puis commentés par la presse et les chaînes d’info, ont provoqué un électrochoc, au point que le président a dû déminer sur RTL en garantissant qu’il ne s’agissait pas « d’envoyer nos jeunes en Ukraine ».

Le futur service militaire volontaire va donc naître dans une atmosphère paradoxale: d’un côté, une vraie réflexion stratégique sur le rapport entre la Nation et ses armées; de l’autre, une opinion publique déjà inquiète, qui entend les mots « service », « militaire », « Russie » et pense mobilisation générale.

Volontariat ou conscription qui ne dit pas son nom ?

Sur le papier, la ligne rouge est claire: ce sera volontaire. Les juristes comme les militaires le martèlent: on ne reconstitue pas une armée de conscription avec un vivier de jeunes engagés dix mois, qui restent avant tout des renforts et des réservistes potentiels, pas des soldats de métier.

Mais la frontière politique est plus floue. Si le dispositif devient une condition implicite pour accéder à certains concours, à certaines filières ou à certains emplois publics, le volontariat se transformera vite en obligation de fait pour une partie de la jeunesse. Si la communication officielle insiste sans cesse sur le devoir patriotique dans un contexte de menace, la pression sociale s’ajoutera au reste.

C’est exactement le type de glissement que redoutent certains parlementaires, y compris dans la majorité. A gauche, on pointe le risque d’un outil coûteux, construit sans débat, qui servirait davantage à offrir une « image virile » du pouvoir qu’à répondre à des besoins clairs. A droite, les critiques se divisent: certains jugent le dispositif trop timide et regrettent un vrai service militaire obligatoire, d’autres dénoncent un « quasi service » qui pèsera sur le budget et les armées sans garanties de résultat.

Ce que change ce projet dans le débat sur le service national

Au fond, le futur service militaire volontaire ne tranche pas la question posée dans le titre du livre « Faut-il rétablir le service national ? », il la déplace.

L’ancien service militaire avait trois fonctions: produire de la masse militaire, mélanger des milieux sociaux, et transmettre un cadre républicain commun. La conscription suspendue à la fin des années 1990 a laissé un vide qu’aucun dispositif n’a vraiment comblé depuis.

Le SNU avait pour ambition d’occuper ce terrain de la cohésion sans dimension combattante, mais son bilan montre un dispositif à objectifs incertains, coûteux et mal compris.

Le service militaire volontaire de Macron assume l’inverse: il renoue avec la logique de l’uniforme, de la discipline, de la préparation opérationnelle, mais renonce à l’universalité. Il s’adresse à des jeunes déjà motivés, prêts à donner près d’un an de leur vie à l’institution militaire, avec une rémunération certes modeste mais réelle. C’est un choix assumé: mieux vaut un noyau dur motivé que des classes entières plus ou moins contraintes.

Il reste alors trois questions lourdes, qui sont au cœur de l’ouvrage « Faut-il rétablir le service national ? », signé par Vincent Boca et déjà disponible sur Amazon:
– peut-on restaurer un lien armée Nation et une culture de défense sur le seul volontariat, sans passage commun pour toute une génération ?
– comment éviter que ce service volontaire ne profite surtout aux jeunes déjà structurés et soutenus, au détriment des plus fragiles qui auraient pourtant le plus besoin d’un cadre ?
– jusqu’où la France est elle prête à aller pour constituer un véritable « réservoir mobilisable » sans rouvrir officiellement le débat sur la conscription ?

Là se joue la ligne de crête: maintenir une armée de métier, renforcer la réserve, proposer un engagement structurant à ceux qui le souhaitent, sans basculer dans une mobilisation larvée d’une génération entière.

Un débat à rouvrir franchement

En annonçant ce service militaire volontaire le même jour où l’on parle encore des propos du général Mandon, Emmanuel Macron envoie un message double. Il cherche à montrer qu’il tire les conséquences de la nouvelle donne sécuritaire, qu’il ne se contente pas de mots. Mais il continue à le faire dans un format très vertical, avec un projet dessiné à l’Élysée, adossé à une Revue stratégique et révélé par étapes dans les médias.

Sur un sujet aussi sensible que la place des jeunes dans la défense du pays, cette méthode a ses limites. Le débat sur le rétablissement ou non d’un service national ne peut pas rester cantonné aux cercles militaires et à quelques éditoriaux. Il mérite d’être ouvert clairement devant les citoyens, avec des chiffres, des scénarios, des compromis possibles.

Le futur service militaire volontaire sera peut être un premier étage de fusée, un laboratoire. Il ne répondra pas seul à la question posée par le titre du livre. Mais il oblige déjà chacun à sortir des slogans: derrière les mots « service », « nation » et « jeunesse », de quoi parle-t-on exactement, et jusqu’où est on prêt à aller, collectivement, pour l’assumer ?

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