En examinant le budget 2026, le Sénat a voté une baisse des taxes sur l’électricité compensée par une hausse sur le gaz, et confirmé le maintien des avantages fiscaux sur les biocarburants B100 et E85. Impacts chiffrés sur les factures, positions politiques et enjeux de transition énergétique.
Les sénateurs ont profité de l’examen du budget 2026 pour remettre la fiscalité énergétique au cœur du débat. Dans la nuit de samedi à dimanche, la chambre haute a adopté un amendement qui baisse la taxe sur l’électricité pour les ménages, tout en augmentant celle qui pèse sur le gaz naturel. Une mesure présentée comme neutre pour les finances publiques, mais qui ne sera pas neutre sur les factures.
Selon les chiffres avancés lors des débats au Sénat, repris par Franceinfo, l’allègement représenterait entre 11 et 45 euros par an pour les foyers chauffés à l’électricité, en fonction des niveaux de consommation. A l’inverse, les ménages qui se chauffent au gaz verraient leur facture augmenter de 12 à 80 euros par an, soit de 1 à 7 euros par mois.
Le mécanisme passe par les accises, c’est-à-dire les taxes spécifiques sur l’énergie. D’après la note de présentation de l’amendement au Sénat, le tarif normal d’accise serait réduit de 3 euros par mégawattheure sur l’électricité des particuliers, tandis que le gaz naturel subirait une hausse de 3,67 euros par mégawattheure, afin de rapprocher les deux niveaux de taxation.
Pour la majorité sénatoriale LR-centriste, il s’agit d’assumer un choix de transition énergétique. Le rapporteur général du budget, Jean-François Husson, met en avant un prix du gaz actuellement jugé très bas et un signal-prix à envoyer en faveur de l’électrification. Il explique vouloir encourager une énergie « décarbonée et souveraine » plutôt qu’une énergie importée et carbonée, en cohérence avec les orientations défendues par le gouvernement.
Le ministre de l’Économie Roland Lescure a d’ailleurs rendu un avis qualifié de « sagesse » sur cet amendement, ni favorable ni défavorable, en reconnaissant que la mesure va dans le sens d’un soutien à la consommation d’électricité produite en France, notamment par le parc nucléaire et les renouvelables. D’après Franceinfo, il a résumé la philosophie de cette ligne comme un arbitrage entre une électricité largement décarbonée et un gaz plus dépendant des marchés mondiaux.
Le vote n’éteint pas les critiques sociales. A gauche, plusieurs élus ont mis en garde contre l’effet sur les ménages captifs du gaz, notamment dans le parc ancien, en copropriété ou en logement collectif, où il n’est pas possible de basculer rapidement vers une autre énergie. Le socialiste Thierry Cozic a rappelé que cette reconfiguration fiscale « ne doit en aucun cas se faire au détriment de ceux qui se chauffent au gaz, bien plus souvent par contrainte que par choix réel ».
Sur le terrain, le débat s’inscrit dans un contexte où la facture énergétique des Français reste sous tension. Plusieurs dispositifs ont déjà été adoptés à l’Assemblée nationale, comme le rétablissement d’un taux de TVA réduit à 5,5 % sur les abonnements d’électricité, en dépit des réserves de l’exécutif. Il faudra donc, à terme, articuler cette baisse de TVA, la révision des accises et les autres mesures prévues dans le PLF 2026 pour mesurer l’impact réel sur les factures.
Biocarburants : le Sénat suit l’Assemblée et maintient les avantages fiscaux du B100 et de l’E85
Dans le même temps, les sénateurs ont confirmé un autre signal important sur la fiscalité de l’énergie. Comme les députés avant eux, ils ont rejeté la disposition gouvernementale qui prévoyait de supprimer les avantages fiscaux de deux biocarburants: le B100, biogazole à base de colza, et le superéthanol E85, produit notamment à partir de betteraves et très utilisé par les transporteurs.
Le projet de loi de finances pour 2026 envisageait de mettre fin au tarif particulier dont bénéficie le B100 et de réduire progressivement l’avantage accordé à l’E85. D’après Connaissance des Énergies avec AFP, le secteur agricole et les industriels concernés ont mené une offensive soutenue contre cette réforme, la FNSEA en faisant un véritable cheval de bataille.
Les arguments sont connus: soutiens aux filières nationales, débouchés pour les producteurs de colza et de betteraves, emplois industriels non délocalisables. Un amendement examiné à l’Assemblée nationale rappelait que retirer brutalement ces avantages fiscaux risquait de renvoyer les transporteurs vers des carburants fossiles importés, « plus carbonés », et de fragiliser une filière qui revendique plus de 120 000 agriculteurs concernés et 30 000 emplois industriels.
Pour l’exécutif, cette remise en cause complique la trajectoire budgétaire et interroge la cohérence de la stratégie climat. Des voix critiques soulignent que le bilan environnemental du B100 et de l’E85 reste discuté et que ces carburants ne constituent pas une solution de long terme pour la décarbonation des transports. Des analyses publiées sur le site Connaissance des Énergies rappellent par exemple que ces biocarburants doivent être évalués en intégrant les usages des sols, les émissions indirectes et la concurrence avec d’autres productions agricoles.
Une séquence budgétaire encore ouverte
En l’état, le Sénat et l’Assemblée nationale se retrouvent sur deux points: maintien des avantages pour B100 et E85, et volonté de mieux orienter les signaux-prix de l’énergie vers l’électricité. Mais rien n’est figé. Le projet de loi de finances pour 2026 va désormais entrer dans une phase de navette et de commission mixte paritaire entre députés et sénateurs, au moins jusqu’à la mi-décembre, comme le rappelle le calendrier parlementaire officiel.
Pour les ménages, la question centrale sera le résultat final de ce compromis budgétaire: niveau réel des accises, articulation avec la TVA réduite sur les abonnements d’électricité, calibrage du bouclier ou des aides ciblées, et éventuelles décisions ultérieures du gouvernement via décrets ou mesures de régulation.
Sur le plan politique, ce vote du Sénat illustre la manière dont la majorité de la chambre haute entend peser sur la trajectoire énergétique: en assumant clairement un arbitrage en faveur de l’électricité, tout en préservant des niches fiscales considérées comme stratégiques pour certaines filières agricoles. Un équilibre que le gouvernement devra gérer, entre discipline budgétaire, transition bas carbone et acceptabilité sociale des factures.
