samedi 24 janvier 2026
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Alain Souchon, 81 ans, sans portable dans un pays où 91 % des Français ont un smartphone

par Rédaction Figures Publiques
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Alors que 91 % des Français possèdent un smartphone, Alain Souchon revendique sa vie sans téléphone portable. Retour sur ses confidences dans la presse et sur ces autres personnalités – de Sylvain Tesson à Elton John – qui assument, elles aussi, la déconnexion.

Dans une France où le smartphone est devenu quasiment obligatoire socialement, Alain Souchon fait figure d’exception. D’après le baromètre du numérique 2024, 91 % des 12 ans et plus possèdent un smartphone, ce qui en fait l’équipement numérique le plus répandu devant l’ordinateur et la tablette. À 81 ans, le chanteur assume pourtant de vivre sans téléphone portable, comme il l’a confié dans un portrait que lui a consacré Libération et que relaie le site Purepeople.

Un artiste majeur qui revendique la déconnexion

Le portrait publié par Libération le 24 novembre revient sur un paradoxe amusant: l’un des auteurs-compositeurs les plus populaires du pays, capable de remplir les salles depuis des décennies, a choisi de se passer de l’objet qui accompagne aujourd’hui chaque instant de la vie quotidienne. Selon le résumé de Purepeople, il explique en substance qu’il n’en voit pas l’utilité, et que cet outil ne lui manque pas.

Souchon joue lui-même avec son âge. Il confie qu’il sait « encore faire le poirier » et glisse, à propos du temps qui passe, que pour lui « 33 ans, c’est l’âge idéal », un moment de vie où l’on est encore en pleine forme mais où l’on « comprend déjà bien les choses ». Purepeople+1 Loin de l’image d’un artiste usé, il raconte avoir retrouvé de l’énergie après une période de malaise qu’il qualifie de « déprime cacochyme ». Son médecin lui aurait conseillé de remonter sur scène, entouré de ses fils, Ours et Pierre, ce qu’il a fait plus de cent fois en deux ans.

Cette reprise d’activité s’accompagne de marches solitaires, dont il dit qu’elles l’aident à se ressourcer, à observer le monde sans filtre numérique et à entretenir un rapport direct au réel. Là où beaucoup profitent de chaque déplacement pour scroller, l’auteur de « Foule sentimentale » revendique un temps plus horizontal, fait de silence, de marche et de travail sur ses chansons.

Un choix à contre-courant de la norme numérique

Les chiffres confirment à quel point ce choix est minoritaire. Selon le baromètre du numérique 2024, 98 % des 12 ans et plus sont équipés d’un téléphone mobile et 91 % d’un smartphone, avec une quasi-généralisation chez les 12-17 ans où l’équipement atteint 96 %. Arcep+1 Un autre bilan, synthétisé par le Crédoc et commenté par plusieurs observateurs, souligne que « le smartphone s’impose comme un équipement incontournable » dans presque tous les foyers.

Dans ce contexte, le fait que Souchon vive sans mobile n’est pas un simple caprice d’artiste mais un refus assumé d’entrer dans ce régime d’hyper-disponibilité. Ne pas avoir de téléphone, cela signifie aussi ne pas être joignable à tout instant, ne pas gérer de flux de notifications, ne pas avoir en permanence dans la poche un appareil photo, un GPS, une messagerie et un réseau social.

Une petite galaxie de célébrités sans téléphone

Souchon n’est pas totalement seul dans ce choix. Comme le rappelle Purepeople, plusieurs personnalités revendiquent la même distance avec le téléphone portable.

L’écrivain-voyageur Sylvain Tesson a expliqué à la télévision qu’il ne souhaitait pas s’ajouter une couche de surveillance numérique. Interrogé sur son refus du portable, il répond : « On est déjà tellement surveillés que je ne vais pas en plus m’infliger la peine de convoquer dans ma poche la préfecture de police ». Pour lui, l’absence de téléphone est une forme de protection, autant symbolique que pratique.

Côté cinéma, Tom Cruise avait déjà fait sensation, dès 2007, en déclarant dans un entretien relayé par plusieurs médias : « Je n’ai pas d’iPhone, pas de mobile, pas d’adresse mail, pas de montre, pas de bijoux, pas de portefeuille », expliquant vouloir se concentrer sur ses enfants et sur son travail, sans se laisser happer par les gadgets.

Le chanteur Elton John s’est lui aussi présenté comme un « luddite » en expliquant au Evening Standard qu’il ne possédait pas de téléphone mobile et qu’il laissait le soin à son mari et à son équipe de gérer ses comptes sur les réseaux sociaux. « Je n’ai pas de téléphone. Le bureau s’occupe de Twitter pour moi, je ne le fais pas moi-même », résumait-il.

L’écrivaine Amélie Nothomb a, de son côté, fait l’éloge public de la déconnexion. Invitée dans une émission relayée par RTL et par plusieurs médias vidéo, elle confie : « Je n’ai pas d’adresse mail et je ne sais pas comment tout cela fonctionne », ajoutant que vivre sans téléphone portable est, pour elle, une forme de liberté.

Plus récemment, le chanteur britannique Ed Sheeran a beaucoup commenté son propre choix de vivre sans téléphone depuis 2015. Dans plusieurs interviews, il explique qu’il a abandonné son smartphone pour ne plus être submergé de messages et de sollicitations, s’organisant pour répondre à ses proches par mail, une fois par semaine, dans une forme de « digital detox » assumée.

Ce que dit ce refus du portable

À travers ces trajectoires différentes, on retrouve un même fil: l’idée qu’il est devenu nécessaire de se protéger du flux numérique, de la surveillance ressentie, du temps mental accaparé par l’écran. Souchon, Tesson, Nothomb, Elton John ou Ed Sheeran ne partagent ni la même génération, ni le même rapport au succès, mais chacun, à sa manière, met à distance un objet qui, pour 9 personnes sur 10, est devenu aussi banal que les clés ou le portefeuille.

Dans le cas d’Alain Souchon, ce choix s’inscrit dans une cohérence plus large: un rapport au temps marqué par la musique, la scène, la marche, un humour tendre sur l’âge et une forme de prudence vis-à-vis de l’agitation permanente. Là où une grande partie du public a intégré la connexion continue comme norme, lui rappelle qu’il est encore possible de mener une carrière active, de remplir des salles et de rester présent dans le débat public… sans jamais entendre vibrer un smartphone dans sa poche.

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