dimanche 15 février 2026
Prime d’activité : quand l’Etat subventionne le sous-salaire et fracture les travailleurs

Prime d’activité : quand l’Etat subventionne le sous-salaire et fracture les travailleurs

par Rédaction Figures Publiques
Publié : Mis à jour :
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Sébastien Lecornu annonce une hausse de la prime d’activité d’environ 50 euros par mois pour plus de trois millions de ménages. L’objectif affiché est simple : « il faut que le travail paie plus ». Mais cette mesure, politiquement utile pour calmer une partie du Parlement, entretient un système injuste pour ceux qui travaillent à temps plein et paient l’impot sur le revenu.

Sur le papier, l’intention est honorable. Qui peut s’opposer à l’idée que le travail doit payer davantage ? Le problème, c’est le mécanisme. La prime d’activité est devenue un pansement structurel sur un sujet qui devrait être traité à la racine : le niveau des salaires et la valorisation du travail à temps plein. A force de compenser par une prestation, on finit par subventionner l’économie des bas salaires, et surtout par créer un sentiment d’injustice chez ceux qui ne touchent rien, parce qu’ils dépassent de peu les seuils, ou parce qu’ils sont imposables.

C’est là que la fracture apparaît. Dans la France qui travaille, beaucoup ont le sentiment d’être coincés : trop « riches » pour les aides, pas assez pour respirer. Ils cumulent les charges, l’énergie, le logement, les assurances, parfois les frais de transport, et voient l’Etat annoncer un soutien supplémentaire à d’autres travailleurs, alors que leur propre fiche de paie reste inchangée. L’Etat croit récompenser le travail. Il alimente aussi une colère froide : celle de ceux qui se lèvent tôt, font des semaines pleines, et ont l’impression de financer un système dont ils sont exclus.

Cette annonce a aussi une lecture politique. Plusieurs médias décrivent une concession dans la recherche d’un compromis budgétaire, notamment avec les socialistes, pour éviter la censure et faire adopter le budget 2026. Le problème, c’est que la politique du pouvoir d’achat ne peut pas être un empilement de rustines dictées par la survie parlementaire. La cohérence exige une ligne claire : soit on revalorise le travail par le salaire et par la baisse du poids fiscal sur ceux qui travaillent, soit on continue à multiplier les aides et les compléments, au risque de rendre le système illisible et explosif.

Lecornu dit vouloir être « du côté des travailleurs ». Très bien. Alors il faut aller au bout du raisonnement : simplifier, restaurer l’écart net entre un temps plein et un temps partiel subi, réduire les effets de seuil, et surtout cesser de faire porter l’effort toujours sur les mêmes contribuables. Sinon, la prime d’activité devient ce qu’elle est déjà pour beaucoup : le symbole d’un Etat qui préfère compenser plutôt que réparer.

Si la France donne le sentiment que certains travaillent pour payer, et que d’autres touchent pour compléter, sans que l’effort soit lisible, la fracture sociale se creuse. Et quand elle se creuse, ce sont les extrêmes qui ramassent la mise.

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