samedi 24 janvier 2026
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[Édito] Temu, Shein et la France qui paie la facture

par Vincent Boca
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L’explosion des colis venus d’Asie n’est pas une simple tendance de consommation. C’est un basculement économique, social et industriel. La France laisse partir des milliards, fragilise ses commerces, et entretient une spirale où les plus modestes financent un modèle qui les écrase.

La quantité de colis qui arrive aujourd’hui est tout simplement inimaginable. Ce flux permanent, devenu banal dans nos boites aux lettres, raconte en réalité une mutation brutale de notre économie. Ce n’est pas seulement du commerce en ligne. C’est un système.

Le plus préoccupant, c’est l’hémorragie financière que cela représente. Des milliards d’euros quittent le territoire, alimentent des plateformes basées hors d’Europe, et finissent largement en Chine, pendant que l’investissement productif en France recule et que nos filières industrielles peinent à se relever. Cela fait près de vingt ans que l’on regarde le phénomène grossir. Les signaux étaient visibles, partout, jusque dans les rayons des supermarchés. Une réaction fiscale et douanière sérieuse aurait pu être engagée depuis longtemps. Elle ne l’a pas été.

Ce retard a un coût politique. Il y a, sur ce sujet, un décalage profond entre certains décideurs et la réalité du pays. La France qui travaille, celle qui se lève tôt, qui cotise, qui paie, qui compte chaque euro en fin de mois, a le sentiment d’être la variable d’ajustement. Et pendant que les discours officiels répètent que « tout va bien », le quotidien dit l’inverse : l’impression de payer pour tous, sans retour, sans amélioration, sans perspective.

Il faut aussi regarder les responsabilités en face. Nous avons laissé faire la grande distribution, qui a habitué les consommateurs à la guerre des prix, puis nous avons regardé disparaître une partie du prêt-a-porter français, étouffé par une concurrence que l’on savait déséquilibrée. Enfin, nous avons laissé s’installer une précarisation durable qui pousse une partie de la population à acheter au plus bas prix, faute de pouvoir faire autrement. Dans ce contexte, Shein ou Temu ne sont pas seulement des marques. Ce sont des réponses immédiates à une angoisse sociale. Et c’est précisément pour cela que le sujet est explosif.

Au final, on se retrouve avec une mécanique absurde. Des revenus modestes, parfois soutenus par des aides publiques déjà financées par la solidarité nationale, repartent à l’étranger sous forme de colis à bas coût. Des salariés au SMIC, essorés, n’en peuvent plus. Et le Français moyen, pris à la gorge, a le sentiment d’assister à une double peine : perte de souveraineté économique d’un coté, pression fiscale et sociale de l’autre.

Tout le monde est désormais pris dans cette spirale. Le coût est collectif, la facture est lourde, et l’hémorragie ne s’arrêtera pas sans décisions claires. Fiscalité à l’import, contrôle renforcé, lutte contre les contournements, rééquilibrage de la concurrence, et surtout relance d’une offre française et européenne crédible. On ne réindustrialisera pas le pays avec des slogans. On le fera en protégeant ce qui peut encore l’être, et en cessant de subventionner, par notre passivité, notre propre déclassement.

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