Après plusieurs mois de gel, un nouveau contact téléphonique entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine pourrait avoir lieu prochainement. Le président français a exprimé, lors du Conseil européen du 19 décembre à Bruxelles, sa volonté de « réengager la discussion » avec le Kremlin, estimant que « les Européens et les Ukrainiens » avaient « intérêt à trouver le cadre » d’un tel échange. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a confirmé que Vladimir Poutine se disait « prêt à engager le dialogue » avec le chef de l’État français.
Ce regain d’initiative intervient dans un contexte diplomatique mouvant : la situation sur le front ukrainien se complique pour Kiev, Donald Trump a affiché sa proximité avec Moscou, et les Européens se trouvent en retrait des discussions directes menées entre Russes et Américains. Selon l’ancien diplomate Alexandre Melnik, Emmanuel Macron reste persuadé du poids du facteur personnel dans les négociations et n’a jamais rompu le contact, malgré des divergences majeures sur la guerre en Ukraine.
Depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, la relation avec Vladimir Poutine a connu plusieurs inflexions : de la réception officielle à Versailles à l’été 2019 au fort de Brégançon, jusqu’à la dégradation progressive liée à l’invasion de l’Ukraine en 2022. D’abord tenté par un rôle de médiateur, Macron a multiplié les appels au Kremlin, tout en soutenant Kiev et en appelant ses alliés à « ne pas humilier » Moscou. Mais la rhétorique a durci au fil du temps : l’Élysée n’exclut plus l’envoi de troupes, qualifie la Russie de « menace existentielle », et Emmanuel Macron a récemment évoqué un « prédateur, un ogre à nos portes ». Moscou a réagi en dénonçant des « insultes vulgaires ».
L’utilité d’un nouvel échange est discutée : pour Alexandre Melnik, « Poutine est inflexible » et une reprise du dialogue ne devrait pas déboucher sur des avancées majeures. L’Élysée justifie cependant cette démarche par la nécessité de « contribuer à une paix solide et durable » en Ukraine, en toute transparence avec Kiev et les partenaires européens. Ce dialogue pourrait aussi aborder d’autres sujets, comme la situation de Français détenus en Russie.
Malgré la perspective d’un prochain échange, la reprise de relations de confiance entre Paris et Moscou reste peu probable tant que la ligne russe demeure inchangée. Selon plusieurs observateurs, le geste est avant tout diplomatique et symbolique, dans un contexte où la guerre en Ukraine reste au cœur des tensions entre l’Union européenne et la Russie.
