Accueil ActualitésAffaire de la sextape à Saint Étienne : pourquoi Gaël Perdriau maintient son innocence malgré sa condamnation

Affaire de la sextape à Saint Étienne : pourquoi Gaël Perdriau maintient son innocence malgré sa condamnation

par Rédaction Figures Publiques

Condamné à de la prison ferme et à cinq ans d’inéligibilité dans l’affaire de la sextape, Gaël Perdriau continue de se dire innocent et fait appel. L’article décrypte cette posture à la lumière de la procédure judiciaire, des travaux de psychologie criminelle et des enjeux politiques locaux à l’approche des municipales de 2026.

Lundi 1er décembre, le tribunal correctionnel de Lyon a tranché. Comme le résume Le Monde, Gaël Perdriau, 53 ans, a été reconnu coupable de chantage, de détournement de fonds publics et d’association de malfaiteurs dans l’affaire du « kompromat » visant son ex-premier adjoint Gilles Artigues. Le tribunal l’a condamné à une lourde peine de prison, une amende et cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate. La présidente lui a lancé cette phrase devenue symbole : « Monsieur Perdriau, vous ne pouvez plus être maire de Saint Étienne. »

Dans le même temps, Le Progrès et Public Sénat rappellent que le jugement retient une culpabilité « entière » et s’accompagne d’un mandat de dépôt à effet différé, ce qui doit conduire, dans les faits, à l’incarcération de l’élu dans les semaines qui viennent et à sa démission d’office par la préfecture.

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Pourtant, à la sortie de l’audience, le discours de l’intéressé reste inchangé. Selon Radio Scoop et plusieurs médias locaux, Gaël Perdriau continue d’affirmer qu’il est « innocent des faits qui [lui] sont reprochés », parle d’une décision « incompréhensible » et annonce immédiatement qu’il fait appel.

Un front judiciaire cohérent… sur la forme

Sur le plan strictement juridique, cette posture est classique. Tant que les voies de recours ne sont pas épuisées, tout condamné a intérêt, s’il conteste le dossier, à maintenir sa version. Revenir brusquement sur la ligne de défense après un jugement de première instance fragiliserait la crédibilité de la contestation devant la cour d’appel.

Dans l’affaire stéphanoise, le message est constant : depuis les premières révélations en 2022, l’élu ex-LR se présente comme victime de mensonges, d’interprétations de conversations et d’un dossier monté contre lui. If Saint-Étienne, qui suit le dossier au long cours, rappelle que même au plus fort de la tempête politique, Gaël Perdriau interpellait ses opposants en public par des formules du type : « Suis-je coupable ? » en se posant comme cible d’attaques politiciennes.

Maintenir son innocence après un jugement ne dit donc pas, en soi, grand-chose de l’état d’esprit profond de l’intéressé : c’est la position minimale de toute défense qui entend jouer l’appel à fond.

… mais un décalage flagrant avec le dossier et l’environnement politique

Là où le fossé se creuse, c’est entre ce discours et la lecture très sévère faite par la justice. Le Monde détaille un système de pression durable sur Gilles Artigues, fondé sur une vidéo sexuelle tournée à son insu en 2015, et financé via des circuits de subventions publiques. Pour le tribunal, il ne s’agit pas d’un « dérapage » ponctuel, mais d’une mécanique de contrôle politique assumée.

À gauche, les oppositions municipales parlent d’ailleurs d’un véritable « cauchemar » qui aurait duré trois ans pour la ville. Dans un communiqué commun, les élus de « Saint-Étienne Demain » et du « Temps de l’Écologie » estiment que les peines « au-delà des réquisitions » traduisent « la gravité exceptionnelle des faits » et saluent une décision qui doit permettre de tourner la page. Plusieurs responsables locaux, cités par Radio Scoop et Minformer, demandent même la démission des élus qui ont soutenu l’ancien maire jusqu’au bout.

En parallèle, la majorité municipale elle-même se fracture au lendemain du verdict. D’après Affiches Parisiennes, le conseil de majorité s’est divisé sur le choix du successeur, entre partisans de Marc Chassaubéné et ceux qui défendent Jean-Pierre Berger pour assurer l’intérim. La décision préfectorale de démission d’office de Gaël Perdriau doit encore formaliser la vacance du poste, mais le signal politique est déjà clair : plus personne ne conteste publiquement que son maintien à la tête de la ville est devenu impossible.

Comment expliquer, dans ce contexte, une posture d’innocence aussi rigide ?

Le mécanisme du déni chez les responsables condamnés

Les chercheurs en criminologie et en psychologie sociale se sont penchés depuis longtemps sur ces situations où un condamné continue d’affirmer son innocence après un verdict très motivé. Plusieurs travaux anglo-saxons sur les détenus à longue peine montrent qu’il existe souvent une forme de dissonance cognitive : plus l’image sociale de la personne est valorisée (élu, chef d’entreprise, médecin…), plus il lui est difficile d’intégrer l’étiquette de « coupable », même lorsque les preuves sont accablantes.

Des études publiées dans Theoretical Criminology ou dans des revues spécialisées sur la justice pénale décrivent plusieurs niveaux de déni :

  • un déni purement tactique, pour tenter d’obtenir une peine réduite ou une révision ultérieure ;
  • un déni partiel, où l’intéressé reconnaît des faits mais nie leur gravité ou leur intentionnalité ;
  • un déni identitaire, où la personne finit par se persuader qu’elle est victime d’une injustice parce que l’acceptation de la culpabilité serait trop destructrice pour son identité.

Appliqué à un responsable politique, ce schéma se renforce. Une analyse publiée dans la Revue française de criminologie et de droit pénal note que les élus mis en cause ont tendance à « politiser » leur affaire : ils parlent d’acharnement, de complot, ou d’utilisation de la justice par des adversaires, plutôt que de répondre frontalement sur les faits. Ce discours permet de protéger l’image qu’ils ont d’eux-mêmes et de maintenir un lien avec une partie de leur camp, même affaibli.

Dans l’affaire stéphanoise, on retrouve plusieurs de ces ingrédients : contestation de la lecture du dossier, mise en avant d’une justice qui « se tromperait », refus de reconnaître le caractère destructeur de la stratégie employée contre un rival politique.

Une crise de confiance qui dépasse le seul cas Perdriau

Pour les Stéphanois, la question n’est plus seulement de savoir si Gaël Perdriau se perçoit sincèrement comme innocent ou non. Le maintien obstiné de cette posture, alors que la justice parle d’une culpabilité pleine et entière et que la ville est durablement abîmée, alimente une crise de confiance plus large envers la classe politique.

Les réactions des élus de gauche, mais aussi de nombreux habitants interviewés par TL7 ou Radio Scoop, montrent un double sentiment : soulagement de voir une décision tomber, et lassitude face à une affaire qui, pendant des années, a nourri l’idée d’un « tous pourris ».

Sur le plan institutionnel, la suite se jouera en deux temps :

  • sur le plan judiciaire, avec l’examen de l’appel et la confirmation – ou non – de la condamnation ;
  • sur le plan politique, avec la façon dont la future équipe municipale parviendra, ou pas, à reconstruire un lien de confiance avec les habitants à l’approche des municipales de 2026.

Entre un jugement lourdement motivé et un ancien maire qui se présente toujours comme « injustement condamné », c’est tout l’écart entre droit, psychologie individuelle et exigence de probité publique qui apparaît en pleine lumière.

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