Plusieurs policiers ont été blessés, notamment au cours d’une poursuite de 94 km dans laquelle des agents ont risqué leur vie pour tenter de maîtriser un chauffard en fuite. Dans la réalité quotidienne, ces refus se traduisent par un drame social et humain : agents des forces de l’ordre blessés, citoyens innocents mis en danger, et des comportements qui ressemblent de plus en plus à de la criminalité déguisée en fuite.
Selon les chiffres rapportés en février 2026 par le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, 28 200 refus d’obtempérer ont été recensés en 2025, soit une hausse de 11 % par rapport à l’année précédente.
Les responsables syndicaux des forces de police tirent la sonnette d’alarme depuis des mois. Pour eux, le refus d’obtempérer n’est pas une simple infraction routière. C’est un véritable signal de défiance envers l’autorité de l’Etat et une mise en danger directe des policiers, des gendarmes et des usagers de la route. Ceux qui refusent de s’arrêter sont souvent sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants, sans permis, sans assurance, parfois déjà connus des services de justice.
Ces refus ne sont pas anodins. Un refus d’obtempérer sur cinq est aujourd’hui considéré comme aggravé, car il met directement en danger la vie d’autrui, qu’il s’agisse des forces de l’ordre, de passants, de cyclistes ou d’automobilistes innocents. Ces chiffres révèlent une double réalité : face à la montée des comportements à risque, les règles d’engagement et les moyens attribués aux forces de l’ordre restent contraints par des impératifs de sécurité juridique et médiatique.
La loi du 24 janvier 2022 a durci le cadre de répression du refus d’obtempérer, en renforçant les peines encourues. Mais la mise en application reste faible, et trop souvent détournée vers des rappels à la loi plutôt que des sanctions effectives. Dans la rue, le message envoyé par une peine symbolique est clair : le risque encouru par un refus d’obtempérer est minime comparé au danger réel qu’il crée.
Pourtant, chaque refus est une roulette russe. Un simple arrêt refusé peut provoquer un accident, blesser un piéton, renverser un collègue ou transformer une intervention banale en course poursuite mortelle. Et quand l’un des leurs tombe, comme cela a tragiquement été le cas avec l’adjudant Éric Comyn à Mougins à l’été 2024, ce n’est plus une statistique, mais une famille brisée, des enfants orphelins, et des collègues marqués à jamais par la violence gratuite.
Cette situation est un symptôme d’une perte de repères. Certains chauffards se croient à l’abri des conséquences. Ils se considèrent au-dessus des règles, convaincus que la poursuite d’un contrôle routier n’aura pas de répercussions sur leur liberté. Mais la liberté de fuir ne peut jamais se faire au prix de la sécurité des autres.
La réponse doit être complète : sanctions effectives, poursuites systématiques, formation renforcée, moyens techniques plus dignes de ce risque. Mais aussi une réflexion citoyenne sur la responsabilité de chacun. La police ne peut pas être seule face à des comportements qui ressemblent plus à ceux de criminels qu’à ceux de conducteurs ordinaires.
Un Etat qui protège ses citoyens doit protéger aussi ceux qui sont chargés de les servir. Et protéger la liberté ne doit jamais signifier tolérer la mise en danger de vies innocentes.
