À l’occasion du 85e anniversaire de Hayao Miyazaki, célébré le lundi 5 janvier 2026, nous avons choisi d’explorer les messages et les valeurs véhiculés à travers ses films d’animation, qui continuent de toucher un large public à travers le monde.
Le studio Ghibli est un studio d’animation cofondé par Hayao Miyazaki et Isao Takahata en 1985. Il produit principalement des longs-métrages d’animation, mais aussi, dans une moindre mesure, des courts-métrages, des téléfilms, des séries et quelques jeux vidéo. Le studio est surtout connu pour ses films destinés à un large public, dont plusieurs ont rencontré un important succès critique et commercial, tout en remportant de nombreuses récompenses.
Au fil des années, des thèmes récurrents se dégagent dans l’œuvre de Hayao Miyazaki. L’antimilitarisme, l’écologie et la place des femmes y occupent une place centrale, reflétant une vision du monde profondément humaniste.
Des films marqués par une opposition à la guerre
Né en 1941 dans un Japon plongé dans l’incertitude de la Seconde Guerre mondiale, Hayao Miyazaki a été profondément marqué par cette période. Il explique que certains de ses premiers souvenirs sont ceux de villes bombardées. En 1944, alors qu’il n’a que trois ans, sa famille est évacuée à Utsunomiya, puis de nouveau en 1945 après le bombardement de la ville, cette fois vers Kumano, au nord de Tokyo.
Cette aversion pour la guerre transparaît dans de nombreux films de sa filmographie. Dans Porco Rosso (1992), le personnage principal, un ancien pilote transformé en porc, incarne le rejet du militarisme et de la violence. La guerre y est présentée comme absurde et destructrice, entraînant des pertes humaines considérables. Les pilotes survivants y apparaissent physiquement et moralement brisés, soulignant les ravages du conflit.
Dans Le Château ambulant (2004), le personnage de Hauru est contraint de combattre chaque nuit pour protéger ceux qu’il aime. Cette guerre permanente le consume peu à peu, tant sur le plan physique que psychologique. Le film met en lumière la haine et la déshumanisation engendrées par la guerre, symbolisées par des monstres incapables de retrouver leur forme humaine. Ces œuvres illustrent la dénonciation constante de la violence et du militarisme chez Miyazaki.
L’écologie au cœur de l’œuvre
La guerre n’est toutefois pas le seul thème majeur de ses films. L’écologie occupe une place centrale dans une grande partie de son œuvre. Hayao Miyazaki met régulièrement en avant la fragilité de la Terre et la nécessité de la protéger.
Selon Margaret Talbot, proche du réalisateur, Hayao Miyazaki confiait en 2005 qu’il n’appréciait guère la technologie moderne. Depuis son plus jeune âge, il critique les progrès économiques et industriels lorsqu’ils se font au détriment de la nature. Cette vision est particulièrement visible dans Princesse Mononoké (1997).
Le film se déroule à l’époque Muromachi et suit le parcours d’Ashitaka, un jeune garçon pris malgré lui dans un conflit opposant la princesse Mononoké et les esprits de la forêt à Dame Eboshi et au village des forges, dont l’activité repose sur l’exploitation intensive des ressources naturelles. Miyazaki y montre l’impact destructeur de l’homme sur l’environnement : déforestation, violence envers les animaux et domination de la nature. La forêt entre en guerre pour se défendre, tandis que les humains cherchent avant tout à exploiter, quitte à détruire ce qui les entoure.
À travers ce récit, le réalisateur propose une critique plus large de la société industrielle et capitaliste, ainsi que de ses conséquences sur l’environnement.
Une nature bienveillante et protectrice
Cette relation à la nature se retrouve également dans Mon voisin Totoro (1988). Le film raconte l’histoire d’une famille s’installant à la campagne, où deux jeunes filles font la rencontre de l’esprit de la forêt. La nature y est représentée comme bienveillante, apaisante et protectrice. Les humains y vivent en harmonie avec leur environnement, dans une relation fondée sur le respect et la coexistence.
Des personnages féminins forts et autonomes
Au-delà de la nature, Hayao Miyazaki accorde une place centrale aux personnages féminins. Il les décrit comme courageux, autonomes et capables de se battre pour leurs convictions. Selon lui, « elles peuvent avoir besoin d’un ami, mais pas d’un sauveur », et sont aussi capables que les hommes.
Cette vision est particulièrement visible dans Kiki la petite sorcière (1989). Le film suit une jeune fille de treize ans contrainte de quitter le foyer familial pour accomplir son apprentissage. Kiki y vit une véritable expérience d’émancipation, confrontée à la réussite comme à l’échec. Le film insiste sur son indépendance, notamment à travers ses difficultés financières et son rapport au travail.
Traditionnellement, les récits initiatiques et l’indépendance sont souvent attribués à des personnages masculins, en particulier dans une société japonaise marquée par des normes traditionnelles. Miyazaki inverse ces codes en confiant ces parcours à des héroïnes.
Des personnages féminins forts se retrouvent dans une grande partie de sa filmographie, comme San dans Princesse Mononoké ou Chihiro dans Le Voyage de Chihiro.
Une œuvre toujours d’actualité
Les films du studio Ghibli, et plus particulièrement ceux réalisés par Hayao Miyazaki, continuent de résonner aujourd’hui. Les thèmes qu’ils abordent, tels que l’écologie, la paix ou l’égalité entre les femmes et les hommes, s’inscrivent pleinement dans les débats contemporains, tant au niveau sociétal que politique. C’est sans doute cette capacité à conjuguer poésie, engagement et universalité qui explique la longévité et l’actualité de son œuvre.
