Emmanuel Macron a relancé, le 19 décembre à Bruxelles, l’idée d’un possible retour à des échanges directs avec Vladimir Poutine, dans l’hypothèse où les initiatives de paix menées par les États-Unis n’aboutiraient pas. Depuis, le Kremlin a fait savoir publiquement que le président russe serait prêt à parler, et l’Élysée a jugé ce signal « bienvenu » tout en insistant sur une méthode « en toute transparence » avec Kiev et les Européens. Vendredi 26 décembre, la présidence française indique toutefois qu’il n’y a pas eu d’échange récent et qu’aucun appel n’est prévu « pour l’instant ».
À Bruxelles, le chef de l’État a justifié cette ouverture par un enjeu d’architecture diplomatique: éviter que l’Europe soit cantonnée à un rôle d’appoint alors que Washington conduit des discussions. Selon Reuters, Emmanuel Macron estime que l’Union européenne ne peut pas se priver d’une ligne directe avec Moscou si l’administration américaine conserve la sienne, alors que des discussions entre responsables américains et négociateurs russes étaient annoncées à Miami le week-end suivant.
La séquence a été accompagnée, à Paris, d’un cadrage plus strict. Le 21 décembre, dans des propos rapportés par CNEWS (avec AFP), l’Élysée explique que l’invasion de l’Ukraine et l’attitude de Vladimir Poutine ont « mis fin à toute possibilité de dialogue » ces trois dernières années, mais que, si une perspective de cessez-le-feu et de négociation se précise, « il redevient utile » de parler. La présidence française ajoute que tout contact se ferait « en toute transparence » avec Volodymyr Zelensky et les Européens, avec l’objectif d’une « paix solide et durable ».
La Dépêche du Midi, qui a interrogé Céline Bayou (INALCO), décrit cette démarche comme un « geste politique et symbolique » visant notamment à « remettre l’Europe dans le jeu diplomatique », dans un contexte de tentatives de dialogue américano-russe perçues comme laissant de côté les Ukrainiens et les Européens. L’entretien souligne aussi un point de vigilance: la nécessité d’éviter une initiative isolée susceptible de créer des tensions entre partenaires européens.
Reste un fait qui pèse sur toute reprise de contact: le précédent de l’avant-guerre de 2022. Le 8 février 2022, après un déplacement d’Emmanuel Macron à Moscou, un responsable français cité par Reuters indiquait que Vladimir Poutine avait « promis » de ne pas lancer de nouvelles « initiatives militaires » près de l’Ukraine « pour le moment », et que des troupes engagées en Biélorussie seraient retirées après des exercices. Le même jour, Reuters rapportait aussi la réaction du Kremlin, jugeant ces affirmations françaises « pas justes ».
Le 20 février 2022, l’Élysée publiait un compte rendu d’appel entre les deux présidents évoquant des « engagements fermes » et la volonté de « préserver la paix ». Quatre jours plus tard, la Russie lançait l’invasion de l’Ukraine. Dans une allocution du 2 mars 2022, Emmanuel Macron revenait sur cette période en affirmant que la France et l’Europe avaient « tout fait pour l’éviter » et que Vladimir Poutine avait « choisi la guerre ».
Ces éléments n’interdisent pas le dialogue, mais ils imposent une méthode si l’objectif est d’éviter que l’échange ne serve principalement la communication du Kremlin. Les signaux de l’Élysée fin décembre 2025 vont d’ailleurs dans ce sens: pas de tête-à-tête opaque, mais un cadre associé à Kiev et aux Européens, et une logique de « transparence » également mise en avant par Emmanuel Macron dans ses déclarations à Bruxelles.
À ce stade, la prudence institutionnelle affichée à Paris tranche avec l’idée d’un « réchauffement » déjà acté. Le 26 décembre, l’Élysée fait savoir qu’il n’y a pas eu d’échange récent et qu’aucun entretien n’est planifié « pour l’instant », alors que Paris et Moscou se contentent de signaux publics.
